Accueil Médias Contre la maltraitance journalistique des agressions sexuelles : l’Espagne aussi !

Contre la maltraitance journalistique des agressions sexuelles : l’Espagne aussi !

par Isabelle Germain

Pour faire radicalement changer le traitement médiatique des agressions sexuelles, un collectif d’associations espagnoles vient de réaliser un vade mecum pour journaliste. Dans la même veine que des initiatives françaises et belges.

« Transformer le discours des médias pour transformer l’imaginaire collectif sur les graves violences machistes » : c’est l’objectif d’un guide réalisé par quatre associations espagnoles à l’issue d’un travail de recherche mené par Isabel Muntané, journaliste et co-directrice du Master genre et communication de l’université de Barcelonne et Violeta Garcia, psychologue à l’Association d’aide aux femmes agressées sexuellement (AADAS) avec 20 femmes ayant subi des agressions.

« Mujeres valientes »  femmes vaillantes veut en finir avec un traitement journalistique banalisant les agressions sexuelles au lieu de les combattre. Les chercheuses ont étudié les récits de quatre quotidiens catalans : El Periódico, El PuntAvui, El Ara, El País et La Vanguardia… Et recommande à l’ensemble des journaux de changer leurs habitudes. Respecter les personnes agressées, informer les femmes sur leurs droits et cesser de trouver des excuses aux agresseurs sont les trois principaux axes de ces travaux. Un véritable vade mecum pour journalistes.

La première série de recommandations appelle au respect des personnes agressées :  « nous sommes des citoyennes » écrivent-elles. Les femmes agressées sont souvent traitées comme des « objets sexuels » dans la presse. Elles demandent à être traitées comme des citoyennes à part entière. Elles ne veulent pas, non plus, être présentées seulement comme des éléments statistiques. Et rappellent que le récit des détails de l’agression n’a aucun intérêt s’il les fait passer pour des objets passifs.

Il faut que les médias arrêtent de leur « faire porter la responsabilité de l’agression qu’elles ont subie ». Ou de douter systématiquement de la parole de la plaignante en abusant de conditionnels et d’euphémisme. Les supputations à propos de la réaction de la personne agressée qui ne se serait pas débattue sont inappropriées. « Une agression sexuelle est toujours un délit indépendamment de la réaction de la personne qui en souffre » rappelle le collectif. « Ces délits sont les seuls pour lesquels il est demandé aux victimes de démontrer leur innocence ou de faire usage de force ». Faire porter aux victimes la responsabilité de l’agression, c’est aussi focaliser l’information sur certaines circonstances  comme « elle avait bu », « elle est partie avec un inconnu » ou « c’était la nuit ». Autres circonstances qui ne doivent plus atténuer les faits : « les relations socio-affectives que nous aurions pu avoir avec l’agresseur par le passé n’enlèvent rien à une agression sexuelle »
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La deuxième série de mesures porte sur l’information des femmes. Il est temps que les médias expliquent les procédures judiciaires, montrent que ce n’est pas simple, qu’il est difficile d’obtenir des condamnations lourdes pour les coupables. Mais il faut que les médias racontent aussi des parcours de condamnation qui réussissent. Les journaux doivent également cesser de parler systématiquement de « fausses accusations » et expliquer qu’un non-lieu ne signifie pas forcément que l’accusé est innocent mais que le recueil des preuves n’a pas permis d’aboutir à une condamnation. Cesser aussi de supputer que les femmes font des procès pour gagner de l’argent. En revanche parler des condamnations lourdes lorsqu’elles existent aurait des vertus pédagogiques.

Enfin, la troisième série de recommandations porte sur les agresseurs. Et il est grand temps de cesser de les déresponsabiliser expliquent les associations. Ils sont responsables de leurs actes en dépit de la pression du groupe, de la consommation d’alcool ou de drogue, du comportement de leurs parents ou du fait d’être plus ou moins bien intégré dans la société. « Les agresseurs appartiennent à toutes les classes sociales et nationalités, et la plupart ont une vie quotidienne banale. » Pire : ce sont souvent des hommes qui font partie de notre entourage proche.
Quant aux motivations du passage à l’acte, là encore, les journalistes sont invités à rompre avec leurs habitudes : « les agressions ne sont pas fortuites mais ce sont des actions préméditées. Les agresseurs savent ce qu’ils font et n’agissent pas
sous l’impulsion d’un désir sexuel soudain mais pour humilier et dominer leur victime ».Il faut donc présenter les agresseurs comme auteurs d’un crime et pas comme des hommes qui ont une soudaine pulsion.

Enfin une série de conseils portant sur les visuels reprend les mêmes idées. Ne pas montrer les visages des femmes si elles ne le souhaitent pas. Eviter les silhouettes de victimes imaginaires sexy ou en état d’ébriété donc un peu présumées coupables mais montrer des citoyennes. En revanche il est recommandé d’identifier les agresseurs comme cela est fait avec les auteurs d’autres crimes. » Et si l’agresseur est une personne publique, ne pas ressortir des photos de lui au temps de sa gloire, cela donnerait une impression d’impunité. #MujeresValientes ! L’enjeu est d’en finir avec l’image de femmes victimes impuissantes face à des agresseurs impunis.

L’Espagne s’inscrit ainsi dans la droite ligne des initiatives françaises de « Prenons la Une » (voir : Pour en finir avec le « crime passionnel ») et Belge de l’APJ (voir Pour en finir avec la maltraitance journalistique des violences en Belgique)

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