Accueil Politique & Société « Bref ! » Edouard Philippe a clôturé le Grenelle des violences

« Bref ! » Edouard Philippe a clôturé le Grenelle des violences

par Isabelle Germain

Le Premier ministre a annoncé plusieurs mesures pour lutter contre les violences faites aux femmes. Sans sembler convaincu, sans convaincre tout à fait.

« Je ne sais pas pourquoi on me fait dire ça ! »… Vers la 25ème minute de son discours de clôture du « Grenelle des violences conjugales » le Premier ministre semblait agacé. Il arrivait au point complicité / implication / empathie enseigné dans toutes les bonnes écoles d’écriture de discours. Le texte qu’il lisait lui faisait dire « si vous avez comme moi des ados à la maison…». Et ça ne lui a manifestement pas plu. Anecdotique ? Le diable est dans les détails. Lui qui lisait laborieusement un discours qu’il découvrait, ne voulait vraisemblablement pas montrer d’implication personnelle. « Bref !» et il est passé à la suite avec un froncement de sourcils.

Son discours était loin du fort engagement attendu. Rien à voir par exemple avec la volonté de « terroriser les terroristes » affichée jadis par un Charles Pasqua. Le premier ministre tenait surtout à dire qu’il n’engagerait pas de moyens supplémentaires au service de la lutte contre les violences faites aux femmes parce que ça suffit comme ça : « les financements sont donc là, ils sont massifs, on ne manque pas d’argent » a-t-il dit dans un soupir.

Il parlait de 360 millions d’euros répartis dans plusieurs ministères : l’Intérieur (220), le Logement (90), la Justice (10) auxquels s’ajoutent les financements « qui bénéficieront aux victimes et à tous ceux qui leur portent assistance. »

Les annonces qu’il lisait étaient tirées des propositions des 4500 membres d’associations et autres expert.e.s ayant activement participé au « Grenelle des violences conjugales » et chaleureusement remerciés par Marlène Schiappa, Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes.

Beaucoup des préconisations de ce Grenelle nécessitent moins d’argent que de détermination de l’Etat à faire baisser le seuil de tolérance aux violences sexistes. La veille du discours du Premier ministre, une très forte mobilisation citoyenne partout en France montrait le changement de mentalités en cours (voir MANIFESTATION HISTORIQUE :  #NOUSTOUTES ET LA HONTE CHANGE DE CAMP) . Il aurait pu s’en réjouir et s’engager à y adjoindre les forces de l’Etat. Il s’est montré sur la défensive.

Les mesures qui ont été annoncées sont néanmoins accueillies favorablement même si elles sont jugées insuffisantes. Certaines d’entre elles avaient été annoncées le 3 septembre dernier (voir : GRENELLE DES VIOLENCES : TOUT COMMENCE PAR LES VIOLENCES PSYCHOLOGIQUES)

Principales mesures :

  • 1 000 nouvelles places d’hébergement et de logement d’urgence pour les femmes victimes en janvier.
  • le 3919, la ligne d’écoute dédiée aux victimes de violences conjugales en fonction 24 heures/24 et 7 jours sur 7
  • D’ici 2021, 80 postes supplémentaires d’intervenants sociaux, dans les commissariats et les brigades. (La France en compte pour l’instant 271).
  • Une« grille d’évaluation » de 23 questions à poser aux victimes qui se présentent dans les commissariats et gendarmeries devrait permettre aux forces de l’ordre de mieux estimer le danger. Les députés avaient adopté mi-octobre une proposition de loi visant à mettre en place, dès début 2020, le bracelet anti-rapprochement, qui permet de maintenir à distance les conjoints et ex-conjoints violents.
  • Les violences psychologiques mieux prises en compte. Une nouvelle circonstance aggravante sera mise en place « pour les auteurs de violences dans le cas de harcèlement ayant conduit au suicide ».
  • Concernant la violence subie par les enfants,  la suspension de l’autorité parentale en cas de féminicide est envisagée. En janvier 2020, un texte de loi devrait suspendre l’autorité parentale pour les pères considérés comme violents,
  • Une formation obligatoire, sur l’égalité entre les filles et les garçons pour les enseignants.
  • Les médecins devraient avoir la possibilité de déroger à leur secret médical lorsqu’il s’agira de «sauver des vies.»
  • Concernant les agresseurs, le gouvernement prévoit le cofinancement à 50% dans chaque région de France deux centres de prise en charge des hommes auteurs de violences conjugales. Il veut aussi réquisitionner les armes à feu des auteurs de violences dès le stade de la plainte. Le Premier ministre a jugé que l’alcool était « grand absent » des discussions et voudrait « dépister systématiquement les addictions lors de plaintes pour violences ».

Des mesures qui vont dans le bon sens mais ne sont pas à la hauteur des attentes qui se sont notamment manifestées dans les rues le 23 novembre dernier. Osez le féminisme estime que « le gouvernement passe à côté de l’urgence de la situation.» Autre grief : beaucoup des mesures annoncées existaient déjà mais avaient besoin de moyens pour être mises en application. L’association relève aussi « des confusions dangereuses » sur la question de l’alcool notamment. « Les hommes violents ne le sont pas à cause de l’alcool mais à cause d’une culture sexiste qui consacre l’impunité des agresseurs ! »

La Fondation des femmes est plus mesurée. Elle commence par saluer des annonces qui « viendront permettre la mise en conformité de la France avec la Convention d’Istanbul – et répondre aux lacunes pointées par le rapport du Conseil de l’Europe paru la semaine dernière » Elle se réjouit d’apprendre que le 3919 allait être étendu mais craint qu’ensuite, la prise en charge des victimes ne puisse être à la hauteur faute de moyens. Bref, bien mais pas à la hauteur de « l’électrochoc » que le Premier ministre évoquait dans son discours.

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