Copenhague, efforts exigés

par Arnaud Bihel
Le spectacle sera politique. Il l’est déjà depuis des semaines. La vedette : Barack Obama, qui s’est longtemps fait désirer avant d’annoncer, il y a deux jours seulement, sa présence à Copenhague le 18 décembre, pour la clôture de la COP-15. Ce jour là, c’est quasiment certain maintenant, les grands de ce monde  –  110 chefs d’Etats et de gouvernements sont annoncés – parviendront à s’engager sur les grandes lignes d’un traité, avec des objectifs de réductions d’émissions de gaz à effet de serre (GES), et des engagements financiers. Mais le texte contiendra encore nombre de détails à régler, de compromis à négocier. Un traité juridiquement contraignant ne pourra sans doute être conclu que dans 6 mois ou un an.

Car il y a les acteurs du grand théâtre, l’intense activité diplomatique, mais il y a surtout les chiffres. C’est sur eux que sera jugée l’efficacité d’un accord. Et pourtant, quoi qu’en disent les négateurs, les scientifiques le reconnaissent constamment : il y a beaucoup de relativité et d’incertitudes dans ces chiffres ; tout est affaire de probabilités. La climatologie n’est pas une science exacte, et rien n’assure que tels engagements auront telle incidence sur les températures. Tentons une dernière fois d’y voir plus clair :

– L’objectif qui fait consensus est de contenir le réchauffement global sous la barre des 2°C supplémentaires. Au dessus, les conséquences pour les écosystèmes commenceraient à s’avérer dramatiques.

– Afin de freiner ce réchauffement, il faut parvenir à réduire durablement les émissions de GES, pour éviter de saturer leur concentration dans l’atmosphère.

– Prenant en compte le développement des pays émergents, les émissions de GES vont continuer à croître dans les prochaines années, mais devront atteindre un pic au plus tard en 2020, avant de décroître.

Une toute récente étude britannique estime que, pour avoir 50% de chances de maintenir la hausse des températures sous les 2°C, les émissions mondiales de GES ne devront pas dépasser 44 gigatonnes (Gt) en 2020. Et elles devront descendre à 16 Gt en 2050. (Il s’agit là de moyennes, les chiffres sont évidemment bien plus complexes).

L’économiste Nicolas Stern estime qu’en prenant en compte les meilleurs engagements annoncés à ce jour – comme une réduction de 30% de l’Union européenne, objectif pour le moment sous condition – les émissions mondiales atteindraient 46 Gt en 2020. Soit encore 2 milliards de tonnes en trop. Il en conclut que parvenir à un accord efficace à Copenhague, c’est à dire combler cette différence, est « faisable ». A condition de faire des efforts supplémentaires. Stern affiche un bel optimisme, mais la liste des efforts à fournir incite à la plus grande prudence. Pour réussir un accord efficace, il faut ainsi, reconnait-il :

– Que les pays développés revoient leurs intentions à la hausse ;

– Qu’ils fournissent des aides financières et techniques substantielles aux pays en développement, sans que cela soit compté comme des compensations ;

– Que les transports maritime et aérien soient inclus dans les chiffres ;

– Que les engagements contre la déforestation soient renforcés.

Il faut effectivement être très optimiste pour espérer que ces obstacles seront franchis à Copenhague – et même dans les prochains mois.
Et c’est oublier que ces objectifs s’inscrivent dans la moyenne des possibilités, et sont loin des avancées réclamées par les ONG et les pays les plus touchés par le réchauffement climatique.

Les experts britanniques le reconnaissent eux-mêmes : pour une meilleure chance de maintenir la hausse de températures sous les deux degrés, ce n’est pas à 44 Gt mais sous les 40 qu’il faudrait contenir les émissions annuelles de GES. Mais « une telle voie semble politiquement infaisable ».

Quant aux questions financières, tout reste à régler.

Ce qu’il ne faut pas oublier, enfin, c’est que 2020 n’est qu’une étape. Pour être réellement efficace, des engagements doivent être pris sur le long terme. C’est l’horizon 2050 qu’il faut tout autant avoir en ligne de mire.

Il ne faudra donc pas s’attendre à des miracles à Copenhague. Des avancées sans doute, des paroles d’espoir, des chefs d’Etat volontaires et optimistes.

Mais il ne faut pas se leurrer. Tout accord, même le meilleur, n’empêchera pas la hausse des températures. Et la mobilisation face aux gaz à effet de serre, comme la prise en compte des questions écologiques à l’échelle politique mondiale, ne fait que commencer.

En marge de la conférence officielle, le Klimaforum – forum de la société civile – ouvre également ses portes pour deux semaines à Copenhague. Les échanges entre citoyens du monde, engagés sur le terrain, seront tout aussi significatifs des nécessaires passages aux actes. Le premier ministre danois a d’ailleurs évoqué, à l’ouverture de la conférence, les voix des citoyens : « nous devons les écouter, car nous sommes leurs représentants ».

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hank sergio 8 décembre 2009 - 17:27

Merci monsieur Bihel pour cet exposé lumineux des enjeux de Copenhague.

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