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Cannes a évité « l’agitation gender »

par Arnaud Bihel
Campion

Jane Campion à Cannes le 14 mai – FDC © FIF GLD

Jane Campion raconte avoir suggéré de présider un jury 100% féminin au Festival de Cannes. La réalisatrice évoque un « sexisme inhérent dans l’industrie » cinématographique.


 

« Pardon messieurs, mais c’est vous qui vous partagez tout le gâteau. » Seule réalisatrice a avoir jamais reçu la Palme d’or, la présidente du jury du Festival de Cannes, Jane Campion, n’a pas manqué d’évoquer la – trop faible – place des femmes dans le cinéma.

« Tout cela ne semble pas très démocratique, les femmes ne sont pas assez représentées dans cette profession », a déclaré la réalisatrice néo-zélandaise lors de la conférence de presse de présentation du jury, mercredi 14 mai, évoquant un « sexisme inhérent dans l’industrie » cinématographique.

Mais Jane Campion n’entend pas jeter la pierre au Festival de Cannes en particulier. A ses yeux, le manque de démocratie vient du système économique, de financement et distribution des films. Jane Campion rappelle que selon le délégué général du Festival, Thierry Frémeaux, « sur les 1 800 films soumis au Festival pour la sélection, seulement 7% sont réalisés par des femmes ».

« En tant que femme, on passe sa vie à se demander ce que les hommes vont penser de vous et de votre travail »

Elle a pourtant tenté de casser les codes en suggérant à Thierry Frémeaux « de composer un jury exclusivement féminin ». C’est ce qu’elle raconte dans un entretien à Libération. Mais celui pour qui la question des femmes à Cannes n’est qu’un marronnier « n’a pas répondu… ».

Dommage, car « il aurait été intéressant d’imaginer les candidats à la palme se demander comment leur film allait être reçu par un jury de femmes », poursuit Jane Campion. « Histoire de changer, pour une fois, puisque, en tant que femme, on passe sa vie à se demander ce que les hommes vont penser de vous et de votre travail. J’ai parlé de ma proposition à un ami qui m’a tout de suite répondu : « Oh non, ça va être pris pour de l’agitation “gender”. » Je trouve que ça aussi c’est intéressant comme réaction. Il y a seize cinéastes masculins cette année [16 sur 18, NDLR] : ça aurait pu être marrant. »

En 2012 en France, 23% des réalisateurs de longs métrages étaient des femmes – contre 18,4% en 2008.

L’investissement global dans les films réalisés par des femmes était 5,6 fois inférieur à celui des films d’hommes.

> Voir : Le cinéma féminin grignote son retard

Aux Etats-Unis, seuls 6% des 250 principaux films en 2013 ont été réalisés par une femme – contre 9% en 1998.

> Voir : A Hollywood, aucun progrès en 15 ans pour les femmes

 

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