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Blanche-Neige, une battante qui divise la critique

par La rédaction

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Dans « Blanche neige et le chasseur », l’héroïne n’attend pas son prince, c’est une battante. Les critiques anglo-saxons se régalent de cette lecture féministe… qui passe au dessus de la tête des critiques français lui reprochant de ne pas être assez glamour.


Les traits tirés par l’effort, le regard concentré, les dents serrées : voilà le visage qu’offre Kristen Stewart en Blanche-Neige. Après le succès de Twilight, elle est à l’affiche de Blanche Neige et le Chasseur, depuis plus de deux semaines en tête du box-office en France. Cette Blanche-Neige-là a tout d’une féministe disent en substance les critiques anglo-saxons… Leurs confrères français n’emploient pas ce « gros mot »

« Triomphe du scénario féministe »

Le Chicago Tribune ou le Time ont par exemple immédiatement appliqué une grille de lecture genrée. Le Time considère cette nouvelle version du conte comme le « triomphe du scénario féministe». Evan Daugherty qui l’a écrit était jusqu’ici un parfait inconnu. Peut-être  a-t-il écouté les conseils d’Anita Sarkeesian qui déplore le manque de personnages féminins forts à Hollywood. Un blogueur, contributeur du Huffington Post UK, souligne ainsi la présence d’un sous-texte féministe. En France, il semble qu’on soit un peu vite passé sur ce film « heroic-fantasy » , plus ou moins réussi selon l’avis de chacun-e.

A contre-courant des clichés

A la dixième minute du film, le doute n’est déjà plus permis. Lors de la nuit de noce qui sera fatale  à son nouvel époux, la marâtre lance ces mots avant de le tuer : « Les hommes se servent des femmes, ils les flétrissent puis jettent les restes aux chiens ». Voilà qui est dit. Le désir de vengeance du personnage joué par Charlize Theron s’inscrit de ce fait dans une histoire douloureuse où elle fut d’abord la victime des hommes. Capturée lors du massacre de son village par un des seigneurs voisins, elle raconte avoir été ensuite trahie et abandonnée par un roi qui voulait toujours épouser femme plus jeune. La belle-mère de Blanche-neige ne s’inquiète d’ailleurs pas tant de son inaltérable beauté par vanité -défaut féminin s’il en est !- que parce qu’elle lui confère « puissance et protection ». Devenue reine mais condamnée à incarner le Mal, elle affronte Blanche-Neige qui représente le Bien. Le schéma manichéen classique est ainsi porté par deux femmes puissantes. L’une tire sa force de la maîtrise des forces occultes, l’autre de sa pureté de cœur et de sang.

La victoire du peuple avant la bataille contre la cellulite

Tout comme sa belle-mère l’a fait avant elle, la princesse n’a d’autre souci que de conquérir le pouvoir, de tout temps réservé aux hommes. Exit le prince charmant, la demoiselle n’est préoccupée que par le bien de son peuple affamé depuis l’arrivée de Ravenna.

Un scénario aux antipodes des stéréotypes véhiculés par les médias français. Un sondage publié dans Elle affirme par exemple que les femmes sont plus préoccupées par leur cellulite que par la paix dans le monde… Hasard du calendrier ce sondage est paru dans un numéro de mai de Elle, avec Kristen Stewart en couverture[1]. La jeune héroïne incarnée par l’artiste semble, contre toute attente, avoir de plus nobles desseins que l’élimination de ses capitons…

Pas glamour, so what ?

Blanche Neige et les cinéastes fées ministes

Disney avait revisité le conte des frères Grimm en mettant en scène Julia Roberts face à Lily Collins. Cette dernière incarnait une princesse rafraîchissante qui elle aussi prenait le contre-pied du rôle traditionnel. Blanche-Neige apprenait la vie de bandit de grand chemin, sauvait le prince tandis que ce dernier devenait une fantaisie canine de la reine… Bref, Disney abandonnait ses classiques poncifs stéréotypés. Avec un budget deux fois supérieur consacré à Blanche Neige et le Chasseur, Hollywood semble prêt à proposer des modèles féminins non-stéréotypés, auxquels un large public peut s’identifier.


Pour les plus jeunes, il y a fort à parier que la prochaine héroïne des studios Pixar, la princesse Merida, fasse partie de ces princesses nouvelle génération qui n’ont pas peur de bousculer les codes du genre. Cette épopée médiévale, Rebelle, sera visible sur grand écran à partir du 1er août.

Pour le jeune réalisateur Rupert Sanders, Blanche-Neige est bel et bien une héroïne à part entière. C’est à elle que le spectateur/la spectatrice s’identifie. C’est avec qu’il/elle tremble, frissonne, se passionne à grand renfort de musique épique, incontournable dans ce type de film. Mais dans les médias français, il est constamment reproché à la star de Twilight de « faire la tête », de « ne pas être glamour ». Un acteur jouant les mêmes scènes aurait probablement été qualifié de héros ténébreux… Si Kristen ne fait pas risette à la caméra, c’est que son personnage est plus occupé à mener ses hommes à la victoire qu’à en séduire un. Personnage principal du film, il n’est pas question que le prince lui vole la vedette. Blanche-Neige lui conseille d’ailleurs de ne pas se faire d’illusions. Il est rare qu’un personnage féminin s’exprime ainsi avec un personnage masculin. En général, c’est plutôt l’inverse. Ou, à la rigueur, c’est un personnage féminin qui met en garde une « rivale ».

Et pour conclure, pas de mariage en forme de happy end ! La princesse une fois sacrée reine devrait avoir tout loisir de résoudre son dilemme amoureux. Or il n’en est rien. La dernière image montre Blanche-Neige portant la couronne royale, siégeant sur son trône, sûre d’elle et triomphante. Juste avant, un dernier coup d’œil complice est jeté au Chasseur. Tout comme lui, le prince William n’est qu’un des adjuvants du récit d’initiation. Le second lui fournit une armée tandis que le premier lui apprend à se battre et à s’endurcir. Le réalisateur démontre ainsi que le but ultime de la princesse n’était pas de trouver son prince charmant mais bien d’aller au bout de sa quête identitaire. Comme n’importe quel héros.

La bande annonce



[1] A retrouver dans la rubrique « On nous prend pour des quiches » de Causette

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3 commentaires

Marcia 4 juillet 2012 - 21:40

Ah mais enfin!
Le pire, c’est que certains magazines féminins ont osé dire qu’il fallait y aller pour les robes et non pas pour le scénario, qui lui n’allait pas assez au fond des choses, sous entendu, l’histoire d’amour n’est pas consumée. Pourtant il semble littéralement IMPOSSIBLE de passer à coté du sous texte féministe pour ce film… La lecture erronée de Cosmo, Elle ou même les Inrocks montre bien à quel stade d’aliénation nous nous trouvons..

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Seb. 8 juillet 2012 - 20:41

Je n’ai pas vu le film. Je dois avouer que le fait que le héros, l’héroïsme soit un homme, une femme, un blanc, un noir , un juif, un Polonais… m’indiffère totalement si le film est globalement réussit. Ensuite je pourrais être réservé si le film est cousu de fil, ou s’il s’agit d’un film « prétexte » à mettre une femme comme héroïne. Une des choses qui m’agace souvent dans ce genre de film c’est la nécessité de mettre une femme héroïne contre les hommes. On a eu un film avec Sophie Marceau à la tête d’un groupe de femmes dans la résistance. Il y a eu effectivement un certain de femmes dans la résistance, mais pour peu qu’un réalisateur ait le souhait de souligner ce fait, il ne peut s’empêcher de transformer tous les personnages masculins en individus pleutres, lâches, faible, vils. Ces défaut sont tout aussi présents chez les hommes que chez les femmes, et les hommes et les femmes qui se sont engagés dans la résistance ont nécessairement travaillé ensemble. En fait la seule question qui m’intéresse est « est ce que l’héroïne de ce film est un personnage universel auquel chacun, indifféremment de son sexe, peut s’identifier? ». Parce si c’est juste un film d’aubaine, qui pendant tous le long va expliquer aux spectateurs avec lourdeurs et redondance qu’une femme peut être forte, courageuse, battante… En ce qui me concerne, n’ayant pas de doute sur cela, je vais avoir l’impression qu’on cherche à me convaincre à toute force que le feu sa brule et que l’eau ca mouille.

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Christine 11 juillet 2012 - 09:44

Réussi dans ce film : La relation de Blanche Neige avec les hommes : le Prince (pas très) Charmant, le chasseur, son indépendance vis-à-vis de ces 2 « concurrents » et la fin pas glamour où Blanche-Neige reste indépendante et libre ; les nains (relation plus complexe et subtile que dans le conte original)

Pour autant, je ne vois pas ce qu’il y a de féministe à transformer Blanche-Neige en chef de guerre, la bave aux lèvres, à la tete d’une armée qui nous sert des combats sanglants interminables. Mon idole féministe n’est pas Jeanne d’Arc.
Je n’ai pas aimé car ce conte de femmes (qui traite du pouvoir, du role de la séduction dans l’accès au pouvoir, du temps qui passe irrémédiablement, de l’acceptation ou du refus de passer le relais) a été transformé en une banale affaire de territoire et de guerres, en conflit d’armées, bref un histoire de mecs.
Oui revisiter ce conte pas très féministe est interessant, mais transformer Blanche-Neige en Jeanne d’Arc ne me pariat pas la solution.

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