Accueil CultureCinéma « Bande de filles », « Des hommes et de la guerre » : ondes de choc

« Bande de filles », « Des hommes et de la guerre » : ondes de choc

par Valérie Ganne

 Documentaire ou fiction, bandes de filles ou de garçons, jeunesse américaine ou française, deux œuvres importantes dans vos cinémas cette semaine. La double critique de Valérie Ganne.

OMAW

 Commençons par un film à ne pas rater, car rare et précieux : Des hommes et de la guerre est le titre français d’un passionnant documentaire réalisé par Laurent Bécue-Renard dans un centre d’anciens combattants américains. Ces jeunes vétérans de retour d’Irak ou d’Afghanistan sont sains et saufs, mais prêts à exploser comme des grenades dégoupillées.

Steve a perdu le sommeil, Matt et Kacy ne maîtrisent pas leur rage, Chris veut mourir… Au Pathway Home en Californie, leurs paroles se libèrent grâce à la patience du thérapeute Fred Gusman. Et sous l’œil attentif de ce cinéaste français qui a passé des mois dans ce centre de prise en charge de victimes de PTSD (syndrome de stress post-traumatique). Car ces jeunes soldats sont devenus des victimes. Et leurs familles, parents, femmes, enfants, subissent les dommages collatéraux de conflits qu’ils n’ont pas vécu. Certains se reconstruiront, d’autres non.

Après la guerre en ex-Yougoslavie, Laurent Bécue-Renard avait engagé la même démarche en filmant de jeunes veuves en Bosnie dans un centre de « reconstruction psychologique ». C’est ainsi qu’était né son premier film, De guerres lasses. Dix ans plus tard, Des hommes et de la guerre est le deuxième volet de ce qui constituera une trilogie sur l’onde de choc de l’après-guerre qui touche plusieurs générations. Un thème fort, universel, essentiel.

Of Men and War (Des hommes et de la guerre), documentaire de Laurent Bécue-Renard (France, 2h22). Produit par Alice Films, distribué par Alice Films et Why Not. Sélection officielle hors compétition à Cannes 2014. En salles le 22 octobre.

 

BDF

Ailleurs, en France, dans les périphéries d’une grande ville, c’est une autre guerre qui se joue dans Bande de filles, de Céline Sciamma. Une candide Marième, 16 ans, malmenée par son frère, oubliée par sa mère noyée dans le travail, trouve refuge dans une bande de trois filles.

Cette amitié émancipatrice avec des walkyries urbaines consiste à sécher les cours, monter sur Paris, voler des fringues, chanter et danser sur Rihanna. Bande de filles est moins le portrait d’un groupe que celui de Marième qui cherche son identité pour finir trop souvent sous la coupe de quelqu’un : son frère, sa bande de copines, son petit ami, ceux qui la font travailler…

Vingt ans après La Haine de Mathieu Kassovitz, on découvre enfin une vision de la banlieue qui n’est plus ni masculine, ni blanche. Après un casting sauvage, Céline Sciamma a en effet choisi uniquement des jeunes filles noires pour se concentrer sur leur énergie commune, qu’elle filme de façon magistrale dans quelques scènes qui resteront.

Seul point faible, sans doute parce que la réalisatrice de Tomboy essaie de nouvelles formes et prend des risques (c’est son troisième film) : elle nous perd dans des fins successives qui pourront laisser perplexe. Peut-être à dessein, pour mieux nous laisser imaginer la suite du destin de cette adolescente ?

Bande de filles, de Céline Sciamma (France, 1h52) avec Karidja Touré, Assa Sylla, Mariétou Touré, Lindsay Karamoh. Produit par Hold Up et Lilies, distribué par Pyramide. Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, Cannes 2014. En salles le 22 octobre.

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