Et pourtant ils violent aussi en hiver

par Isabelle Germain

20 Minutes n’explique pas l’augmentation des viols par l’agressivité des violeurs mais par les tenues estivales des victimes… Ce qui reste une idée reçue.


Encore un ! « Pourquoi les agressions sexuelles sont plus nombreuses en été » : ce titre de 20minutes.fr fait craindre le pire. Et le pire arrive. Suite au viol de deux jeunes femmes à Argelès-sur-Mer, le journaliste se flatte d’avoir passé au crible les statistiques 2013 de l’Office national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Pas pour expliquer pourquoi les violeurs seraient plus agressifs l’été ou pourquoi il y en aurait davantage. Mais pour laisser entendre que les coupables de cette augmentation des viols sont les victimes elles mêmes : « c’est surtout que les victimes potentielles adoptent plus facilement des comportements dits ‘à risque’», assure 20 Minutes.

Dits « à risque » par qui ? (En général ce que l’on appelle comportement sexuel « à risque » concerne les maladies sexuellement transmissibles). Ici, c’est un expert dégaîné pour l’occasion qui le dit : un « écrivain et libraire spécialisé dans l’analyse des criminels ».

Les chiffres contredisent l’idée reçue

Pourtant, les données détaillées de l’ONDRP ne mettent pas en évidence un lien systématique entre insouciance estivale et violences sexuelles. En Languedoc-Roussillon – la région d’Argelès-sur-Mer – par exemple, 42 viols en été recensés en juillet 2013, 40 en août… contre 43 en novembre de la même année.

Mais le journal gratuit, qui passe en de nombreuses mains, n’en a cure. Pour lui, l’affaire est entendue, les femmes violées ont des comportements à risque. Elles s’habillent en tenue légère lorsqu’il fait chaud, elles sortent en boîte et vont même se promener sur la plage. Et de lister longuement ces « risques ». Rien sur l’agressivité décuplée des violeurs potentiels qui, à la lecture de cet article et de bien d’autres du même tonneau, seront confortés dans leur posture de victimes d’aguicheuses.

Et les filles, que doivent-elles comprendre ? Qu’elles seront au contraire considérées comme coupables si elles sortent non accompagnées et en tenue d’été ? Doivent-elles oublier que dans l’immense majorité des cas, la victime d’un viol connaissait son agresseur ?

Ce n’est qu’à la fin de l’article que le journaliste essaie de présenter les choses autrement. Il rapporte qu’en Inde, sur les plages, « le ministre des Travaux de la Ville, a carrément proposé d’interdire le bikini, coupable, à ses yeux, « d’attirer les prédateurs sexuels ». Et le spécialiste de l’analyse des criminels de trouver cela, tout de même, « un peu scandaleux. Il serait tout de même préférable de renforcer la surveillance des agresseurs potentiels… ». Un peu…

Lire aussi sur Les Nouvelles NEWS :

Cette femme violée qui ternit les fêtes de Bayonne

 

Et sur ce même article de 20 Minutes, la critique d’Acrimed.

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10 commentaires

genn 7 juillet 2014 - 14:21

9% de plus en juillet ? Et sinon les gros malins de chez Métro, ils ont réfléchi au fait qu’en juillet il y a des vacanciers de toute l’Europe qui débarquent en France et qu’il y a, de fait, tout simplement plus de monde ?

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genn 7 juillet 2014 - 14:22

Les crétins de chez 20 minutes, pardon !

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Bages Léa 8 juillet 2014 - 07:31

J’ai envoyé un long mail au rédacteur en chef de 20 minutes et au journaliste concerné leur demandant des explications. Ce que je trouve scandaleux c’est le choix du dit « Expert » qui n’en n’est pas un… Pire encore que le choix de l’expert clairement mal renseigné sur le viol, ce que j’ai du mal à saisir c’est pourquoi le journaliste à retranscrit des propos aussi dégradants pour les victimes… Je n’ai eu aucune réponse. Je ne lâcherai pas le morceau et attends des explications…

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Perline_ 8 juillet 2014 - 09:27

C’est la conclusion logique de cet article de 20 mn.
Ah, ben réflexion faite, même en burqua des femmes sont violées.
Et, selon leur médias à eux, c’est aussi leur faute, imaginez-vous, elles les ont aguichées (d’un œil derrière les barreaux de prison textile je suppute).
C’est bête que ça marche pas tout le temps leur beau raisonnement.
C’est surtout très con d’avoir des « expert » qui n’ont pas branché leurs deux neurones…

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taranis 8 juillet 2014 - 11:14

Alors finalement le VIOL d’été , c’est comme un coup de soleil, si on ne met pas d’écran total,c’est bien fait pour les douleurs conséquentes… Le déni c’est de revenir toujours aux phrases ré-assassines du genre: «..mais qu’est ce que tu as bien pu faire pour que ça t’arrive? » Alors qu’une campagne de communication « Stop au déni » a été lancée par l’association Mémoire Traumatique et Victimologie du Dr Muriel Salmona Son objectif est de dénoncer une culture du viol construite sur des stéréotypes sexistes dans un contexte d’inégalité de pouvoir entre les hommes et les femmes, et de sensibiliser le grand public au déni, à la culpabilisation et à la maltraitance auxquels se heurtent les victimes de viol, souvent laissées pour compte et abandonnées. Alors que les viols sont des crimes et des atteintes très graves aux personnes, ils sont l’objet d’une tolérance, d’une loi du silence et d’un déni scandaleux, et les violeurs bénéficient d’une impunité quasi systématique. La réalité est toute inverse , les conséquences psycho traumatiques du viol, et ce qu’il est normal de ressentir lors du viol (état de choc, sidération, dissociation) et à distance (état de stress post-traumatique), voila ce qui induit des conduites addictives et des conduites à risque. Trop de victimes de viol doivent elles-même organiser leur protection et se débattre avec des symptômes qu’elles ne comprennent pas, qui les font souffrir sans fin et les obligent à mettre en place des stratégies de survie coûteuses, handicapantes et parfois dangereuses pour elles qui sont également des facteurs d’exclusion, de pauvreté, et de vulnérabilité à de nouvelles violences.
Le viol bénéficie d’un traitement de faveur, d’un statut à part ou les crimes n’en sont pas au prétexte que ces actes seraient dits consentis sans référence aux droits universels des êtres humains à l’intégrité et à la dignité :comme si être consentant pour être tué ou être torturé pouvait justifier ces crimes.

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nounouille 8 juillet 2014 - 12:15

Quand une femme est en short elle aguiche et quand c’est un homme il est viril ! Dans le même genre lisez « Avortez aujourd’hui » d’Olivia Benhamou, 1001nuits… où l’on décrit l’administration française qui prend encore les femmes pour des « pondeuse », les ministres machos, la plupart des médecins (hommes) qui bêlent par derrière… on boucle, on radote… il y a très peu d’avancées… surtout que la plupart des femmes répètent les me^me schémas !

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Thorens 8 juillet 2014 - 14:32

20 Minutes vous informe : pour ne pas être violées, évitez les « comportements à risque »

http://www.acrimed.org/article4398.html

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panda 9 juillet 2014 - 05:04

hem… alors bon, tout d’abord, Stéphane Bourgoin est loin d’un « prétendu expert » ; certes 20 minutes l’a sorti d’un chapeau pour l’occasion de cet article, mais il reste le seul criminologue français reconnu dans le monde, auteur passionnant et dont les travaux contribuent à la compréhension de la criminalité.
ensuite, quand on parle de comportements « à risque », cela ne veut pas dire que s’habiller « légèrement » attire les criminels, comme une provocation ou un appel au viol ; cela traduit une interprétation faite par les potentiels agresseurs, qui expliquent / excusent leurs actes parce que « elle l’a bien cherché, vu comment elle s’habillait ». Quand à l’alcool, c’est un facteur de risque puisqu’une personne est moins apte à se défendre avec quelques grammes dans le sang.
Se vêtir doit rester une liberté sur laquelle ne doit pas peser les fantasmes de l’Autre ; il n’est évidemment pas question de reporter la faute sur la victime, car rappelons si besoin que c’est l’agresseur qui fait le choix de l’acte criminel.
Alors oui comme d’habitude, un article sur lequel il aurait fallu creuser sérieusement a été rédigé à la hâte, maladroitement après un rapide coup d’œil aux sujets chauds de l’été – c’était ça ou les « 10 français les + riches ». Mais comme d’habitude, tout le monde s’engouffre dans la brèche, sans rien dire de plus que l’article incriminé. Certes certains journalistes feraient mieux de bosser leurs sujets, mais les lecteurs feraient aussi mieux de réfléchir quand ils les commentent =)

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Ladiablote 9 juillet 2014 - 10:30

En fait, tout au long de l’article, au déla de sa « gaffe » débile, Bourgoin ne dit que des banalités. Typique de l’expert qui sert à rien sinon à faire pisser de la copie.

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flo 10 juillet 2014 - 18:01

Viol… Ce mot est tellement banalisé, vidé de son terrible sens dans les esprits masculins ! fantasme pornographique pour les uns, blague salace pour les autres (je me souviens du célèbre « Monique.. deux qui la tiennent.. » de coluche), et les sordides affaires de viols qui se répètent à l’infini dans les journaux, avec variation des lieux, des scénario ou du nombre de protagonistes, mais jamais de variation sur le genre des victimes, filles, joggeuses, épouses, patientes, joueuses de tennis ou vacancières.. c’est peut-être pour cette raison que les hommes en général et les journalistes en particulier sont capables de tant de légèreté sur le sujet ! pas concernés, pas atteints, pas marqués, pas inquiets… jamais.

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