Après Judith Godrèche, d’autres actrices mènent des actions en justice. Petit à petit, la toute-puissance des hommes du 7ème art se fissure.
Lundi 1er juillet, les cinéastes Benoît Jacquot, 77 ans, et Jacques Doillon, 80 ans, ont été placés en garde à vue à la brigade de protection des mineurs. Les deux réalisateurs sont accusés de violences sexuelles par plusieurs actrices. Jacques Doillon a d’abord été relâché sans poursuites mardi soir. Puis trois nouvelles plaintes pour viols et tentative de viol visant le réalisateur ont été révélées par le journal Le Monde qui a recueilli les témoignages des plaignantes, Joe Rohanne, Hélène M. et Aurélie Le Roch. Les trois racontent de terribles histoires de viols, de violences et d’emprise.
« Viol sur mineure par personne ayant autorité ».
Benoît Jacquot, lui, a été mis en examen mercredi pour « viol sur mineure par personne ayant autorité » et placé sous un contrôle judiciaire lourd. Il est soumis à l’obligation de ne « pas exercer la profession de réalisateur y compris les apparitions publiques en lien avec les activités ayant permis la commission des infractions pour lesquelles il est mis en examen. » Autres obligations : « ne pas entrer en contact avec les témoins et victimes », suivre des « soins psychologiques », de « ne pas exercer d’activité en lien avec les mineurs » et « fournir un cautionnement de 25.000 euros » a indiqué le parquet.
Son avocate, Me Julia Minkowski s’en est indignée auprès de l’AFP. « Plus qu’une interdiction professionnelle, il s’agit d’une véritable mesure de cancellisation (effacement, ndlr) judiciaire, sur le fondement d’une enquête embryonnaire et avant tout jugement. Nous allons évidemment faire appel », a-t-elle déclaré.
Le parquet avait requis cette mise en examen pour« viol, agression sexuelle et violences, susceptibles d’avoir été commis entre 2013 et 2018 » au préjudice de Julia Roy, une actrice de 42 ans de moins que le réalisateur. Pour viol sur mineure par personne ayant autorité entre 1998 et 2000, sur Isild Le Besco, qui avait 16 ans quand le réalisateur a commis les faits. Le cinéaste a également été mis en examen pour violences volontaires par conjoint et pour agression sexuelle par conjoint.
Judith Godrèche avait ouvert la voie
Ces attaques contre la toute-puissance des réalisateurs dans le monde du cinéma sont récentes. La voie avait été ouverte par Judith Godrèche. L’actrice a porté plainte en février dernier contre Jacques Doillon et Benoît Jacquot, pour viols sur mineure et agressions sexuelles. Elle a également entraîné le #MeToo du cinéma français avec son court-métrage sur les violences sexuelles, Moi aussi, lors du dernier festival de Cannes.
Sur Instagram, Judith Godrèche a exprimé son soulagement face aux plaintes « non prescrites» de ses deux consœurs. « La période que j’ai dénoncée est prescrite. Mais je me sens entendue à travers cette décision. Rien ne s’efface. Rien n’est réparé. Que la loi s’empare de celui qui faisait sa loi sur nous», écrit-elle, pensant à toutes les victimes.
Ces femmes qui parlent enfin sont sans doute bien moins nombreuses que celles qui ont été victimes de ces hommes qui disaient sans vergogne aimer les moins de 20 ans.
Clémentine Autain, touchée
Sur le plateau de C à vous sur France5 mercredi 3 juillet, Clémentine Autain, la députée de Seine-Saint-Denis s’est montrée très émue à l’évocation de ces affaires. « C’est une question qui me touche parce que le combat contre le viol est mon combat fondamental », a-t-elle expliqué. « Mais aussi parce que ma mère était comédienne et qu’elle a tourné avec Jacques Doillon. » Sa mère était l’actrice Dominique Laffin, morte en 1985 à l’âge de 33 ans quand Clémentine Autain avait 12 ans. « Elle ne m’a pas raconté cette histoire, mais je pense qu’il y a eu une bascule dans le film qu’elle a tourné avec Jacques Doillon (…) Je pense qu’il a tiré quelque chose d’elle, il était dans une relation amoureuse avec elle. Je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne saurai jamais. »
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