Accueil CultureCinéma « Comportement correct exigé » au Festival de Cannes

« Comportement correct exigé » au Festival de Cannes

par Isabelle Germain

« Le cinéma est une propagande silencieuse  de virilisation».  Communication et actions à Cannes pour faire évoluer le 7è art vers d’autres modèles.

« Quand le film Mon roi  a été projeté à Cannes, en sortant les femmes disaient que c’était un film sur  le harcèlement moral. Les hommes disaient que c’était un film sur une hystérique. » La réalisatrice Lisa Azuelos ne pouvait pas mieux poser le sujet du débat organisé à Paris le 26 avril par Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes avec le président du Festival de Cannes, Pierre Lescure.

Comme ce sont plus souvent les hommes qui tiennent la caméra, c’est leur point de vue sur le monde qui s’impose à tous et à toutes. « Dans les films, les hommes sont sur actifs, les femmes sont passives. L’homme est créateur de conquête, la femme est sa conquête » observe la réalisatrice. Le désir des hommes qui s’exprime à l’écran formate les femmes : jeunes, belles et plutôt passives. Des modèles qui suscitent honte et culpabilité chez celles qui ne s’y conforment pas, c’est-à-dire beaucoup de femmes. « Les femmes ont besoin de se sentir déculpabilisées. On se soumet à beaucoup de choses quand on ressent de la culpabilité et de la honte » poursuit Lisa Azuelos.

Les « rôles modèles », c’est tout le problème ! « Je me suis toujours identifiée aux hommes dans les films » lance la réalisatrice Lidia Leber Terki. Idem pour Marlène Schiappa.

« Le cinéma est une propagande silencieuse » n’hésite pas à affirmer la réalisatrice. Il véhicule des modèles d’ultra-virilité pour les hommes et par conséquent d’ultra soumission pour les femmes. « Alors je me suis sentie investie d’une mission, faire en sorte que les femmes aient envie de s’identifier à des femmes » sourit Lidia Leber Terki « Il faut mettre aux commandes des femmes cinéastes qui parlent d’hommes »

Ce n’est toujours pas d’actualité. Questions de gros sous, d’appréciation et de pouvoir. Les femmes ayant plus de mal que les hommes à faire financer leurs films, elles sont moins nombreuses dans la sélection officielle du festival de Cannes par exemple. Elles ont du mal à être sélectionnées aussi parce qu’elles font plus souvent des films qui parlent de l’intime. Et ces films-là ne sont pas considérés comme de grands films par ceux qui sélectionnent. (voir  Festival de Cannes : toujours pas mieux)

Message moyennement reçu par le délégué général du Festival Thierry Frémaux qui devait conclure  le débat. Pour lui le problème est ailleurs, dans la société ou chez les financeurs des films, ce qui n’est pas tout à fait faux. Mais il persiste à éviter la partie du problème qui est entre ses mains. (voir : Thierry Frémaux : “Cannes n’est que le bout de la chaîne”) 

Le festival va tout de même s’attaquer à ce qui se passe derrière le grand écran : la question du harcèlement sexuel. Sur l’affaire Weinstein, Lisa Azuelos a tenu à faire observer que le producteur était tombé seulement lorsqu’il n’avait plus de pouvoir. « Aucun homme en activité dans le milieu du cinéma n’est tombé en France » affirme-t-elle. Pas gagné !

Alors le Festival de Cannes va s’engager contre le harcèlement sexuel. Il distribuera des cartons  « comportement correct exigé ». Avec un rappel des dispositions pénales pour les faits de harcèlement, un numéro de téléphone local (04.92.99.80.09) pour des victimes ou témoins de violences sexuelles et l’adresse d’un site de prévention.

La ministre de la Culture, Françoise Nyssen, de son côté, a rappelé ses engagements forts en faveur de l’égalité. Des engagements qui tapent au porte-monnaie (voir : Parité dans la culture : Françoise Nyssen “assume le recours aux quotas”) et a invité l’assemblée à (ré)écouter la chanson d’Anne Sylvestre « Une sorcière comme les autres ».

En s’ouvrant davantage aux femmes, le 7ème art finira peut-être par faire voir aux hommes des femmes harcelées là où ils voient des hystériques…

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