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Suzanne cherche amour désespérément

par Arnaud Bihel

SuzanneUn bon mélo est un exercice difficile : avec son deuxième film, Katell Quillévéré fait preuve d’une étonnante maturité en signant un portrait romanesque émouvant. La critique ciné du mardi de Valérie Ganne.


 

 

Suzanne, contrairement à ce que son titre pourrait laisser penser, n’est pas seulement un portrait de femme, mais plutôt celui d’une famille sur plus de 20 ans : un père routier veuf et ses deux filles élevées au rythme des pique-niques dominicaux sur la tombe de leur mère et dont l’avenir a le goût fade des petits boulots abrutissants. La vie de l’aînée, Suzanne, bifurque une première fois lorsqu’elle décide de garder l’enfant sans père dont elle est enceinte à 17 ans et une seconde fois quand elle rencontre l’amour dans les bras d’un beau gosse vivant de trafics de moins en moins légaux.

Naturaliste, ancré dans un milieu populaire du sud de la France, Suzanne réussit à nous émouvoir intensément. En posant la question à quelques critiques de cinéma (mais sont-ils des êtres humains comme les autres ?), on remarque cependant que ce film touche davantage les femmes que les hommes. Il faut dire que Katell Quillévéré aime les personnages féminins forts, depuis son premier long métrage, Un poison violent, où une adolescente balance entre crise mystique et premiers émois amoureux. Dans Suzanne la réalisatrice va plus loin, avec ambition et audace, en choisissant comme personnage principal une femme de bandit.

Mais ce film pourrait aussi s’appeler Suzanne, Nicolas, Maria et les autres… un titre à la Sautet : les acteurs qui campent ces trois personnages sont excellents, en premier lieu Sara Forestier (révélée par Kechiche dans L’esquive en ado forte en gueule, elle a reçu un second César pour son rôle dans Le nom des gens) : moins extravertie, soudain réservée, mais en apparence seulement, puis révélée en femme amoureuse, elle est parfaite. A ses côtés, Adèle Haenel réussit à avoir autant d’épaisseur dans un rôle de sœur cadette fusionnelle et tante adoptive par défaut. On pourrait en conclure que dans cette histoire les hommes sont tous des menteurs, des lâches ou des voyous… sauf papa. Et oui, car François Damiens en père-mère souvent dépassé est à la fois humain et émouvant. Quant à Paul Hamy, amant trafiquant volant Suzanne à sa famille, c’est la révélation du film : tombeur de Catherine Deneuve en boite de nuit dans Elle s’en va, sorti en septembre dernier, il hérite ici d’un rôle plus solide.

Et cette Suzanne, rebelle qui n’a qu’une cause, sa propre liberté dont elle paie le prix, nous offre une conclusion vieille comme le monde, mais qu’il est parfois bon de redécouvrir : la tendresse et l’amour savent toujours se frayer un chemin à travers les difficultés grandissantes et les absences.

 

Suzanne de Katell Quillévéré, avec Sara Forestier, François Damiens, Adèle Haenel, Paul Hamy. Produit par Move Movie, distribué par Mars Films, sortie le 19 décembre 2013.

 

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2 commentaires

gorgeous niece 19 décembre 2013 - 11:00

Merci pour cette belle critique qui donne envie d’aller voir le film… avec son homme!

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Araud Faure 20 décembre 2013 - 22:01

Bravo pour cette critique , qui correspond tout à fait à ce j’ai ressenti sur ce film .Film à voir.

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