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Clémence Gandillot, touche-à-tout des maths

par vincimoz

Spectacles, livres, films d’animation… Clémence Gandillot fait tout. Mais ses créations ont un point commun : elles tournent autour des mathématiques.

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Clémence Gandillot est le personnage du spectacle Le t de n-1, qui met le monde en mathématiques et nous invite à l’intérieur de sa tête. Mais Clémence Gandillot est aussi celle qui a écrit la pièce – avec ses complices Michaël Chouquet, Balthazar Daninos et Léo Larroche –, une touche-à-tout qui met en scène son univers dans des livres, au théâtre et dans des films d’animation.

Le t de n-1 est un spectacle sur les mathématiques, l’homme, le monde et les choses. Clémence Gandillot, l’auteure qui a joué sur scène son personnage au début, et dont le rôle est repris aujourd’hui par une comédienne, est interrogée par un interviewer et fait des démonstrations sur un tableau noir. Puis elle invite le public à mettre les pieds dans sa tête pour voir ce qui s’y passe, et la scène s’anime, comme à l’intérieur d’une tête.

Ce spectacle est inspiré de De l’origine des mathématiques, un livre illustré publié en 2008. Elle y développe la thèse que les mathématiques sont à l’image de l’homme, puisqu’il les a créés et qu’il ne peut créer que des choses à son image. Cette idée lui est elle-même venue pendant ses études de scénographie aux Arts Déco, précisément lorsqu’elle écrit son mémoire, Chose. Clémence Gandillot (la vraie) s’y demande « Pourquoi est-ce qu’on fait des choses ? » et tente d’interroger les mots. Mais ils sont trop bavards, alors elle dessine des pictogrammes et les arrange avec des signes mathématiques : fractions, sommes, égalités… Un travail qui donnera lieu à De l’origine des mathématiques.

« A l’école j’aimais les maths mais je n’avais pas vraiment franchement de facilités », explique-t-elle. Pas besoin en effet d’avoir fait de longues études pour comprendre les livres ou le spectacle. Ce dernier a été joué un peu partout, dans de nombreux théâtres mais aussi dans des lieux associatifs, dans des écoles et devant des chercheurs. L’accueil est unanimement positif – comme pour les livres qui suscitent une forte adhésion, même s’ils peuvent effrayer au premier abord les traumatisés des maths.

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Le parcours de Clémence Gandillot est une suite de découvertes et d’heureux hasards. Après le bac, en licence de sciences économiques, elle prend ses premiers cours de dessin comme elle aurait fait du sport, pour ne pas s’ennuyer le vendredi après-midi. « Le prof était passionnant et original, il nous faisait dessiner de la main gauche et nous emmenait au jardin d’acclimatation dessiner les animaux », raconte-t-elle. Elle réalise qu’elle n’est pas faite pour l’économie et se tourne alors vers l’art. Elle rentre aux Arts Déco après une prépa, puis se spécialise en scénographie après de longues hésitations avec l’animation et l’illustration.

En 2004, l’année de son diplôme, elle découvre le travail de Jean-Pierre Larroche, directeur de la compagnie des Ateliers du Spectacle. Ses créations sont comme des « réponses » à ce qu’elle cherche. Elle le contacte, le rencontre et va l’assister dans son travail de scénographe. L’équipe des Ateliers s’intéresse aux livres qu’elle a écrits – ils ne sont pas encore publiés à l’époque. Avec une partie de la compagnie les « n+1 » (Chouquet, Daninos et Léo Larroche) ils montent le spectacle Le t de n-1. Ils prennent le temps d’écrire cette première création, plusieurs années, soutenus de loin par Jean-Pierre Larroche qui leur prête les locaux de la compagnie et son regard extérieur. Sans l’avoir anticipé, la scénographe devient alors comédienne.

Parallèlement, Clémence crée son site web et ses premiers livres sont publiés. Cela lui permet de mettre un pied dans l’image : elle répond à des commandes en tant qu’illustratrice et crée quelques sites web. Le logiciel Flash va lui permettre de se lancer dans l’animation. Elle imagine rapidement les t.lévisés, une série de petits films toujours à propos des mathématiques. Le projet n’aboutit pas mais va lui permettre de présenter son travail et donc de rencontrer quelques personnes qui vont lui proposer de réaliser ses premiers films d’animation. Ensuite, les projets se succèdent : des courts métrages sur les violences conjugales, des sujets pour l’émission d’Arte Karambolages, des chroniques Info-sciences ou une série intitulée Petits contes mathématiques écrite avec Léo Larroche. « Plus j’avance et plus les commandes rejoignent mon travail personnel », se réjouit la réalisatrice.

« Comment ça marche dans la tête ? »

Puisqu’elle connaît mieux aujourd’hui le format série, Clémence Gandillot ne désespère pas de reprendre un jour les t.lévisés. Ils s’inscriraient dans la galaxie des « n+1 formes » avec les spectacles et ateliers menés par n+1 des Ateliers du Spectacle. La jeune femme participe actuellement à l’écriture de Fromage de tête, une pièce où son personnage réapparaît, qui sera créée à l’automne à Strasbourg. Pour trouver des idées la petite troupe se prête au jeu d’un protocole, le « CCMdlT » (comment ça marche dans la tête quand on : décide/choisit/oublie/a un mot sur le bout de la langue…). Cela leur permet de créer de la matière et de mettre en scène leurs trouvailles.

La troupe n+1 (c’est-à-dire tous les membres des Ateliers du Spectacle qui travaillent autour des maths) a monté une autre pièce, actuellement en tournée : l’apéro mathématique. L’équipe, sans Clémence cette fois, est partie à la rencontre de chercheurs mathématiciens en essayant de mettre les pieds « dans l’espace qu’ils ont dans la tête ». Avec les deux autres, cette pièce constitue le campement mathématique, « parcours spectaculaire entre deux ou trois spectacles du groupe n+1 ». Il est également question d’adapter Chose en essai cinématographique.

Actuellement Clémence Gandillot se concentre sur la réalisation et l’écriture : « J’aime le théâtre mais j’ai dû choisir : si je faisais du théâtre je ne pourrais faire que ça », regrette-t-elle. « Avec l’écriture, mes déplacements sont maintenant concentrés sur les périodes de création, j’assiste à certaines répétitions mais je ne tourne pas. Est-ce que le théâtre me manquera ? On verra. Ça aura en tout cas été une expérience fabuleuse et que je l’espère inoubliable. Au fait, comment ça marche dans la tête quand on oublie ? »

  

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