Accueil Politique Cinquième plan de lutte contre les violences : le détail des propositions

Cinquième plan de lutte contre les violences : le détail des propositions

par La rédaction

gif1Doublement du budget consacré à la lutte contre les violences, systématisation de mesures efficaces, publics ciblés… les détails du plan 2017-2019.


 

Depuis plusieurs années, « les violences faites aux femmes sont désormais mieux connues et davantage dénoncées. La tolérance sociale diminue. Néanmoins, les violences demeurent massives ». C’est sur ce constat que s’ouvre le cinquième plan interministériel de lutte et de mobilisation contre toutes les violences faites aux femmes, dont Les Nouvelles NEWS ont pu prendre connaissance, à la veille de sa présentation officielle.

Chaque année, rappelle le ministère des Droits des femmes, 223 000 femmes sont victimes de violences conjugales, 84 000 sont victimes de viol ou de tentative de viol. Trop peu d’entre elles déposent plainte. En 2015, 122 femmes sont décédées sous les coups de leur compagnon ou ex-compagnon

Moyens doublés

Le quatrième plan, sur les années 2014-2016, doublait les moyens mis à disposition de la lutte contre les violences faires aux femmes. Ce cinquième plan prévoit de les doubler une fois encore, pour mobiliser entre 125 et 140 millions d’euros sur trois ans. C’est encore plus que ce que demandait le Haut Conseil à l’Egalité.

Voir : Lutte contre les violences faites aux femmes : le HCE dresse un bilan “encourageant”

Encore faudra-t-il que ces financements soient effectifs, car le HCE n’a jamais pu obtenir confirmation que les 66 millions d’euros annoncés pour le quatrième plan ont bien été engagés. Il demandait la création d’un fonds interministériel dédié, qui n’apparaît toujours pas dans ce nouveau plan.

Mieux faire connaître le 3919

Première arme, la communication. En attendant de futures campagnes, le gouvernement publiera, entre le 23 et le 25 novembre, une série de gifs (comme celui ci-dessus) sur les réseaux sociaux. Et un clip sera diffusé sur les chaînes de France Télévision le 25 novembre.

Objectif de ces outils : faire lieux connaître encore le 3919, la ligne Violences Femmes Info, anonyme et gratuite. Dans la lignée du précédent plan, le gouvernement entend encore renforcer ses moyens. La Fédération Nationale Solidarité Femmes, qui gère le 3919, a pris en charge en 2015 près de 50 000 appels. Elle vient par ailleurs de lancer sa nouvelle campage :

 

Ce cinquième plan se décline en deux grands axes : « Sécuriser et renforcer les dispositifs qui ont fait leurs preuves pour améliorer le parcours des femmes victimes de violences et assurer l’accès à leurs droits », et « renforcer l’action publique là où les besoins sont les plus importants »

Formation et protection

Dans son premier volet, le plan prévoit de déployer davantage d’intervenants sociaux dans les commissariats et les gendarmeries – le dispositif sera « systématisé » – et d’augmenter l’offre d’hébergement d’urgence, pour parvenir à 2000 places dédiées aux femmes victimes de violences.

« Systématisée » aussi, la formation des professionnel.le.s concernée.e.s (médecins, policier.e.s, gendarmes, sapeur-pompiers, travailleurs sociaux…). Plus de 300 000 ont déjà été formé.e.s depuis 2013.

Par ailleurs, « afin de permettre la reconnaissance des violences subies et la condamnation des auteurs », les autorités judiciaires seront systématiquement informées des violences déclarées et le constat de preuve sera facilité. Tandis que les dispositifs de protection dans l’urgence (éviction du conjoint, ordonnance de protection et téléphone grand danger) « seront davantage et mieux mobilisés ».

Le HCE recommandait d’organiser une campagne nationale de testing auprès des commissariats et gendarmeries pour évaluer l’accueil réservé aux violences déclarées. Une idée que le plan ne reprend pas.

Enfants, cybersexisme…

Nouveauté de ce cinquième plan : mieux protéger les publics les plus fragiles. Il répond là en partie à une recommandation du HCE. En rappelant que « les enfants témoins de violences sont des victimes », le plan prévoit de mieux articuler la prise en charge des femmes victimes de violences et des enfants.

Il visera également plus spécifiquement les jeunes femmes de 18 à 25 ans, « plus exposées aux violences » mais qui « mobilisent pourtant peu les dispositifs existants », avec notamment l’attribution de 100 solutions d’hébergement spécialisées. L’accent sera également mis sur le cybersexisme : un guide sur le sujet sera publié et une liste des commissariats et des gendarmeries dans lesquels les enquêteur.trice.s sont formé.e.s à la lutte contre les violences sur internet sera diffusée.

Autre public ciblé : les femmes dans les zones rurales, où les dispositifs peuvent être moins nombreux et moins accessibles. Des permanences d’écoute seront par exemple créées dans les Maisons de service au public.

 

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

3 commentaires

flo 23 novembre 2016 - 08:56

Pour lutter efficacement contre les violences, il faudrait peut-être AUSSI lutter contre les violents… Et une fois de plus je ne vois rien dans ce 5e Plan qui aille dans ce sens… Les politiques, années après années, mettent l’accent sur la prise en charge et la protection des victimes, et c’est évidemment primordial, mais quand va t-on enfin s’occuper des auteurs ? J’ai l’amère impression qu’on donne aux femmes des boucliers, des pansements et des adresses de centres d’accueil d’urgence, mais qu’on laisse les gants de boxe en circulation… Un plan de lutte efficace devrait comporter un volet abordant la responsabilisation des auteurs, les risques encourus, une campagne de sensibilisation à la non-violence en direction des garçons, des propositions de prise en charge médicale ou psychologique des hommes ayant des comportements violents, etc…

Répondre
Lène 24 novembre 2016 - 09:25

Encore faudrait-il pour cela que l’on prenne conscience que les violences sont celles du système patriarcal, et qu’il faut y répondre de façon plus globale… (mais j’ai l’impression que ce n’est pas encore pour aujourd’hui…)

Répondre
09 Aziza 30 novembre 2016 - 11:41

@Lène, flo: vous avez parfaitement raison toutes les deux, mais si vous saviez comme il est usant d’essayer de faire entendre ce point de vue qui n’est pas écouté! franco-québécoise, cela fait plus de 20 ans que je vois comment la prise en charge des hommes violents peut être faite. Mais en France, on dirait que les hommes sont intouchables.Le lien entre le patriarcat et le sexisme ET les violences familiales n’est pas encore fait. On s’égosille en vain…je continue, mais à 68 ans , je deviens fatiguée. Sans compter qu’en France, il est difficile d’être cataloguée comme « féministe ». Un gros mot.

Répondre

Laisser un commentaire