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Backlash sur les carrières des femmes

par La rédaction

Opportunités définitivement écartées, carrières entre parenthèses, redémarrage d’activités aléatoires… la crise sanitaire pèsera lourdement sur les trajectoires professionnelles des femmes.

 « En l’espace d’une année, trente ans de progrès ont été effacés » déplore Hanna Rosin dans un article intitulé « The end of the end of men » (La fin de la fin des hommes) dans le supplément dominical du New York Herald Tribune, repris dans Courrier International.  

En 2012, la féministe américaine avait écrit The End of Men. Ce qui avait déclenché une vague d’illusions dans les médias français… chez ceux qui avaient mal lu son livre. Ils dénonçaient une domination féminine imaginaire. Hanna Rosin expliquait pourtant que, si l’égalité pouvait advenir, c’était par un nivellement par le bas.

Lire : MAIS QUI VEUT ALLUMER LA GUERRE DES SEXES ?

En français, le titre de son livre était : «Voici venu le temps des femmes », et la jaquette affirmait : « les femmes ne se contentent plus de rattraper les hommes, elles leur passent devant. »

« Tragique candeur » écrit aujourd’hui Hanna Rosin. 865 000 femmes sont sorties de l’emploi, contre seulement 216 000 hommes aux Etats-Unis au mois de septembre 2020. Au moment de la rentrée scolaire, le cumul emploi et gestion du foyer avec enseignement à domicile, déjà éprouvé avant l’été, a incité beaucoup de femmes à renoncer à l’emploi.

Pourquoi les femmes ? Les vieux démons du sexisme sont remontés à la surface. Et, assure la féministe américaine, cela aura des conséquences durables. Les femmes qui gardent les enfants ne retravailleront que lorsque les autres reprendront. Les secteurs d’activité dans lesquels les femmes travaillaient -service, hôtellerie… -auront du mal à se remettre de la crise. Pour celles qui travaillent en libéral, le temps de faire redémarrer l’activité sera très long. Quand on multiplie par 865 000 ces décrochages, « cela fait beaucoup de femmes PDG et beaucoup de paisibles retraitées qui manqueront à l’appel » écrit Hanna Rosin.

Une femme sur quatre décroche aux États-Unis et au Canada

En octobre 2020, un sondage réalisé par McKinsey auprès de 40 000 employées de 47 entreprises aux États-Unis et au Canada, révélait qu’une femme sur quatre envisageait de quitter son emploi, de réduire ses heures de travail ou de diminuer sa charge de travail en raison de la pandémie. »

« S’il y avait un bouton de panique, nous l’actionnerions » disait Rachel Thomas, co-auteure du rapport et co-fondatrice de l’organisation LeanIn.Org. Le rapport disait aussi que, outre l’épuisement lié au surcroit de travail domestique et familial, les femmes sont plus exposées à l’épuisement professionnel que les hommes : « les femmes sont souvent tenues à des normes de performance plus élevées que les hommes, et elles peuvent être plus enclines à assumer la responsabilité de l’échec – ainsi, lorsque les enjeux sont élevés, comme c’est le cas actuellement, les femmes aux postes à responsabilités pourraient faire l’objet de critiques plus sévères et d’un jugement plus sévère. »

En France, une étude du Boston Consulting Group (BCG)  a aussi souligné que La crise avait « révélé et creusé » l’écart entre les hommes et les femmes dans la vie professionnelle. Et, comme l’étude américaine, cette étude n’envisageait pas un « retour à la normale après la crise.» Les dégâts de la crise sur les carrières des femmes pourraient être durables.

Lire : TÉLÉTRAVAIL DÉLÉTÈRE POUR LES FEMMES ET SEXISME BIENVEILLANT

En septembre 2020, dans une étude Deloitte Global menée  dans 9 pays (dont la France), plus de 8 femmes sur 10 estimaient que leur vie avait été négativement perturbée par la pandémie du Covid. La charge de travail avait augmenté pour 1/3 des femmes qui ont télétravaillé. Et ces femmes disaient faire face à une augmentation des tâches ménagères et de la garde des enfants, de manière déséquilibrée par  rapport à leur conjoint. 

Eurofound avait sondé les Européen.nes lors de la première vague : 7% des hommes (dans les familles avec enfants) affirmaient que la famille les avait empêchés de se consacrer à leur travail, contre 26% des femmes.  29% des femmes qui télétravaillaient disposaient d’une pièce spécifique pour travailler, contre 47% des hommes.

Ce retour en arrière révèle que les progrès en matière d’égalité professionnelle étaient fragiles et conjoncturels, pas structurels. La conciliation entre vie professionnelle et vie familiale est insuffisamment organisée tant par les politiques publiques que par les entreprises. Elle repose encore sur les épaules des femmes. Le modèle d’organisation reste celui de « Monsieur gagne-pain et madame gagne miettes » selon l’expression d’Hélène Périvier, chercheuse à l’Observatoire français des conjonctures économiques. 

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