Accueil CultureCinéma Bobines cannoises #1 : Soko, Justine Triet, Virginie Efira, Maren Ade

Bobines cannoises #1 : Soko, Justine Triet, Virginie Efira, Maren Ade

par Valérie Ganne
Cannes Soko Efira MAren Ade

Cannes Soko Efira MAren AdeAllez, on arrête de se plaindre : au festival de Cannes il y a pléthore de réalisatrices talentueuses et d’actrices dotées de vrais rôles. Profitons donc de ce 69ème festival pour braquer les projecteurs sur certaines d’entre elles.


 

 

La Danseuse : Soko s’affirme

On l’a découverte dans Augustine, premier film d’Alice Winocour (pour mémoire, Alice Winocour a réalisé Maryland, et est la co-scénariste de Mustang, multi-césarisé). Dans Augustine, Soko jouait une patiente hystérique prenant beaucoup de place dans le travail et la vie du docteur Charcot, à la fin du 19ème siècle.

Mais avant ce premier rôle marquant, Soko est avant tout musicienne, composant et chantant en anglais quelques tubes comme I’ll Kill Her et We Might Be Dead by Tomorrow. Ambiance sombre. Cheveux noirs, regard noir, folie maitrisée, Soko de Bordeaux a quitté la maison à 16 ans pour faire de la musique, joue dans Bye Bye Blondie de Virginie Despentes, n’hésite pas à parler de sa bisexualité (on lui a attribué une liaison avec Kristen Stewart), et surtout travaille d’arrache-pied. Ses scènes de danse n’ont pas été doublées dans La Danseuse, film de Stéphanie di Giusto présenté dans la sélection Un Certain Regard.

Soko_Danseuse

 

Soko y incarne Loïe Fuller, chorégraphe américaine célèbre dans le Paris de la Belle époque, notamment pour ses voiles. Si l’on ajoute que dans ce film elle rencontre Isadora Duncan, toute jeune, et que celle-ci est jouée par Lily Rose Depp (fille de…), cela suffit à faire une belle affiche pour les photographes de Cannes.

L’image ne doit pas faire oublier que derrière les paillettes il y a une actrice qui s’affirme de rôle en rôle et que l’on retrouvera avant la fin du Festival de Cannes dans un autre uniforme, celui de soldate de l’armée française. Dans Voir du Pays des sœurs Coulin, présenté dans la même section Un certain Regard, elle partage l’affiche avec Ariane Labed (Fidelio). Toutes deux reviennent de la guerre d’Afghanistan et passent par un « sas » de décompression psychologique dans un grand hôtel pour touristes.

La Danseuse, de Stéphanie Di Giusto, film d’ouverture d’Un Certain Regard. Avec Soko,Gaspard Ulliel, Mélanie Thierry, Lily-Rose Depp, François Damiens. Produit par Alain Attal, distribué par Wild Bunch.

Voir du Pays, de Delphine et Muriel Coulin, sélection Un certain regard avec Ariane Labed et Soko (d’après le roman de Delphine Coulin).

 


Triet/Efira, duo gagnant pour Victoria

Victoria, film d’ouverture de la section parallèle Semaine de la Critique, est signé par une cinéaste qui ne manque ni d’énergie, ni d’humour : Justine Triet. Nous avions parlé de son premier film dans Les Nouvelles NEWS : c’est elle qui a plongé ses acteurs dans la foule du second tour de l’élection présidentielle de 2012 avec La bataille de Solférino.

Son deuxième film, Victoria, est une « rom com » (entendre « comédie romantique ») à la Française. Plus proprette que ne l’était son premier opus déjanté, mais tout aussi drôle. La réalisatrice dépoussière ici quelques clichés sur les familles monoparentales composées d’une femme et de ses enfants : Victoria est totalement épuisée par ses trois vies d’avocate pénaliste, de femme tentant de relancer sa libido, et de mère de mignonnes petites jumelles accros aux écrans. Evidemment le monde extérieur n’est pas d’une grande aide  : son ex mari, écrivain, lance un blog-autofiction sur leur séparation dont elle ne sort pas grandie, blog qui a de plus en plus de succès, elle défend un ami accusé d’agression par sa compagne qui retire sa plainte pour en ouvrir une nouvelle un mois plus tard… Elle est heureusement épaulée par un baby sitter de choc, en la personne du jeune Vincent Lacoste.

Virginie Efira dans Victoria

Virginie Efira dans Victoria

 

Tout est effarant, drôle et pourtant crédible, notamment parce que Virginie Efira tient là un premier rôle majeur fort réussi. Passée par la télévision, elle s’est fait connaître au cinéma avec 20 ans d’écart (où déjà un jeune homme lui tombait dans les bras) et, depuis, Virginie Efira fait de bons choix et montre qu’elle peut à la fois faire sourire et émouvoir, ce qui n’est pas donné à tout le monde. C’était déjà le cas dans Et ta sœur de Marion Vernoux, passé malheureusement inaperçu récemment. On retrouvera l’actrice belge dans un rôle secondaire dans un autre film cannois : Elle, de Paul Verhoeven, programmé en fin de festival. Ce n’est pas pour rien que Justine Triet a appelé son film et son héroïne Victoria, ici Efira est une héroïne de la vie quotidienne victorieuse.

Victoria de Justine Triet, présenté en ouverture de la semaine de la Critique festival de Cannes, avec Virginie Efira, Vincent Lacoste, Melvil Poupaud.

 


Maren Ade réveille la compétition

Maren Ade

Maren Ade © Iris Janke

Cannes était calme, sans les Américains et les Asiatiques venus en petites équipes par peur des attentats. Les films de la compétition s’enchaînaient calmement, faisant le job avec leurs stars (mention à Julia Roberts montant le tapis rouge pieds nus).

Et voilà que, samedi après-midi, Toni Erdmann de Maren Ade a réveillé la Croisette. Du moins les critiques et les acheteurs. Une comédie allemande de 2h42. Vous avez bien lu, résumé comme ça, ça n’attire pas les foules. Dès les premières minutes, le personnage masculin principal, un père au physique balourd et fatigué, fait des blagues à l’allemande, à base de coussins péteurs, perruques et fausses dents. Ses facéties sont destinées à tout le monde, du facteur à sa vieille mère à qui il rend visite régulièrement.

Mais là où les blagues deviennent vraiment drôles c’est quand il les destine à sa fille, trentenaire, executive woman qui ne sait plus sourire. Installée à Bucarest, elle prend peur quand il lui rend visite par surprise, pour s’incruster dans sa vie et mieux en mesurer le désastre. Ce père tente de reconquérir sa fille, ose lui demander si elle est heureuse, et par la même occasion lui apprend à vivre.

Les films des trois seules femmes en compétition à Cannes sont maintenant passés  : Andréa Arnold, Nicole Garcia, Maren Ade. Si les deux premières sont connues, le nom de la troisième ne disait pas grand-chose à quiconque, même aux cinéphiles. Elle a pourtant déjà gagné un ours d’argent à Berlin (avec Everyone else en 2010) et est aussi productrice, notamment du magnifique Tabou du portugais Miguel Gomes. Et elle pourrait bien ne pas quitter Cannes les mains vides. Maren Ade, un nom (court) à retenir.

Toni Erdmann de Maren Ade. Avec Sandra Hüller, Peter Simonischek. Produit par Komplizen Films, distribué par Haut et Court.

 

 

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