Contraception anonyme et gratuite pour les mineures : pas si simple

par La rédaction
Par Sarah C sur Flickr (CC BY-ND 2.0)

Par Sarah C sur Flickr (CC BY-ND 2.0)

Pour le Planning familial, les détails font que la mesure en vigueur depuis le 31 mars « ne changera rien ou pas grand-chose ».


 

Le 31 mars, deux décrets ont fait entrer en vigueur la mesure adoptée en novembre par le Parlement : la contraception est désormais accessible gratuitement et anonymement en pharmacie pour les mineures. Mais derrière l’effet d’annonce, ce n’est pas si simple.

Dans une lettre ouverte adressée à la ministre de la Santé, le Planning familial estime qu’en l’état actuel « cette mesure ne changera rien ou pas grand-chose ». Car les décrets impliquent plusieurs restrictions.

En premier lieu, seules les pilules (de premières et deuxième génération) sont concernées par cette gratuité. Pas les préservatifs, « utilisés par près de la moitié des 15-17 ans ».

En outre, la consultation médicale nécessaire à la prescription de la pilule n’est pas prise en charge, pas plus que les examens complémentaires.

Au-delà de la gratuité relative, le Planning familial porte ses critiques sur l’anonymat. Selon la loi votée en novembre, « la délivrance et la prise en charge de contraceptifs sont protégées par le secret pour les personnes mineures » (Voir : Contraception des mineures : l’anonymat aussi. Mais…). Mais pour acquérir des contraceptifs en pharmacie, les mineures devront en général présenter la carte Vitale d’un parent. Même si un dispositif est prévu pour garantir le secret, en cas de demande des adolescentes, l’anonymat s’avérera dans les faits un parcours de combattante.

Une troisième critique porte sur la tranche d’âge concernée. Pourquoi seulement les 15-18 ans, s’interroge le Planning familial. D’un côté, pourquoi ce « plancher » de 15 ans ? « Cette limite d’âge qui n’existe pas dans la loi renforce la confusion autour de la notion de ‘majorité sexuelle’ inexistante en France. » Quant au plafond de 18 ans, il laisse à l’écart « les jeunes adultes (18-25 ans) dont toutes les études démontrent la précarisation croissante pouvant conduire à l’abandon d’une contraception ».

 

 

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2 commentaires

Lili 4 avril 2013 - 08:14

Si je partage certaines critiques il y a une certaine logique dans ces restrictions.
L’actualité récente le montre, les pilules de 3e et 4e génération comportent un risque médical plus important qui rend encore plus indispensable la consultation médicale préalable, et souvent des examens complémentaires. Or comme vous le précisez, ceux-ci ne seront pas pris en charge. On ne pouvait permettre une exception qui aurait permis à des mineures de recevoir directement d’un pharmacien des pilules qui présentent un risque supérieur.

C’est vrai que les préservatifs gratuits ça aurait été utile. Mais le préservatif est (aussi) un business et sa gratuité pour les mineurs aurait pu entrainer des détournements (mineurs qui collectent gratuitement, majeurs qui utilisent voire revendent…)

Pour la carte Vitale, quel est ce dispositif? Comment mettre en place la gratuité sans passer par la Sécu et donc la carte Vitale?

Le plafond des 18 ans est technique. Il serait en effet souhaitable qu’une autre loi facilite l’accès gratuit à la contraception pour les 18-25 ans, période la plus sensible au final. Mais ils sont majeurs, donc la question de l’anonymat ne se pose plus et par définition, une loi sur la contraception des mineurs ne peut s’appliquer aux plus de 18 ans.
La question de plancher… Peut-être pour éviter qu’une femme envoie sa gamine de 13 ans chercher des pilules gratuites pour la mère? Ou parce que on a considéré que à moins de 15 ans les parents doivent encore se préoccuper de la vie intime de leurs enfants?

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09 Aziza 4 avril 2013 - 08:52

Tout à fait d’accord avec Lili: les pilules de 3é et 4éme génération sont dangereuses déjà pour la santé de
beaucoup de femmes majeures, on n’allait pas laisser les mineures se les procurer sans examens ni analyses, avec le risque couru pour leur santé, et leur fertilité future!
Pour le préservatif, il est des pays où ils sont en distributeurs dans les lycées, les facultés, et certains autres lieux publics susceptibles d’accueillir des jeunes. mais une campagne serait surtout nécessaire pour éduquer les jeunes hommes à la responsabilité; ce qui n’est jamais fait!
De plus, pour ne pas passer par l’assurance maladie classique(carte vitale des parents),il faudrait recourir à l’Aide Médicale d’Etat, comme pour les sans-papiers. Est ce budgétairement une bonne solution?
quant à l’âge de 15 ans, je rappelle que la notion pénale de « mineur de moins de 15 ans » existe pour les atteintes, détournement, viols, etc… A moins de 15 ans(-âge à partir duquel une fille pouvait se marier jusqu’à une période récente!)on est une enfant, et il est périlleux de suprimer ainsi la notion d’enfance. N’oublions pas que beaucoup de trés jeune filles n’ont une sexualité que pour satisfaire leurs (légitimes) besoins affectifs, et rentrent dans un douloureux système d’échange:leur corps contre quelques calins. Là aussi, à quand une campagne ? Et la loi a peut être pris en compte tous les cas d’abus sexuels par les pères, beaux pères, et tontons, qui verraient comme du gâteau le fait de pouvoir oeuvrer couverts par une contraception…Non, je n’ai pas l’esprit mal tourné: j’ai été atterrée de lire, sur des forums de discussion féminins, le nombre d’appels au secours de trés jeunes filles sur des abus commis dans le cadre familial.le plus terrible est que celles qui leur répondent n’envisagent JAMAIS qu’elles puissent appeler la police. c’est « parles en à un psy » ou « confie toi à ta maman »..

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