Accueil Culture A Avignon, le théâtre au féminin à l’avant-garde

A Avignon, le théâtre au féminin à l’avant-garde

par vincimoz

AvignonOffToujours peu de pièces écrites par des femmes au Festival d’Avignon, mais des thèmes variés et souvent loin des clichés. Passage en revue.

Et retrouvez nos portraits d’auteures (série en cours) dans notre rubrique Théâtre.


 

Sur les 434 pièces de théâtre jouées au Festival Off d’Avignon, 24 % de textes sont écrits par des femmes (1). C’est bien loin de la parité, mais c’est tout de même bien mieux que la moyenne française : elle n’est que de 15 % (Voir : Les femmes aussi veulent faire le spectacle). Et les thèmes évoqués par les auteures sortent des schémas stéréotypés : si les femmes parlent encore beaucoup des domaines traditionnellement perçus comme féminins, l’amour, le couple ou la famille (sur une centaine de spectacles écrits par des femmes, 22 concernent ces thèmes – mais les hommes en parlent eux-aussi), nombre d’auteures se sont emparées de sujets plus « universels » ou en profitent pour raconter leur expérience propre.

L’une des tendances marquantes de ce Festival est la réappropriation de grandes figures féminines, notamment par la biographie. Des figures engagées comme Louise Michel ou Simone de Beauvoir mais aussi des artistes comme Françoise Sagan ou Barbara.

D’autres auteures ont choisi d’adapter les textes de ces figures tutélaires : c’est le cas de Marie-Paule Ramo (voir son portrait) qui a traduit et mis en scène Une chambre à soi de Virginia Woolf ; une pièce qui parle à la fois de l’émancipation des femmes et de la vie d’artiste.

« L’intime est politique »

V.W. Une chambre à soi (le titre de l’adaptation) parle de sujets féministes ; c’est aussi le cas de Fantaisies – l’idéal féminin n’est plus ce qu’il était, qui selon sa description « démonte la mécanique d’oppression qui se cache derrière la notion d’idéal féminin et s’attaque avec jubilation à ses représentations ».

« Je ne voulais surtout pas faire un spectacle assénant », nuance son auteure et metteuse en scène, Carole Thibaut (voir son portrait), « alors je suis partie de l’intime. Mais l’intime est politique. »

En prenant la plume les auteures peuvent enfin parler de ce qui leur est spécifique : la sexualité (l’un des spectacles, Le Bouton de Rose, est consacré au clitoris), les violences sexistes (Récits de femmes) ou encore la condition des femmes (Apatride, la tragédie de Médée).

« Des femmes peuvent aussi peuvent avoir un humour cynique »

« C’est important que les femmes écrivent car elles peuvent parler de sujets dont personne ne parle sinon, comme le viol, l’avortement… », expliquait Pauline Bureau (voir son portrait) à la conférence de presse-débat H/F Île-de-France en juin dernier (Voir : Théâtre : l’égalité, saison 1). Elle-même a monté en 2010 Modèles, écrit avec une dizaine de comédiennes. Le spectacle, qui ne sera pas cette année à Avignon, choque le public à chaque représentation en évoquant les règles.

« Mais bien sûr, les femmes peuvent parler d’autre chose » complète Pauline Bureau, et c’est heureux. Car si le couple et la sexualité font partie de la vie des femmes… c’est tout autant le cas du travail. On retrouve donc plusieurs spectacles sur l’entreprise, dont Building de Léonore Confino (voir son portrait). L’auteure tient d’ailleurs à casser les clichés : la pièce a beau contenir des passages dansés, « ce n’est pas une comédie musicale mignonne ». « Je voulais montrer que des femmes peuvent aussi peuvent avoir un humour cynique, pas un humour de victime. »

Sujets graves

Les auteures peuvent aussi être là où on ne les attend pas (là où, en fait, on n’attendrait même pas une pièce de théâtre) ; les maths par exemple, avec Le t de n-1 de Clémence Gandillot dont le genre ne semble pas être l’une des préoccupations. « Je me suis demandée : à quoi ça ressemblerait si on pouvait mettre les pieds dans ma tête quand je fais des maths ?

Beaucoup de spectacles touchent des sujets plus graves et la mémoire y occupe une bonne place. Plusieurs pièces racontent la guerre d’Algérie (Je vous ai compris, ou La Fontaine d’or) ; l’Holocauste est également un thème récurrent. Aïda Asgharzade (voir son portrait) évoque par exemple la déportation dans sa pièce Le peuple de la nuit, où trois femmes tentent de survivre dans un camp de concentration.

En termes d’égalité toutefois, le Off a toujours un cran d’avance sur le In. Dans les spectacles présentés cette année dans la sélection officielle, on ne compte que 4 auteures – dont deux qui ont co-écrit leur texte avec des hommes. « Beaucoup de femmes invitées au Festival d’Avignon sont étrangères, ce qui évite d’avoir à leur donner une place dans des théâtres par la suite », dénonce également Carole Thibaut. Avec ses 24 % d’auteures, le Off ferait donc presque figure d’avant-garde.

 


(1) Nous n’avons établi ce comptage que sur les spectacles classés dans la catégorie « théâtre » du Festival Off, dont le programme va bien au-delà.

 

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