Accueil Politique & SociétéFamilles Congé maternité : débat relancé aux États-Unis

Congé maternité : débat relancé aux États-Unis

par Arnaud Bihel

Obama« Si la France peut le faire, nous le pouvons aussi ». Barack Obama plaide pour une politique de congés maternité rémunérés. Ce qui est impensable avant la fin de son mandat, mais pourrait être un enjeu de la présidentielle 2016.


 

« Il existe un seul pays développé dans le monde qui n’offre pas de congé maternité : c’est nous. Il est temps que cela change », a déclaré Barack Obama, le 23 juin lors d’un sommet sur la politique familiale à la Maison Blanche. Une référence à l’étude publiée par l’Organisation Internationale du Travail en mai dernier (Voir : Maternité et travail : décalages entre les lois et la pratique). Seuls trois pays dans le monde ne proposent aucun congé maternité rémunéré par l’État : Oman, la Papouasie Nouvelle-Guinée et les États-Unis

Engagements électoraux

Ce discours donnait en quelque sorte le coup d’envoi de la campagne électorale de mi-mandat, à moins de six mois du scrutin. Une élection cruciale si Barack Obama veut finir son mandat sur une bonne note. Car depuis 2010, le président américain n’a qu’une faible marge de manœuvre dans sa prise de décision. La Chambre des représentants est dans l’opposition. Pire, le camp démocrate risque le perdre sa courte majorité au Sénat. Pour reprendre la main, ce positionnement social – et familial – tombe à pic.

Une bonne partie de la presse progressiste va d’ailleurs dans son sens. La politique familiale actuelle « est néfaste pour les enfants, perpétue les inégalités de genre et est extrêmement préjudiciable aux familles américaines », écrit le 8 juillet le Los Angeles Times dans un éditorial, qui plaide pour des congés maternité – et paternité – rémunérés.

« Si la France peut le faire, nous le pouvons aussi », a assuré le président des États-Unis. Mais sans donner davantage de précisions. Car derrière la rhétorique, la mise en place effective de tels congés payés par le gouvernement fédéral semble déjà compromise. Les financer impliquerait d’augmenter les impôts des classes moyennes, ce qui contreviendrait à une promesse de campagne d’Obama en 2008, relève un journaliste du New-York Times sur son blog Wonkblog. C’est aussi une question idéologique : « Tant que les extrémistes anti-gouvernement qui dominent le parti Républicain détiennent la majorité au Congrès, le congé familial rémunéré restera le plus lointain des objectifs », avance l’éditorialiste du Washington Post Harold Meyerson.

Un projet pour Clinton 2016 ?

Hillary Clinton se dit favorable à cette politique, tout en assurant que la mise en place de tels congés n’est pas possible maintenant. Mais en 2016, pourquoi pas ? Si elle choisit de se présenter à la prochaine présidentielle, la défense des droits des femmes pourrait s’avérer un atout majeur de sa campagne. C’est l’idée défendue dans le Daily Beast par le journaliste Mickael Tomasky, qui lui a consacré un livre en 2001 :

« C’est une raison de plus pour elle d’effectuer un virage à 180 degrés [sur la question] et décider que c’est la destinée de l’Amérique d’avoir [ces congés de soutien familial rémunérés] et la sienne de tout faire pour que cela se produise. Elle gagnerait des États qu’elle ne gagnerait pas autrement et si elle est élue présidente, cela seul – oui, cela seul ! – lui assurerait une place convoitée dans l’histoire présidentielle. »

Déjà en 2012 Hillary Clinton évoquait les congés familiaux à l’occasion du mois national consacré à la vie de famille et au travail. Son potentiel adversaire républicain pour 2016, le sénateur Marco Rubio, s’est également exprimé sur le sujet après la déclaration d’Obama. Il a riposté : « Promouvoir une législation partisane qui ne passera jamais n’est pas un acte de courage et ne fait pas partie des qualités de dirigeant dont nous avons besoin. »

Des réformes impossibles

Ce débat n’est pas nouveau. Depuis son premier mandat en 2008, Obama essaie de réformer le Family and Medical Leave Act (FMLA) pour l’ouvrir à un plus large public. Il a récemment annoncé que ce programme pourrait bénéficier aux couples homosexuel. Mais ses projets de réforme se sont toujours heurtés à l’opposition du Congrès.

Mis en place sous le gouvernement de Bill Clinton en 1993, le FMLA établit un congé de soutien familial – qui n’est pas rémunéré. Il peut être pris pour l’arrivée d’un nouveau né ou pour soutenir une personne de la famille lorsqu’elle est gravement malade. Mais les critères d’éligibilité sont stricts. Il ne s’applique qu’aux salariés des entreprises de plus de 50 personnes, et qui y travaillent depuis plus d’un an, à temps plein. Seules la moitié des femmes – et à peine une femme sur cinq pour celles qui sont en âge d’avoir un enfant – sont couvertes par le FMLA.

Des États agissent de leur côté

Même si au plan fédéral rien ne bouge, de rares initiatives sont prises par les États et les entreprises elles-mêmes. Ces dix dernières années, trois États ont institué la rémunération des congés maternités : la Californie, Rhode Island et le New Jersey. A l’heure actuelle, selon les données du ministère du Travail, 11% des salariés du privé peuvent bénéficier d’un congé familial rémunéré. Ils sont 16% dans le secteur public.

Dans son nouveau rapport édité en juin, le National Partnership for Women and Families a comparé toutes les lois qui aident les nouveaux parents américains, État par État. La Californie y obtient la meilleure note mais la plupart ne dépassent pas la moyenne. Le rapport relève toutefois que « de nombreux États envisagent sérieusement d’établir des programmes de congés de soutien familial – l’Arizona, l’Illinois, le Maine, le Massachusetts, le Missouri, le New Hampshire, New York, l’Oregon et la Pennsylvanie .»

Lors du Sommet à la Maison Blanche, le président américain a aussi encouragé les patrons à agir par eux mêmes : « Nous avons besoin d’une législation, mais nous ne devons pas attendre le Congrès pour agir, et appliquer les leçons de certaines entreprises qui font un travail extraordinaire dans ce sens. » Le rapport dévoilé par le gouvernement à cette occasion, s’il fait de ces congés un enjeu de compétitivité pour les États-Unis au XXIe siècle, en renvoie d’ailleurs la responsabilité aux entreprises, et pas à l’État.

 

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Coût de la maternité : le cauchemar américain

 

Photo : Barack Obama à la fête de Pâques de la Maison Blanche, le 21 avril 2014 (Official White House Photo by Pete Souza)

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