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Aux Pays-Bas, le débat français sur le mariage pour tous étonne

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BorisDittrich

Bientôt douze ans que les Pays-Bas ont ouvert le mariage aux couples homosexuels. A quelques jours du débat parlementaire en France, les Néerlandais regardent, incrédules, l’ampleur des manifestations contre ce projet et l’émoi qu’il suscite.


Dans le premier pays au monde à avoir accordé aux couples homosexuels le droit de se marier (c’était le 1er avril 2001), certains se demandent bien pourquoi cette question suscite autant d’opposition en France. Regardez donc l’expérience néerlandaise : voilà l’invitation lancée par le Néerlandais Boris Dittrich aux parlementaires français dans une lettre datée du 21 janvier 2013 (à lire ici).

Aujourd’hui, directeur du plaidoyer à la division des droits LGBT (personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres) pour l’ONG Human Rights Watch, Boris Dittrich défend « la non-discrimination et l’égalité de traitement ». « Ces principes fondamentaux appliqués à l’orientation et à l’identité sexuelles ont une place importante dans la politique étrangère de la France », rappelle-t-il tout en soulignant l’attention qui sera portée à la France pendant les débats. C’est lui-même ancien député néerlandais, qui proposa dès 1994 l’adoption d’une loi autorisant le mariage aux couples homosexuels. Comme il l’a fait douze ans plus tôt dans son pays, Boris Dittrich répond – avec en plus, aujourd’hui, la force de l’expérience – aux arguments des opposants :

  • Dix pays autorisent désormais les unions civiles pour les couples de même sexe ; des pays d’ailleurs majoritairement catholiques comme l’Argentine, le Portugal, l’Espagne et certains États américains ou mexicains. Impossible donc de prétendre que ceux qui franchiront à nouveau le pas de l’égalité deviennent la risée du reste du monde.
  • Certes, les religions peuvent refuser de marier des personnes de même sexe au nom de la liberté de culte, mais l’État est tenu par des principes de non-discrimination et d’égalité de traitement. Et à ceux qui jugent les personnes homosexuelles comme appartenant à « un groupe à part défini par une orientation sexuelle différente », Boris Dittrich répond : « En réalité, ce sont nos fils et nos filles, nos frères et sœurs, nos pères et mères, nos amis et nos voisins. Les gays et les lesbiennes font partie intégrante de nos familles et de nos sociétés. »
  • En France, comme aux Pays-Bas, des milliers d’enfants vivent déjà dans les familles homoparentales. Aucune étude n’a révélé que ces enfants en souffrent. Bien au contraire, les recherches effectuées par des universités ont démontré qu’ils tirent un plus grand bénéfice d’un environnement aimant. L’orientation sexuelle de leurs parents ne se révèle pas être un facteur décisif de leur bien-être. Bref, « l’argument selon lequel élever des enfants dans le contexte d’un mariage entre personnes du même sexe leur serait préjudiciable (…) ne reposait pas sur des faits établis. »
  • Selon des études d’opinions, une grande majorité de la société néerlandaise a accepté le mariage pour tous, devenu au fond un « non-problème ». Le mouvement a été le même au sein de la classe politique. Les élus de tout bord, même ceux initialement opposés au projet, se sont rangés du côté de l’union entre les personnes de même sexe.
    Boris Dittrich rapporte ainsi une déclaration faite en 2005 par Hannie van Leeuwen, sénatrice démocrate-chrétienne, farouchement hostile au projet cinq ans plus tôt : « A l’époque où j’étais opposée au mariage entre personnes du même sexe, j’étais guidée par la peur. Après avoir vu de nombreux couples de gays et de lesbiennes se marier, je réalise maintenant que j’avais tort. Je ne m’explique même plus ce qui m’avait poussée à traiter les gays et les lesbiennes différemment des autres citoyens. »

 

Depuis ce 1er avril 2001, quand à 00 h 01 le maire d’Amsterdam mariait les premiers couples homosexuels devant les caméras du monde, la société néerlandaise offre « une perspective terrifiante » pour… les homophobes, ironise depuis les Pays-Bas Laurent Chambon, chercheur en sciences politiques, dans un article publié sur Rue 89.

Plus de tolérance envers les personnes homosexuelles, les violences homophobes mieux décelées par la police et sévèrement condamnées, perte de crédibilité de l’Église catholique et isolement des extrêmes, voilà le bilan qu’il livre de cette décennie d’égalité. Certes des fondamentalistes religieux continuent de donner de la voix ; et les fonctionnaires d’état civil ont encore la possibilité de refuser d’unir les couples de même sexe, mais l’actuel gouvernement envisage de mettre un terme à cette pratique à l’heure où ces changements sont devenus irréversibles.

 

Vers le mariage pour tous en quelques dates :

1999
Le Pacs, contrat d’union civile entre deux personnes majeures de même sexe ou de sexe différent, est adopté.

2001

Les Pays-Bas sont le premier pays au monde à reconnaître le mariage pour tous.

2004

Noël Mamère célèbre à la mairie de Bègles (Gironde) le premier mariage gay, rapidement annulé par la justice.

2011

Le Conseil constitutionnel considère que le mariage homosexuel n’est ni imposé ni interdit par la Constitution : c’est au législateur d’en décider.

7 novembre 2012

Le projet de loi pour le mariage pour tous est présenté en conseil des ministres. Il autorise le mariage de deux personnes de même sexe résidant en France et reconnaît les mariages célébrés à l’étranger avant l’entrée en vigueur de la loi.

29 janvier 2013

Le débat parlementaire sur le projet de loi s’ouvrira devant l’Assemblée nationale.

 

Photo : Boris Dittrich en 2007. Par Sebastiaan ter Burg sur Flickr

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4 commentaires

asc 22 janvier 2013 - 20:53

Voilà comment la France a toujours du retard sur tout, c’est dommage car il y a d’autres choses à changer et la peur de l’autre ou la peur du progrès empêche ces changements alors même que le peuple en serait le premier bénéficiaire. Dans le même registre, comparons le RU de Tony Blair en 1997 qui promettait un ordinateur par élève et qui avait tenu sa promesse dès 2000. On est en 2013, on a une salle informatique par lycée, parfois deux, des profs incapables d’utiliser un TBI (la plupart savent envoyer des emails, ouf!)… et aucun président en France pour promettre quoique ce soit sur ce terrain, on n’est plus à 10 ans près vous me direz. Pour le progrès pas de manif’ donc pas de com’, désolant. Je comprends et j’envie les gens qui partent, la société française est rongée par son manque d’unité. Je ne comprends pas pourquoi on médiatise autant les débiles anti égalité pour tous, faudrait les stériliser, ça leur ferait les pieds.

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NR77 25 janvier 2013 - 09:39

Je remercie nouvelles news d’avoir eu l’’intelligence de ne pas attiser les débats sur ce sujet. Ce projet de loi est passionnant car quel que soit le fil que l’on tire, on aboutit à des choix pour l’avenir emplis de paradoxes, symptomatiques de notre crise de civilisation. Tout cela nous demande de mobiliser nos capacités d’ouverture et de sérénité. Je suis très mal à l’aise de la violence des défenseurs du mariage pour tous sur les différents sites que j’ai pu visiter, et aussi içi (voir commentaire précédent). Que pensez vous de l’extrémisme de ces propos? La stratégie est d’enfermer toute personne qui n’est pas d’accord ou simplement s’interroge dans une caricature réductrice ( débile homophobe catholique de droite réactionnaire). Méfions nous des démarches intellectuelles qui prônent la vérité absolue (stalinisme) et la morale absolue (inquisition).
Je me demande d’où vient cette violence ? Sans doute vient t-elle en partie du rejet de la religion. Pourtant l’État remplace la religion, ne nous trompons pas. Cette loi qui vise l’égalitarisme des possédants lui va bien. Ne faut-il pas plutôt demander que l’État abandonne cette prérogative du mariage pour laisser libre les individus et les communautés ?
La violence vient-elle de la tyrannie du bonheur qui domine notre société et érige en totem le plaisir ?

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NR77 25 janvier 2013 - 09:44

La question fondamentale est-elle celle du mariage ou même de l’adoption ? Comme nous l’explique les étrangers qui ont expérimenté des lois proches (les formules juridiques et les bases culturelles ne sont pas toujours comparables) , cela n’a pas révolutionné leur vie. Pour moi la question fondamentale est celle du choix de l’évolution de l’homme imposé par les lois (futures) sur les voies de procréation. La remise en question de la loi bioéthique a sans doute été un déclencheur majeur pour faire descendre 1 million de personnes dans la rue.
Ce qui en 2001, était encore de la science-fiction, devient aujourd’hui science des faits. Les mondes D’Huxley et Orwell ne sont plus très loin. Comment ferons-nous nos enfants demain ? La loi accordée aux homosexuels, le sera aussi aux hétérosexuels par cohérence égalitaire. Aussi, le choix de développer les pratiques techniquement assistées et la gestation pour autrui (avez-vous remarqué l’habilité sémantique pour déshumaniser ce terme ?) va réjouir les laboratoires Nano – bio – info – cogno technologiques. Loin d’être une rupture de société, c’est une continuité dans la recherche à tout crin de performance et de rentabilité qui envahit aussi la famille. Partant d’une intention juste d’égalité, je me demande si nous n’ouvrons pas la porte à l’eugénisme (choix des gènes, des embryons et des mères porteuses) et à la marchandisation de la femme et des enfants. Ces deux principes et il y en aura sûrement d’autres dans les années à venir comme l’utérus artificiel, entérine de fait le droit à l’enfant et pire à l’enfant « comme je veux ». Je ne suis pas sûr que les femmes aient à y gagner dans cette histoire. Mis à part d’accéder à des postes à haute responsabilité en sous-traitant leur grossesse. La voie technologique est-elle notre choix d’évolution ?

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Lili 26 janvier 2013 - 11:58

Ci dessous l’état des législation en Europe :
http://www.institut-thomas-more.org/upload/media/notebenchmarkingitm-15.pdf

On y apprend d’ailleurs que les Pays-Bas ici cité n’ont pas instauré la parentalité homosexuelle, puisque lorsqu’un enfant naît dans un coupe lesbien (par PMA, qui est autorisée), la compagne doit effectuer une démarche d’adoption pour être la mère de l’enfant en question.

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