Complémentarité ou égalité pour les femmes tunisiennes ?

par Arnaud Bihel

ConstituanteTunisienne_h150Polémique sur le projet de constitution tunisienne, selon lequel la femme ne serait définie qu’en fonction de l’homme.


 

La coureuse de fond Habiba Ghribi est devenue la première athlète tunisienne à remporter une médaille olympique en décrochant l’argent, lundi 6 août, sur le 3000 m steeple. Une médaille qu’elle a dédiée aux « femmes tunisiennes » et à la « nouvelle Tunisie ».

Cette récompense sportive intervient alors que la polémique enfle, dans la nouvelle Tunisie, sur la place faite aux femmes dans le projet de constitution. Samedi 4 août, la commission « Droits et libertés » de l’Assemblée  constituante a adopté un projet d’article évoquant la « complémentarité » de la femme avec l’homme, et non plus leur «égalité » (1).

L’emploi de ce terme, « complémentarité », choque les militant-e-s des droits des femmes. « Si cet article venait à être adopté dans la version finale de la Constitution, cela reviendrait à limiter le principe d’égalité entre hommes et femmes », insiste la députée tunisienne Selma Mabrouk, qui a lancé une pétition. « La femme ne serait définie qu’en fonction de l’homme, en tant que personne ‘complémentaire’ à ce dernier au sein de la famille, ou ‘associée’ au niveau du développement de la patrie », explique la députée.

Pour l’Association tunisienne des femmes démocrates, « cette position menace et fragilise les acquis et permet de consacrer un système patriarcal qui donne tout le pouvoir aux hommes et prive les femmes de leurs moindres droits ». L’association dénonce en outre un « revirement total par rapport aux promesses faites au cours de la campagne électorale par tous les courants politiques qui avaient affirmé leur attachement aux droits des femmes, et leur volonté de les faire évoluer. »  

 

 Un autre élément du projet de Constitution tunisienne fait polémique. Le parti islamique majoritaire, Ennahda, entend criminaliser toute « atteinte au sacré ». Une disposition là encore dénoncée par Selma Mabrouk et par d’autres organisations. Human Rights Watch (HRW) rappelle qu’« en principe, le droit international des droits humains interdit de pénaliser la diffamation de la religion » et estime que « s’il était adopté, ce projet de loi introduirait une nouvelle forme de censure dans un pays qui en a déjà tellement souffert sous le président déchu ».
Selon le projet de loi, l’atteinte au sacré « peut prendre la forme d’insultes, d’ironie, de sarcasme, de dérision ou bien de la profanation physique ou morale de la sacralité des valeurs religieuses. L’offense pourrait être commise par des mots, des images ou des actes. La loi pénaliserait aussi toute représentation figurative de Dieu et des prophètes », développe HRW.

Photo © Samir Abdelmoumen. Première séance de l’assemblée constituante déroulée le 22 novembre 2011 au palais du Bardo.

 

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(1) Le projet d’article stipule que « l’Etat assure la protection des droits de la femme, de ses acquis, sous le principe de complémentarité avec l’homme au sein de la famille et en tant qu’associée de l’homme dans le développement de la patrie ».

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