Bébés cherchent crèches publiques

par Arnaud Bihel

Creche1_H256Un collectif met la pression pour que le gouvernement s’engage pour un véritable service public de la petite enfance. A l’approche de la concertation annoncée par la ministre de la Famille, le débat est ouvert.


 

Des poussettes et des landaus devant le ministère des Affaires Sociales. Mercredi 17 octobre au matin, une quinzaine de jeunes parents et leurs bébés y installaient une crèche éphémère pour interpeller la ministre de la Famille. Membres du collectif ‘Crèche qui se passe’, ils entendent rebondir sur les déclarations de la ministre. Le 10 octobre, Dominique Bertinotti annonçait les grandes lignes de sa politique en matière de petite enfance, pour un territoire « maillé d’une offre de solutions permettant d’offrir un accueil aux enfants de moins de 3 ans. ».

Public ou privé ?

Le collectif « se réjouit de cette démarche, mais s’inquiète de n’y lire aucune précision quant aux choix politiques, économiques et sociaux à l’œuvre. » Reçue mercredi matin, avec d’autres militants de ‘Crèche qui se passe’, par le chef de cabinet de la ministre, Élise Aubry salue « la vraie envie de concertation de l’équipe gouvernementale », mais reste sur sa faim. Car le collectif n’a pas obtenu de positionnement du ministère sur les contours du « service public de la petite enfance » promis lors de la campagne présidentielle par François Hollande. Quel partage des rôles entre le secteur public, non lucratif, et le secteur privé ? C’est là une question essentielle aux yeux du collectif, qui souligne qu’aujourd’hui seul un enfant sur 10 peut obtenir une place d’accueil dans le secteur public. Et refuse de voir le gouvernement « favoriser le développement d’activités privées à but lucratif sur le dos des enfants de moins de 3 ans ». Il faudra donc « garder le gouvernement à l’œil », note Élise Aubry.

Habitués

Pour les membres de ‘Crèche qui se passe’, ce coup d’éclat devant le ministère était avant tout une manière de donner « un coup de projecteur » sur cette question. Opération réussie, car la presse s’était déplacée en nombre. Il faut dire que le timing était propice : au même moment tombait à Marseille le jugement de la responsable d’une crèche illégale (condamnée à un an de prison avec sursis). Illustration des extrémités auxquelles peut conduire le manque de place d’accueil pour les tout petits.

Si le collectif ‘Crèche qui se passe’ vient de naître, la plupart de ses membres ne sont pas des perdreaux de l’année. Ils ont milité au sein des collectifs ‘Jeudi Noir’ et ‘Sauvons les riches’, habitués aux actions coup de poing et médiatiques. Et sont aujourd’hui devenus de jeunes parents, galériens de la garde d’enfant.

Avec les professionnels

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Habitués des coups d’éclat, mais sans faire cavalier seul. Ces parents entendent « accompagner les revendications des professionnels » mobilisés depuis plus de 2 ans au sein du réseau ‘Pas de bébé à la consigne’. Celui-ci réagissait le 12 octobre aux annonces de Dominique Bertinotti avec des revendications similaires à celles de ‘Crèche qui se passe’. Notamment celle de privilégier « le soutien aux modes d’accueil publics ou à but non lucratif. »

‘Pas de bébé à la consigne’ continue également de réclamer la création de 400 000 places d’accueil pendant le quinquennat. Dominique Bertinotti, elle, ne souhaite pas fixer d’objectif chiffré.

Participer

La vigilance des parents et professionnels s’exerce aussi à l’égard d’une autre annonce de la ministre : l’abrogation du ‘décret Morano’, qui a assoupli les conditions d’encadrement dans les crèches. Pour ‘Pas de bébé à la consigne’, cette annonce doit s’accompagner d’un « plan ambitieux de formation des professionnels de la petite enfance ». Ce décret, a annoncé la ministre, sera abrogé en 2013, à l’issue d’une concertation lancée prochainement dans 4 régions (Pays de la Loire, Nord Pas de Calais, Bourgogne, Midi-Pyrénées).

Le collectif invite « parents et professionnel-les dans tous les villes, départements et régions à s’emparer des questions posées par l’accueil de la petite enfance et à participer ainsi à la consultation. » ‘Crèche qui se passe’ vient de son côté de lancer, une pétition « pour un véritable service public de la petite enfance ».

 

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Floamazon 18 octobre 2012 - 16:46

Les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, ne remplissent pas leur rôle sur le plan de l’offre de crèches publiques, ni les collectivités territoriales qui préfèrent par exemple investir dans le vélib ou l’autolib. Mais parallèlement, le même gouvernement ponctionne allègrement les jeunes couples qui, faute de mieux, se sont rabattus sur la garde partagée en réduisant la défiscalisation de 50 à 45 % et fait le choix de ne pas imposer les oeuvres d’art au delà de 50 000 euros! Autrement dit, ce gouvernement avantage ses petits protégés tout en se présentant comme le fer de lance contre l’injustice! Quels « faux culs »!

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