Accueil MédiasBruits et chuchotements Contre l’écriture inclusive, une « violence significative »

Contre l’écriture inclusive, une « violence significative »

par Arnaud Bihel

L’écriture inclusive – et en particulier l’usage du ‘point milieu’ – pour rendre le langage moins sexiste provoque une levée de boucliers… de la part de personnes qui « n’acceptent toujours pas l’idée qu’on avance vers l’égalité des sexes », commente l’universitaire Eliane Viennot.

Pourquoi tant de haine ? Depuis plusieurs semaines, la question de l’écriture inclusive – en particulier l’utilisation du ‘point milieu’ pour intégrer le féminin et le masculin dans un même mot, provoque un vif débat.

C’est l’usage de cette forme d’écriture inclusive par un manuel scolaire des éditions Hatier qui a tout déclenché, et depuis lors les opposant·e·s à l’écriture inclusive décochent régulièrement des slaves de critiques, du philosophe médiatique Raphaël Enthoven au journal Le Figaro qui, vendredi 6 octobre, consacrait sa une à ce qu’il considère comme « une nouvelle concession à un féminisme militant ».

Des réactions qui ne surprennent pas vraiment l’universitaire Eliane Viennot professeure de littérature française de la Renaissance et spécialiste du genre dans le langage. « La violence sur cette question là, qui n’est d’ailleurs pas nouvelle, est significative », explique-t-elle aux Nouvelles NEWS.

« La question du point milieu, ce n’est quand même pas la fin du monde, contrairement à ce que voudraient nous faire croire les Raphaël Enthoven et compagnie. Et pourtant cela effraie les gens qui, de mon point de vue, n’acceptent toujours pas l’idée qu’on avance vers l’égalité des sexes. La langue française s’est un peu re-féminisée depuis une trentaine d’années, et les masculinistes – en tout cas les personnes qui s’opposent à cette égalité – n’acceptent pas de céder sur ce terrain. »

En 2015, le Haut Conseil à l’Egalité publiait un « Guide pour une communication publique sans stéréotype de sexe ». Il y conseillait, entre autre, cet usage du point « pour que les femmes comme les hommes soient inclus.e.s, se sentent représenté.e.s et s’identifient ». Ce qui avait déjà provoqué des critiques outrancières.

Voir : Langage sans stéréotype de sexe : festival de mauvaise foi chez Pernaut

Autre élément de cette écriture sans sexisme : la féminisation des noms de métiers, titres et fonctions. Malgré les réticences qui ressurgissent (comme à l’occasion du « madame le président » à l’Assemblée nationale en 2014), « elle est aujourd’hui globalement acceptée », souligne Eliane Viennot. « Mais il faut se souvenir que dans les années 1980 et à la fin des années 1990, il y avait eu de la même façon des dizaines d’articles… et beaucoup d’injures. Les débats étaient d’une extrême violence. Puisque les féministes ont globalement gagné cette bagarre, la violence se concentre désormais sur ce nouvel aspect de l’écriture inclusive. »

L’universitaire relève un autre aspect qui a pu favoriser cette levée de boucliers réactionnaire : « Ce qui a été proposé par Hatier dans son manuel n’est, de mon point de vue, pas abouti en terme d’écriture inclusive. Ce qui est normal, car nous en sommes encore au stade de la réflexion. Cela fait une dizaine d’années qu’on avance, le consensus se fait sur le point milieu, mais il reste encore à décider des détails : Faut-il un ou deux points, jusqu’où doit-on aller ? »…

L’autrice de « Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française » en est persuadée : l’écriture inclusive va dans le sens de l’Histoire et finira par s’imposer. Cela implique aussi d’en finir avec la règle du « masculin l’emporte sur le féminin », qui est une création politique des grammairiens du XVIIème siècle. « Reste à espérer que la discussion ne va pas être trop perturbée par ces gens qui poussent des cris et qui, en général, n’ont pas réfléchi cinq minutes au sujet et font surtout preuve de mauvaise foi », conclut Eliane Viennot.

 

 

 

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2 commentaires

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flo 9 octobre 2017 - 13:06

Incroyable mauvais foi en effet… Un commentateur s’offusquait dans le journal Le Monde que des « militantes féministes exacerbées » essaient d’imposer des noms de métiers tels que « députée, écrivaine ou doctoresse » après les avoir inventés… j’ai bien ri, avant de lui demander si -d’après lui- il fallait d’urgence enlever du dico « infirmière, charcutière et institutrice »… parce que berk… des noms de métiers féminins ! Quelle horreur ! 🙂

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armelle danet 10 octobre 2017 - 11:25

Hélas la bataille sur la féminisation des noms de fonction est loin d’être gagnée. Le premier ministre actuel parle de Madame le ministre, un candidat à la députation présente sa suppléante comme un conseiller départemental, le Sénat est incapable d’utiliser le mot sénatrice, il préfère utiliser « femme sénateur ». Et il y a des femmes qui trouvent cela normal!
Armelle

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