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Censure ? Non, extension !

par Isabelle Germain

Hurler à la censure quand la parole se libère est absurde autant que dommageable.

 

Évidemment, ça devait arriver. #BalanceTonPorc + écriture inclusive = attention, censure ! C’est l’hebdomadaire Marianne qui a tiré le plus franchement, avec cette couverture qui s’inquiète des « nouveaux censeurs » et ose ce sous-titre : « Quand la salutaire libération de la parole menace de fausser les relations hommes-femmes ».

Mais la censure est dans la tête de ceux qui la dénoncent. « Libérer la parole » des femmes, c’est au contraire étendre le domaine de l’expression publique à la moitié de l’humanité qui en est privée depuis des centaines d’années (et c’est notre Graal aux Nouvelles NEWS). Étendre, entendre d’autres voix, c’est le contraire de la censure.

Il y a une vingtaine d’année, l’Association des femmes journalistes créait le prix de la publicité la moins sexiste. « La moins sexiste ! », pour montrer qu’on pouvait faire de la bonne pub, esthétique et efficace, sans faire passer les femmes pour des cruches… Mais aux yeux de beaucoup de publicitaires, nous étions de dangereuses créaticides qui voulaient les censurer…

Déformer la réalité pour mieux étouffer certains progrès, c’est l’arme anti-égalité la plus efficace. Cette semaine, des critiques se sont exprimées contre une conférence sur le numérique 100 % mâle. Le secrétaire d’État au numérique y a vu du « lynchage » ! C’est toujours celui qui peut qualifier les faits qui gagne. Parler de « lynchage » quand il y a critique, ou de « délation » quand il est question de dénonciation courageuse, c’est disqualifier d’emblée celle qui veut s’exprimer. Comme dit l’excellente Sheryl Sandberg, « c’est le pouvoir, imbécile ! ».

La parole, c’est le pouvoir ! Et tant que ce pouvoir de la parole ne sera pas mieux partagé entre hommes et femmes, les hommes de pouvoir pourront continuer à entretenir un brouillard pour confondre séduction et violences, règles de grammaires et règles de domination.

Les crispations contre l’avènement d’un langage dans lequel le masculin ne l’emporterait pas systématiquement se poursuivent. Quand la droite parlementaire n’accepte toujours pas qu’à l’Assemblée nationale on dise « madame la présidente » ; ou quand l’Agence France Presse, forcément reprise par la majorité des médias, ne peut s’empêcher d’évoquer au masculin les personnes, très majoritairement des femmes, sacrées « personnalités de l’année » par le magazine Time, le même mécanisme est à l’œuvre : consciemment ou inconsciemment, ce sont bel et bien les femmes qui restent les premières victimes de la censure.

 

 

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