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Capital et le patronat unisexe

par La rédaction

Bronca sur les réseaux sociaux à la vue d’une photo 100 % mâle pour illustrer un article sur les start-up à succès. Réponse de Capital : aucune ne correspond aux critères.


Le buzz s’est déclenché en fin d’été sur tous les réseaux sociaux. Pour illustrer un article sur les start-up qui jouent dans la cour des grands, le magazine Capital, sous-titré « Le plaisir de comprendre l’économie » a choisi de photographier, dans son numéro d’août, 11 patrons en jean et chemise blanche, regardant au loin, symbolisant ainsi le côté cool de la nouvelle économie et la vista qui sied à l’entrepreneur.

Celles et ceux qui recherchent « le plaisir de comprendre l’économie » ont eu le déplaisir de constater qu’il n’y avait que des hommes sur cette photo. Et d’exprimer leur consternation en ligne sur l’air de #JamaisSansElles ou « on va vous citer des noms de femmes ». Des startuppeuses à succès comme Marion Carrette (@Macarrette), fondatrice de Zilok et OuiCar ou Céline Lazorthe, fondatrice de Leetchiweb (que nous avions rencontrée ici)  ont clairement et vivement interpelé le magazine, tout comme l’ont fait beaucoup d’hommes et de femmes qui œuvrent pour davantage de mixité dans la création d’entreprise.

Explication de la journaliste auteure de l’enquête, Nathalie Villard, qui dit déplorer aussi cette absence de femmes : l’enquête portait sur des startups répondant à des critères tels qu’il a été impossible de trouver des femmes. Ces critères : « innovation de rupture, présence à l’international et valorisation de plusieurs centaines de millions d’euros. »  Pourtant, parmi les co-fondateurs des entreprises citées se cachent des femmes, même si ce ne sont pas toujours elles qui répondent aux enquêtes des journalistes. Fanny Moizant, par exemple, chez Vestiaire Collective…

Mais c’est un fait : les femmes sont bien moins nombreuses que les hommes aux manettes de l’économie. Et dans les startups en particulier. En 2015 par exemple, 15% seulement des levées de fonds concernaient des entreprises créées par des femmes.

Face au buzz, Capital a invité les internautes à suggérer des noms de femmes répondant à ces critères. Et l’exercice s’avère tout aussi compliqué que de trouver une femme PDG d’une entreprise du CAC 40 (qui ne compte qu’une seule femme DG, pas PDG, Isabelle Kocher). Fermez le ban ?

Les internautes suggèrent alors au magazine de revoir ses critères pour éviter d’arriver à ces clubs de garçons ? Faites-le vous-même, répond alors en substance le journal.

Les critères qui définissent la réussite, c’est pourtant la question qui peut faire passer les femmes de l’ombre à la lumière. Chez Capital comme chez ses confrères de la presse économique, on met en valeur ceux qui font les plus gros chiffres d’affaires, les plus belles levées de fonds, les plus forts rendements… Et du coup, la réussite est associée à des visages d‘hommes.

Les femmes et les acteurs de l’économie finissent pas penser que la réussite ne se conjugue qu’au masculin, comme le suggère ce dossier de Capital. Tout oriente les femmes vers des ambitions très modestes. Une étude récente montrait que les investisseurs posent des questions sur le contenu des projets aux hommes, et sur les risques aux femmes. Résultat : ils sont moins enclins à investir dans les entreprises qui ont mis en avant les dangers que dans celles qui les ont fait rêver… (voir : Les questions qui tuent l’entrepreneuriat féminin)

Chaque image comme celle diffusée par Capital ajoute une couche dans l’inconscient collectif en défaveur des femmes. Le bad buzz sur les réseaux sociaux fait-il bouger les lignes ?

Le rédacteur en chef adjoint de Capital, Christophe David, reconnait que « sur cet article, ce n’est pas terrible en effet ». Et ajoute : « À Capital nous sommes attentifs à renforcer la présence des femmes dans nos colonnes, même si ce n’est pas une obsession, mais nous nous heurtons à la réalité : il y a bien moins de femmes que d’hommes parmi les patrons. J’ai moi-même essayé d’imposer la parité dans une rubrique que je dirigeais sur les startuppers et je n’ai pas tenu bien longtemps, faute de startuppeuses. Mais si vous feuilletez le journal entier ou le numéro de septembre vous verrez qu’il y a des femmes, il y en a même deux sur les trois experts ‘argent-placement’.»

On est encore très loin de la parité dans les faits et dans les représentations mais, aujourd’hui enfin, les éditeurs ne sont plus dans le déni.

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