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Coup de froid sur les droits des femmes en Espagne

par La rédaction
Gallardon

Alberto Ruiz-Gallardon, le ministre de la Justice

Le nouveau gouvernement espagnol entend revenir en arrière sur le droit à l’IVG. Dans le viseur également : la pilule du lendemain, l’éducation à la sexualité et, peut-être, le mariage homosexuel.


 

En entrant en fonction en décembre 2011, le nouveau gouvernement espagnol de Mariano Rajoy (PP, droite) ne s’est pas contenté d’oublier la parité instituée par son prédécesseur socialiste José Luis Zapatero. Il menace aussi de revenir sur le droit à l’avortement. Le gouvernement Zapatero avait, à l’été 2010, autorisé les interruptions de grossesse (IVG) jusqu’à 14 semaines sans justification. Depuis 1985, la loi espagnole n’autorisait l’avortement que sous certaines conditions ; en cas de viol, de malformations du fœtus ou de « danger pour la santé physique ou psychologique de la mère ».

« Restreindre les droits des femmes » ou « étendre la protection de l’enfant à naître » ?

De fait, ce dernier argument était très largement utilisé par les Espagnoles pour avoir recours à l’IVG. Le retour à la loi de 1985 ne devrait donc pas provoquer de bouleversement dans les faits, de l’avis de la plupart des observateurs.

Mais les associations de défense des droits des femmes dénoncent la symbolique de ce recul législatif et notent un point particulièrement sensible : depuis la loi de 2010, les mineures entre 16 et 18 ans peuvent avorter sans autorisation parentale, en cas de risque de violences. Cette émancipation serait aussi remise en cause, a annoncé le ministre de la Justice, Alberto Ruiz-Gallardon (photo), le 25 janvier. Mariano Rajoy l’avait d’ailleurs annoncé avant de devenir Premier ministre : « ce que je n’accepte pas, c’est qu’une enfant de 16 ans puisse avorter sans le consentement de ses parents ».

Le gouvernement n’a pas encore précisé les modalités de ce retour en arrière. Mais le ministre de la justice a encore confirmé, lundi 6 février, sa volonté de revenir aux contours de la loi de 1985. Son argument : il ne s’agit « pas restreindre les droits des femmes, mais d’étendre la protection de l’enfant à naître. »

Plusieurs ministres sur le pont

Pour les associations, c’est là une concession à l’Église catholique. Une crainte confortée par une autre annonce gouvernementale : la ministre de la Santé, Ana Mato, met en cause la pilule du lendemain, qui pourrait n’être plus délivrée que sur ordonnance. Sans entrer dans les détails, elle a précisé qu’une étude était en cours pour étudier les effets de la pilule du lendemain sur la santé.

Le ministre de l’Éducation est lui aussi rentré dans la danse en annonçant sa volonté de revoir les cours d’Éducation à la citoyenneté, institués en 2006 par le précédent gouvernement. Ces cours dispensés en collège abordaient notamment des thèmes comme » l’égalité, le respect des libertés sexuelles, la diversité des modèles familiaux ou encore le multiculturalisme », relève le magazine Têtu. Le ministre José Wert « a déjà précisé que les thèmes des libertés sexuelles, de la diversité des modèles familiaux seront supprimés ».

Dernière question sensible, celle du mariage homosexuel. C’est une autre réforme du gouvernement Zapatero, votée en 2005, et qui pourrait également être remise en cause par le nouveau gouvernement. Le PP avait déjà saisi le Conseil constitutionnel et assure qu’il s’en remettra à sa décision avant de revenir éventuellement sur le mariage homosexuel. Le ministre de la Justice s’est montré plus tolérant sur ce point, jugeant à titre personnel que la légalisation du mariage gay n’est pas anticonstitutionnelle.

 

 


(1) A rapprocher de la position, en France, de la secrétaire d’État à la Santé. Opposée à l’accès anonyme et gratuit à la contraception pour les mineures, Nora Berra soulignait en octobre 2011 que la « question de la toxicité » de la pilule se pose.

 

Lire aussi… Ambiance :

Fin de la parité au gouvernement espagnol

Pour la presse espagnole, racoler ou mourir ?

 

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9 commentaires

Romane 7 février 2012 - 21:16

Ca devient de + en + insupportable de voir les droits des femmes soumis aux desideratas des partis politiques et quel que soit le pays. Quand nos droits seront-ils inscrits dans la constitution comme inaliénables? Avec interdiction d’y toucher quel que soit le bord politique élu. Certaines questions ne devraient plus se poser parce qu’elle relève d’un intérêt général public supérieur aux partis.
Oui, je sais je rêve. 🙁

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SophieD 8 février 2012 - 07:19

oui, c’est triste. Rien n’est jamais acquis

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Tony81 8 février 2012 - 08:33

Avez-vous conscience que ces « droits » dont vous parlez auraient pu vous être appliquées ? Nous avons tous été embryon et foetus et on ne voit pas pourquoi certains auraient le droit de naître et d’autres verraient leur vie stoppée prématurément. Quant à dire : « je dispose de mon corps comme je l’entends. », il serait temps que les militantes pro-IVG aient conscience que ce n’est pas seulement LEUR corps dont il s’agit quand il y a grossesse mais aussi celui d’une autre personne, même si cette personne est en devenir. Le début d’un être humain a droit au respect au même titre qu’un être humain à part entière. On sait bien qu’il y a des situations de détresse mais le problème est plus global et tient aussi au niveau de responsabilité des uns et des autres et aussi c’est un problème de morale. On n’aborde également jamais les ravages psycologiques que causent les avortements. Les IVG ne diminueront pas tant qu’une certaine morale et un comportement responsable ne seront pas remis en vigueur… Là, c’est moi qui rève sans doute. Il est vrai que nos belles élites, dont le comportement n’est pas bien mironolants, ne sont pas prêtes de se réformer. Pardonnez-moi si je vous ai heurté(es) mais l’indignation ne joue pas que dans un seul sens.

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Chriss 8 février 2012 - 09:22

Les femmes espagnoles ont voté majoritairement contre le parti qui prétendait défendre leurs intérêts.

C’est bien beau d’instaurer une parité stricte au gouvernement, mais si dans le même temps l’économie se casse la gueule, on ne fait qu’offrir la démonstration du caractère utopique de cette gestion. Ceux qui aiment penser que les femmes n’ont rien à faire à de tels postes doivent bénir le féminisme de Zapatero pour son éclatante démonstration.

Il vaut mieux avoir un job et éventuellement subir quelques tracasseries administratives pour avorter (ça n’arrive pas tous les jours) plutôt que de pouvoir avorter d’un claquement de doigt, mais galérer au quotidien parce qu’on est au chômage ou parce que son mari ou ses enfants le sont.

La gauche espagnole a des choses à se faire pardonner. Elle n’est pas prête de revenir au pouvoir.

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Carole 8 février 2012 - 11:08

Tony si vos réflexions partent du postulat « tout ce qui est en vie est sacré et ne peut être supprimé ou tué », alors dans ce cas j’espère que vous êtes végétarien et que vous laissez les microbes et autres virus tranquilles afin de ne pas perturber la nature. Vous allez dire: comment pouvez vous comparez une vache à un foetus? et bien, c’est avec le même argument que le votre: pas de distingo à faire entre les êtres vivants, le contexte et la situation.
Oui, en tant que femmes, nous disposons de notre corps avec ou sans embryon à l’intérieur. Nous décidons, et ce n’est jamais une partie de plaisir, de garder ou non un enfant. Car l’on sait aussi, que l’on sera probablement seule à assumer derrière. On choisit pour sa propre vie mais aussi en pensant à ce que l’on pourrait offrir ou pas comme conditions à un gamin.Ce n’est pas égoïste comme tu le prétends, mais ça relève de la sagesse…
L’impact psychologique des I.V.G.: Contrairement, là aussi, à ce que tu soulèves, les personnes ayant subi un IVG ne se distinguent pas par leur mal-être (plusieurs rapports à voir sur le site de svss-uspda.ch)
Et enfin, il faut savoir que les personnes qui travaillent dans les plannings familiaux où est pratiquée l’IVG, ont des actions également d’éducation sexuelle et de prévention.(il y a encore bcp de méconnaissances sur les risques de grossesse et relations sexuelles)
Plutôt que la morale et l’interdiction: éducation, prévention et libre accès à l’IVG!!

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Un_Observateur 8 février 2012 - 13:59

« Chriss »
C’est bien beau d’instaurer une parité stricte au gouvernement, mais si dans le même temps l’économie se casse la gueule, on ne fait qu’offrir la démonstration du caractère utopique de cette gestion. Ceux qui aiment penser que les femmes n’ont rien à faire à de tels postes doivent bénir le féminisme de Zapatero pour son éclatante démonstration.

Il vaut mieux avoir un job et éventuellement subir quelques tracasseries administratives pour avorter (ça n’arrive pas tous les jours) plutôt que de pouvoir avorter d’un claquement de doigt, mais galérer au quotidien parce qu’on est au chômage ou parce que son mari ou ses enfants le sont.

Wouaouuuh … Quelle démonstration !
A = B, C = D donc X = H

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09 Aziza 8 février 2012 - 14:07

@Tony:avez vous quelques notions de biologie ?un embryon n’a aucune autonomie, et dépend entièrement du corps de sa mère.
Il est une part du corps de celle-ci. Jusqu’à 4 semaines, il n’a ni sexe(la division XX/ XY n’est pas faite), ni système nerveux, ni colonne vertébrale, son coeur ne fonctionne pas encore. C’est une promesse de vie. Que la femme est libre de tenir, ou pas, selon ses capacités. de quel droit, vous, homme, qui ne serez jamais confronté à ces situations, vous permettez vous d’intervenir sur la vie des femmes? Croyez moi, le traumatisme psychologique des femmes obligées de poursuivre une grossesse non désirée, souvent pour des raisons graves, est bien plus terrible; et là il influe sur le psychisme de l’enfant à naître, qui à partir de 6 mois, ressent toutes les émotions et perturbations de sa mère.Travailleur social, j’ai effectué des centaines d’entretiens préalables à une IVG, et c’est de par cette expérience que je parle

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Floréale 8 février 2012 - 15:14

Quand un parti conservateur revient en force au pouvoir, c’est TOUOURS aux droits des femmes qu’il s’en prend en premier.

@ « Chriss » : ce n’est pas parce qu’une économie se casse la gueule qu’il faut s’en prendre aux droits des femmes. ça ne change rien ni à l’emploi ni au reste.

@ Tony : Outre à l’exhaustive et scientifique explication d’Aziza, je vous en offre volontiers l’illustration. Embryon de moins de 4 semaines:

http://bp3.blogger.com/_G65BVHiAVxw/R0wL5U-AiaI/AAAAAAAAAME/qPiOsAcCGUg/s1600-h/hednktoc.jpg

Et celle-ci en hors d’oeuvre:

http://bp0.blogger.com/_G65BVHiAVxw/R5DlQ2xHhsI/AAAAAAAAAN0/SWURU67hJe8/s1600-h/gamberetti-pronti-1.jpg

Oui, ces « droits » auraient pu nous etre appliqués, et alors? On ne s’en plaindrait pas puisqu’on n’existerait pas. Ça aurait pu vous être appliqué à vous aussi et ça n’aurait pas été une grosse perte pour l’humanité, et encore moins pour la majorité féminine qui malgré tous les féminicides en représente plus de la moitié.
Si, c’est notre corps à nous que ça concerne d’abord et avant tout et pas le vôtre. Bas les pattes.

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Lucie 9 février 2012 - 09:10

« ce que je n’accepte pas, c’est qu’une enfant de 16 ans puisse avorter sans le consentement de ses parents ».
Mais qu’elle puisse enfanter sans son propre consentement, ça ne pose pas de problème… Cherchez l’erreur !

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