Colombie : une paix avec les femmes

par Arnaud Bihel
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Phumzile Mlambo-Ngcuka, directrice exécutive d’ONU Femmes, et les négociateurs/trices Rodolfo Benítez (médiateur cubain), María Paulina Riveros (gouvernement colombien), Victoria Sandino (FARC) et Dag Nylander (médiateur norvégien), le 24 juillet 2016 à La Havane

Le gouvernement colombien et les FARC ont signé un accord de paix historique. Le processus de négociations comprenait un mécanisme novateur : une Sous-commission sur le Genre.


 

 

C’est un aboutissement historique. Le gouvernement colombien et les rebelles marxistes des FARC ont annoncé, mercredi 24 août, la conclusion d’un accord de paix « intégral et définitif ». L’aboutissement d’un processus engagé en 2012, pour mettre un terme à une guerre civile de plus de 50 ans, qui a fait des dizaines de milliers de victimes et des millions de déplacé.e.s. L’accord de paix devra encore être validé par référendum pour entrer en application.

Ce processus aura été un exemple en matière de prise en considération des droits des femmes. Les pourparlers de paix, qui se sont tenus à Cuba, incluaient une sous-Commision sur le Genre. « Un mécanisme unique dans l’histoire de la résolution des conflits », saluaient le 24 juillet la directrice exécutive d’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka, et sa représentante sur les violences sexuelles dans les conflits, Zainab Hawa Bangura.

La résolution 1325 de l’ONU sur les femmes, la paix et la sécurité, adoptée en octobre 2000, appelle à une participation accrue des femmes aux négociations de paix et aux processus de reconstruction post-conflits. Mais quinze ans après, leur voix est loin de se faire suffisamment entendre dans la plupart des cas (Voir : Les voix des femmes manquent dans les négociations de paix).

Cette sous-Commission sur le Genre faisait donc figure d’exemple. « C’est la première fois qu’est mis en place dans un processus de paix un espace spécifique pour intégrer transversalement les questions de genre à tous les points de l’ordre du jour », rappelait María Paulina Riveros, l’une des négociatrices du gouvernement colombien, le 24 juillet.

Participation politique, violences sexuelles, drogue…

De fait, la sous-Commission a tenu son rôle en faisant en sorte que les spécificités de genre et les droits des femmes, et tout autant des LGBTI, soit pris en compte dans l’ensemble des éléments de l’accord de paix et de son application – en termes d’accès à la propriété des terres, de participation politique et sociale, ainsi qu’en terme de soutien à toutes les victimes du conflit. Les pourparlers ont permis de « briser le silence qui entourait les violences sexuelles, avec l’engagement ferme de fournir aux survivantes la justice et le soutien qu’elles méritent », soulignaient Phumzile Mlambo-Ngcuka et Zainab Hawa Bangura.

La réintégration des combattantes des FARC dans la vie civile sera un autre « point central » de la prise en compte de la dimension de genre, car « le retour à la vie civile n’est pas le même pour un homme et pour une femme », relevait María Paulina Riveros. L’accord prévoit aussi un plan d’action contre les drogues illictes, qui lui aussi prendra le genre en considération. Parce que « la drogue a un impact négatif sur les violences physiques et sexuelles contre les femmes », mais aussi parce que les consommatrices sont davantages stigmatisées que les consommateurs.

Seize expertes sur le genre ont pu participer aux négociations entre le gouvernement colombien et les FARC, et 18 organisations de femmes ou LGBTI ont été entendues. Cela, toutefois, ne s’est pas fait tout seul. Il a fallu attendre septembre 2014, deux ans après le début des pourparlers, pour que le sous-Comité sur le Genre soit en place, avec le soutien d’ONU Femmes, et après la mobilisation d’organisations colombiennes. C’est après un « Sommet national sur les femmes et la paix »,qui s’est tenu en octobre 2013, que le gouvernement colombien avait intégré deux négociatrices à son équipe jusque là 100% masculine (Voir : Deux négociatrices pour la paix en Colombie).

 

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