Accueil Politique & Société Contre les violences sexistes, un combat désespéré ?

Contre les violences sexistes, un combat désespéré ?

par Isabelle Germain
Capture d’écran Manifestation au Panthéon

« Aux femmes assassinées la Patrie indifférente », #PaieTaShnek arrête… Celles qui luttent contre les violences sexistes ne voient rien changer malgré #MeToo.

Jeudi 20 juin, devant le Panthéon à Paris, 66 femmes maquillées de bleus, de sang, de traces de strangulation, de coups de feu, … sont tombées l’une après l’autre, devant le Panthéon. Elles dénonçaient les 66 féminicides commis depuis le premier janvier 2019, un chiffre en hausse par rapport aux années précédentes. Les prénoms des 66 victimes étaient suivis des mots terribles «poignardée »«étranglée »«incendiée avec sa petite fille », « tuée à la hache », battue à mort »… Des hommes habillés en policiers et en juges peignaient sur le sol les contours des corps comme dans une scène de crime.  Sur les pancartes qu’ils portaient était inscrit : « la police ne protège pas » et « la justice ne punit pas. » Sur le fronton du Panthéon figure la mention « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». Sur la banderole des quelques 200 militant.e.s mobilisé.e.s sur la « place des Grands Hommes » : «aux femmes assassinées la Patrie indifférente». Elles ont revu la Marseillaise « pour que leur sang n’abreuve plus leurs sillons ». Et c’est une minute de colère qui a remplacé la minute de silence. (La manifestation a été filmée ici)

L’écrivaine Florence Montreynaud qui participait à la manifestation résume cette colère : « les femmes tuées par leur conjoint, souvent quand elles veulent le quitter, ont pour la plupart déposé plainte une fois, voire plusieurs. Pourquoi n’ont-elles pas été protégées ? Que font la police, la justice, les travailleurs sociaux, les pouvoirs publics ? Pourquoi les lois sur les violences contre les femmes ne sont-elles pas appliquées ? Pourquoi la « grande cause nationale » que sont ces violences est-elle dotée de moyens insuffisants ? »

Un collectif d’associations « On Arrête Toutes » était à la manœuvre. Au départ, ce collectif avait été créé pour organiser une grève féministe en 2020 comme en Suisse (voir 14 juin : grève des femmes en Suisse). Mais en cours de route, les militantes ont voulu marquer les esprits face à la recrudescence des féminicides avec les mots d’ordre #stopfeminicides #leursangsurvosmains. Avec quelles conséquences politiques ?

Face à ceux qui semblent impuissants ou dépourvus de volonté politique pour stopper ces féminicides, elles avancent des solutions (listées ici sur Facebook). En commençant par appliquer  les lois et règlements existant.e.s. Elles précisent que, « un milliard d’euros par an » serait nécessaire « pour en finir avec les seules violences conjugales, conformément aux préconisations du Haut Conseil à l’Égalité Femmes-Hommes. » Alors que ces violences « coûtent aujourd’hui aux contribuables 2,5 milliards par an. » Un milliard pour notamment créer 2000 places d’hébergement dans les centres dédiés, recruter et former 1 000 référents violences dans les commissariats pour recueillir les plaintes et 1 000 personnels de justice pour traiter ces plaintes, développer ou de créer des mesures de protection comme le téléphone grand danger, le bracelet électronique ou encore l’ordonnance de protection. Seront-elles entendues ?

Le Tumblr « Paye ta shnek » dit stop !

Une militante a pris la violence en pleine figure et n’a pas été entendue. La créatrice, en août 2012, de la page « Tumblr Paye ta shnek » (PTS) Anaïs Bourdet, a décidé dimanche 24 juin de « tirer [sa] révérence ». Pour se protéger. Son initiative en ligne avait pourtant inventé une forme de militantisme sur Toile innovante largement reprise (voir #PayeTonTournage, nouvel opus contre le sexisme ). Mais au bout de sept ans, elle ne voit rien changer. Au contraire, elle prend un concentré de violence en pleine face. Après avoir été agressée, comme trois autres femmes lors d’une soirée, elle arrête. «  je n’en peux plus. Je n’y arrive plus. Je n’arrive plus à lire vos témoignages et à les digérer en plus des violences que je vis dès que je mets le pied dehors » écrit-elle dans un long post sur Facebook. Et, plus loin : « Ça n’a, aujourd’hui, plus autant de sens : après balance ton porc, metoo, et toutes les prises de parole, il faut passer à l’étape suivante. Témoigner ne suffit plus : rien n’a changé, les hommes sont toujours aussi violents. »

Son annonce a suscité une avalanche de remerciements et de commentaires laudateurs sur la Toile disant qu’elle ne devait pas tirer un « constat d’échec » bien au contraire.

Désespérée mais combative, elle annonce tout de même « PTS prendra donc, peut-être, une autre forme. Je travaille sur le podcast YESSS, qui met en avant nos victoires, et ça fait beaucoup de bien. Je bosse aussi avec des lieux qui souhaitent se former à lutter contre les oppressions. »

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2 commentaires

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Ali 26 juin 2019 - 09:02

Je n’accuse en rien, je constate ce que j’ai vu ! Parlons de la violence faite par la police sur les femmes, coups de matraque, gazages, insultes insupportables pour des gens qui ont pour mission de protéger les faibles, handicapés, les citoyens. Les médias ont choisi de se taire à ce sujet. La femme est un objet, que l’on traite, comme le fait la charia encore de nos jours.

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1011 18 juillet 2019 - 07:47

Et que dire quand, devant les tribunaux, le viol se retrouve excusé par la présence d’un … string sur la victime ? Ne l’aurait-elle pas bien cherchée ? Plasticienne, des femmes indignées par la relaxe d’un violeur en Irlande en 2018, ont accepté de prêter un string, ce petit bout de tissu, symbole de culpabilité supposé, que je dessine épinglé ?
A découvrir le tout début de la série : https://1011-art.blogspot.com/p/thisisnotconsent.html

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