Accueil MédiasBruits et chuchotements Aux Oscars : baffe, virilité toxique… Et Jane Campion ?

Aux Oscars : baffe, virilité toxique… Et Jane Campion ?

par Isabelle Germain

Jane Campion est la troisième femme à recevoir l’Oscar de la meilleure réalisatrice. Son film évoque la virilité toxique. Mais la baffe donnée par Will Smith prétendant défendre « sa » femme éclipse l’événement.

Jane Campion a reçu l’Oscar de la meilleure réalisatrice pour « The Power of the Dog ». Dans ce film, elle raconte la masculinité toxique à travers la rivalité entre deux frères dans un ranch du Montana dans les années 1920.

Pour ces Oscars, la Néo-Zélandaise comptait même 12 nominations aux « Academy Awards ». Elle est la troisième femme seulement à recevoir ce grand prix du cinéma mondial. Kathryn Bigelow était la première il y a 12 ans pour « Démineurs ». Chloé Zhao, la deuxième il y a un an pour « Nomadland ».

Rare femme à avoir réussi à prendre une place dans l’histoire du cinéma, Jane Campion était l’une des seules à parvenir à faire financer des films mettant en scène des femmes aux émotions complexes. Elle est la première femme à avoir reçu la Palme d’or au Festival de Cannes en 1993. Et avait reçu l’Oscar du meilleur scénario adapté en 1994 pour « La Leçon de piano ».

Depuis, elle déplorait l’absence de femmes autrices dans le septième art dénonçant le sexisme d’un monde refusant la « vision féminine » dans les oeuvres cinématographiques. Malgré son succès, elle a eu du mal à trouver des financements pour ses films dans ce milieu qui préfère soutenir le « male gaze », regard masculin sur le monde… Avant que #MeToo ne change la donne.

« Male gaze » triomphant

Mais, terrible ironie du septième art, c’est lors de la cérémonie des Oscars qui devait consacrer la réalisatrice que s’est déroulée une scène digne des plus grands moments de masculinité toxique : un homme a giflé un homme qui avait fait de l’humour à propos de « sa » femme.

L’actrice, productrice et chanteuse Jada Pinkett Smith souffre d’alopécie et a désormais le crane rasé. L’humoriste Chris Rock qui animait la soirée des Oscars a fait une plaisanterie sur son état et le mari de l’actrice ne l’a pas supporté. Will Smith est monté sur scène donner une baffe à l’animateur de la soirée. Pire, quelques minutes après, recevant un prix, il a versé des larmes de crocodiles en expliquant que c’était un geste d’amour pour protéger « sa femme » parce que « l’amour peut faire faire des folies ». Concentré de masculinité toxique.

La chroniqueuse Emilie Nicolas a parfaitement décrypté le geste dans le journal canadien Le devoir. Elle écrit : «  Paraphrasons : Tu insultes « ma » femme, je réagis instinctivement, sans même consulter « ma » femme sur la manière dont elle veut que j’intervienne. J’ai le choix (et le privilège) des mots, mais j’opte pour la violence physique, plus virile. Je hurle qu’il ne faut plus jamais que tu t’en prennes à « ma » femme. Car ma réaction est moins à propos de « ma » femme que de ma masculinité. Je suis un homme, un vrai, un Protecteur, un Patriarche. Tu ne dois apprendre à respecter ma femme, moins en tant que personne que parce que c’est ma femme à moi. Ce qui compte, au fond, c’est moins que tu la respectes, elle, que tu me craignes, moi. »

Un scénario souvent écrit par les hommes violents qui surjouent les victimes éplorées. L’agresseur ici se dit victime de l’amour quand son désir n’est pas d’aimer mais de contrôler, de dominer, de protéger ce qu’il croit être sa possession. Ego boursoufflé, manipulation, possessivité, désir de contrôle… Tous les ingrédients de la masculinité toxique étaient réunis dans une cérémonie dont le point d’orgue aurait dû être la consécration d’un film dénonçant ce phénomène.

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1 commenter

Valérie 31 mars 2022 - 09:34

La plaisanterie de Chris Rock n’était pas insultante : « Jada, je t’adore, j’ai hâte de voir G.I. Jane 2! », allusion à G.I Jane (A armes égales) film de Ridley Scott de 1997 dans lequel Demi Moore a le crâne rasé pour incarner une soldate. Film plutôt féministe par ailleurs…

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