Cache ta bobine

par Isabelle Germain

Au cinéma comme dans l’espace public, nombre de signaux indiquent que la place des femmes est… sur un strapontin


Toujours pas de happy end dans la série femmes à l’écran. Le dernier classement du magazine Forbes fait apparaître que les 10 acteurs les mieux payés gagnent près de trois fois plus que le top des 10 actrices. Et on ne peut pas se consoler en le comparant au classement de l’an dernier : l’écart s’est creusé, il était alors (seulement !) du simple au double.

Bien sûr les intéressées ne sont pas à plaindre au vu des sommes empochées. Mais ce classement est symptomatique de la place des femmes dans la culture et dans la société. Si les écarts de rémunération sont si grands, c’est surtout parce qu’il y a très peu de rôles payants pour les femmes. Elles tiennent les seconds rôles ou rôles subalternes. Le test de Bechdel cherche les films qui remplissent trois caractéristiques : au moins deux personnages féminins, qui parlent ensemble, et d’autre chose que d’un homme. Eh bien ces films sont rares; très rares. À l’écran les femmes montrent plutôt leur bobine et leur corps pour servir de faire valoir aux hommes. Elles ne sont pas héroïques, elles ne décident pas.

Cette représentation des femmes au cinéma est à la fois la conséquence et la cause de ce qui est attendu d’elles dans la vraie vie. Rien que dans la semaine qui vient de s’écouler, plusieurs exemples. Sur la Côte d’Azur, une boîte de nuit proposait des rabais proportionnels à la taille des jupes de ses clientes et se fait de la publicité, donc du business, sur le « bad buzz » occasionné. Chez Auchan, elles sont priées de jouer les dépensières frivoles dépendantes de leur homme. Tandis que la SNCF a pu laisser entendre qu’elle voulait imposer des jupes à certaines hôtesses d’accueil.

Au Royaume-Uni, un député propose à nouveau de créer des wagons réservés aux femmes pour éviter les agressions. La pire des solutions : elle laisse supposer que les violences envers les femmes sont normales si ces dernières ne se mettent pas à l’abri… Au Maroc, de jeunes violeurs ont mis en ligne le film de l’agression sexuelle qu’ils ont commise. Celles et ceux qui se mobilisent pour que la société réagisse ont fort à faire pour imposer le respect aux femmes qui ne se cachent pas.

Heureusement, cette semaine a aussi été marquée par quelques victoires, comme au Chili ou l’avortement est enfin autorisé – sous certaines conditions. Au Salvador, c’est la fin du blanc-seing pour les violeurs qui épousent leurs victimes, et cette décision fait suite à d’autres, adoptées ailleurs dans le monde durant l’été. En Inde, une pratique rétrograde de répudiation a enfin été déclarée contraire à la constitution. Mais que de batailles il a fallu mener pour y arriver !

Et il faut continuer sur tous les fronts. Au cinéma comme dans la vie. Si elles ont des rôles de faire valoir des hommes à l’écran, il y a peu de chances que les femmes aient de meilleurs rôles dans la vie.

 

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2 commentaires

Mama 4 septembre 2017 - 15:29

Mais Dior impose toujours des talons de 12 cm à ces employées…

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Mama 4 septembre 2017 - 15:29

oups ! « ses » employées…

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