Colette Kreder, hommages à une pionnière de la parité

par La rédaction

Les femmes politiques et scientifiques doivent beaucoup à cette ingénieure, militante de la parité. Colette Kreder est morte à 88 ans.

Colette Kreder (sur Twitter)

Son nom est peu connu du grand public et pourtant, Colette Kreder, qui s’est éteinte à 88 ans, a grandement contribué à changer la vie et la place des femmes au pouvoir et dans les milieux scientifiques.

C’est d’abord la presse de la région d’où elle est originaire (la Mayenne) qui lui a rendu hommage. Puis la journaliste Bénédicte Manier a écrit un long portrait d’elle dans Le Monde.

Née en 1934, fille d’un maréchal-ferrant et d’une commerçante, Colette Kreder est devenue ingénieure à une époque où le métier n’était pas très ouvert aux filles. Diplômée de  l’École polytechnique féminine (EPF) en 1957, elle entre au ministère de l’Air (Défense) pour prendre en main la recherche avancée sur les composants électroniques, jusqu’en 1964. Elle rejoint alors l’entreprise Lignes télégraphiques et téléphoniques (LTT). Puis elle décide de créer sa société, la Soredi (société de documentation technique) en 1971. Elle devient ainsi une des premières femmes créatrices d’entreprise dans un secteur technique. En 1980, elle est appelée à prendre la direction de l’EPF pour en assurer la restructuration et le développement. Elle transformera alors l’école, l’amenant à un niveau international et à la mixité.

Sur son compte LinkedIn, elle écrivait que, dès 1960, elle s’intéressait « d’abord au peu de place faite aux ingénieures dans le monde industriel, puis à partir des années 70 à la place des femmes tant sur le plan politique que dans la société civile en particulier sur le plan professionnel. »

Et elle ne s’engage pas à moitié. À la fin des années 1980, Colette Kreder rejoint le Conseil national des femmes françaises (CNFF). Et, en 1992, avec Françoise Gaspard, qui est alors députée, elle co-organise à l’Assemblée nationale une réunion d’information sur la parité qui rassemble près d’une cinquantaine d’organisations féminines et féministes. La même année, elle fonde l’association « Action pour la parité », avec Françoise Gaspard et la journaliste Claude Servan-Schreiber.

Ensemble, elles rendront visibles les processus électoraux qui rendent le pouvoir impossible aux femmes. Elles mettront en évidence la faible proportion de femmes parmi les candidat.es présentés par les partis aux élections législatives. Et leur combat aboutira, en 2000 à l’adoption de la loi sur la parité en politique, loi « sur l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives ».

Colette Kreder était sur tous les fronts. Les femmes qui obtiennnent aujourd’hui des distinctions républicaines lui doivent aussi beaucoup. Lors de chaque parution des listes de distinctions des ordres nationaux du Mérite et de la Légion d’honneur, elle interpellait les pouvoirs publics sur l’absence de parité en publiant les statistiques sexuées … Jusqu’à ce que, en 2008 la promotion de la Légion d’honneur de janvier soit paritaire. Elle-même avait été élevée au grade de commandeur de l’ordre national du Mérite en 2007 et commandeur de la Légion d’honneur en 2009.

Sur tous les fronts versant politique, elle était aussi sur tous les fronts versant scientifique. Outre son parcours personnel dans un milieu très masculin, elle avait créé, fin 2000, l’association « Femmes et sciences » avec Françoise Cyrot-Lackmann, Huguette Delavault, Françoise Gaspard, Claudine Hermann, Colette Kreder et l’association femmes et mathématiques.  Françoise Héritier, alors professeur au Collège de France, faisait partie des membres d’honneur.

« Nous lui devons beaucoup. Très bons souvenirs de cette lutte menée avec tant de femmes déterminées! » a écrit Eliane Viennot sur les réseaux sociaux.

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