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Cherche développement humain durable et équitable

par Arnaud Bihel


Les progrès en matière de développement humain dans le monde pourraient ne pas durer, avertit l’ONU. La faute à la dégradation de l’environnement et aux profondes inégalités, « dans et entre les nations ».


Ces quarante dernières années, l’indice de développement humain (IDH) « a connu une progression vertigineuse ». Ce constat, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) le dresse dans son rapport 2011 sur le développement humain, publié mercredi 2 novembre.

Cet indicateur de développement (1) a augmenté de 41 % dans l’ensemble des 187 pays pris en compte. Et de 61 % dans la cinquantaine de pays dont l’indice de développement humain est le plus faible. Le rapport souligne des avancées importantes dans les domaines de la santé, de l’éducation et des revenus, notamment l’éducation primaire et secondaire des filles.

L’avenir s’annonce même (aux trois quarts) radieux : « En 2050, si les améliorations se poursuivent au même rythme, plus des trois quarts de la population mondiale vivront dans des pays ayant un indice de développement humain semblable à celui qu’affichent actuellement les pays développés ».

Tendance inversée en 2050 ?

Mais il y a un hic. Helen Clark, administratrice du PNUD et coordinatrice du rapport, lance l’alerte : « L’échec persistant des tentatives de réduction des risques environnementaux graves et l’aggravation des inégalités sociales pourraient ralentir plusieurs décennies de progrès continus au sein de la majorité pauvre de la population mondiale, voire inverser la convergence mondiale en matière de développement humain. »

Selon le scénario médian établi par les experts du PNUD, la prise en compte du réchauffement climatique sur la production de nourriture et la pollution ferait baisser l’IDH moyen de 12 % d’ici à 2050 en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne.

« Hausse flagrante » des inégalités de revenu

D’ores et déjà, les progrès globaux s’accompagnent de lourdes inégalités. Les experts du PNUD soulignent que ces 20 dernières années « la distribution inégale des revenus s’est aggravée à l’échelle nationale dans la majorité des régions du monde ». Ils évoquent la « hausse flagrante de la part des revenus détenus par les groupes les plus riches en Europe, en Amérique du Nord, en Australie et en Nouvelle-Zélande ». Mais aussi en Inde ou en Chine.

Du point de vue environnemental également, « la perspective d’une aggravation des inégalités mondiales est bien réelle. » Le PNUD le reconnaît, le constat n’est pas nouveau : « les schémas de production et de consommation ne semblent pas durables, en particulier dans les pays riches », tandis que ce sont les pays les plus pauvres qui « supportent l’essentiel des coûts de l’évolution climatique ».

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Interconnexion entre environnement et inégalités

Le réchauffement climatique n’est pas le seul problème environnemental. « La dégradation des sols, des forêts et des écosystèmes marins représente une menace chronique pour le bien-être humain, tandis que la pollution a un prix considérable. » Déjà, la moitié des cas de malnutrition dans le monde sont dus à des facteurs environnementaux.

Et les liens entre dégradation de l’environnement et inégalités sont plus complexes. Ainsi, « les activités préjudiciables à l’environnement ont des effets inégalitaires ». Pas besoin de quitter l’Hexagone pour en trouver un exemple : « En France, les communautés comptant la plus forte proportion d’immigrés hébergent plus de sites industriels et de sites de gestion des déchets radioactifs, d’incinérateurs et d’installations de gestion des déchets. »

« Briser le lien pernicieux »

Faire en sorte que les politiques publiques aient conscience des « liens entre durabilité environnementale et équité », pour « briser le lien pernicieux entre la dégradation de l’environnement et la croissance économique ». C’est le principal message que le PNUD entend faire passer, à l’approche de la grande conférence Rio+20 sur le développement durable, qui se tiendra en juin 2012.

Mais le message mériterait aussi de résonner aux oreilles des dirigeants du G20 réunis en ce moment à Cannes. Le rapport du PNUD rappelle que la croissance n’est pas une fin en soi, plaide pour la taxation des transactions financières, et insiste sur la nécessaire augmentation de l’aide au développement. Il y a un an, la coordinatrice du rapport 2010 du PNUD, Jeni Klugman, se permettait cette remarque : « Je comprends que, dans ce contexte de récession, les pays du G20 s’inquiètent de la croissance, mais je ne pense pas que ce soit l’approche qu’il faut ».

Graphique : PNUD. Evolution entre 1980 et 2011 de l’IDH de la Norvège (en mauve), de la France (en bleu), de la Turquie (en vert) et de la République démocratique du Congo (en rouge).


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1 commenter

Nr77 11 novembre 2011 - 06:46

Très bon article. Il y a un déni du. G20 mais une prise de conscience d’une partie des acteurs sur la limite de notre système économique qui détruit la Terre pour la transformer en argent et agrave la pauvreté en soumettant les peuples à un modele économique dominant qui ne respecte pas la souveraineté alimentaire des peuples (par ex en développant des monocultures qui détruisent l’écosystème et Affament les populations) ni leur accès au savoir et le respect des cultures traditionnelles.

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