La Coupe du monde de football provoque-t-elle des violences conjugales ?

par Arnaud Bihel
Tender

Capture d’écran du spot de Tender

Dans une campagne de sensibilisation, l’association anglaise Tender met en avant une étude qui montre le lien entre violences conjugales et Coupe du monde de football. Mais les responsables, ce sont d’abord les personnes violentes et la consommation d’alcool.


 

La vidéo « Une femme réagit à l’échec de l’équipe anglaise à la Coupe du monde » publiée par Tender se diffuse à la vitesse grand V. Tout dans l’implicite, elle illustre en quarante secondes le rapport entre l’augmentation des violences domestiques et les Coupes du monde de football. « Une femme n’a jamais autant voulu que l’équipe d’Angleterre gagne. La violence domestique grimpe de 38% quand l’Angleterre est mise K.O. à la Coupe du monde. » Ces deux affirmations concluent le spot.

L’association Tender, qui promeut le respect et l’égalité dans les relations conjugales, a lancé une campagne de sensibilisation sur les réseaux sociaux, où l’expression #StandUpWorldCup peut être utilisée pour afficher son soutien.

Son affirmation choc se base sur une étude de l’université de Lancaster, mise à jour en mai dernier, mais qui date de juillet 2013. Les chercheurs ont analysé les chiffres de la police de Lancashire Constabulary, au nord-ouest de l’Angleterre, sur les années des trois dernières Coupes du monde : 2002, 2006 et 2010. Ils en ont dégagé deux tendances. La première : les jours de match, le risque de violences domestiques augmente de 26% quand l’équipe nationale gagne et de 38% quand elle perd. La seconde : le nombre de rapports d’incidents domestiques augmente à chaque nouvelle compétition.

« Les personnes violentes sont seules responsables de leurs actes »

Des chiffres à nuancer, toutefois. Car les auteurs de l’étude le reconnaissent, ils se basent sur un échantillon limité. Mais en octobre 2012 déjà, la journaliste Rebecca Cafe et le statisticien Allan Brimicombe avaient mené une autre étude, à plus grande échelle, sur le rapport entre violence domestique et Mondial de football. Mise en ligne sur le site Science Daily, leurs travaux révèlent que la violence domestique, durant la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, a augmenté d’environ 30% – par rapport au même jour de l’année précédente – lors de la victoire de l’équipe de football anglaise contre la Slovénie et de sa lourde défaite contre l’Allemagne. En revanche, pas de différence lors de ses deux matchs nuls.

Lors de la Coupe du Monde 2006 aussi, selon des données du Home Office, les violences domestiques avaient augmenté dans des proportions similaires les soirs de matchs de l’Angleterre. Mais l’analyse faisait aussi cette nuance indispensable : « Les grands événements sportifs ne provoquent pas la violence domestique, car les personnes violentes sont seules responsables de leurs actes. Mais les niveaux d’alcool consommés liés à la nature fortement émotionnelle de ces événements semblent augmenter la fréquence des incidents ».

L’alcool, une excuse

C’est également le cas pour l’étude de Lancaster ressortie en mai 2014 et utilisée par Tender. Le chef exécutif du Drug, Alcohol and Mental Health Services, Ryan Campbell, y fait référence dans une note sur son blog, publiée le 16 juin : « La raison est probablement l’alcool plutôt que le foot en lui-même, et le lien culturel qui existe entre les deux. Pour des raisons inconnues, des personnes ressentent le besoin d’être alcoolisées pour regarder un match de foot. Ils prennent cette occasion comme excuse pour se saouler et agresser. L’association entre le football, la consommation élevée d’alcool et la violence est alarmante, en particulier quand le tout est mélangé à une forme de sexisme, homophobie et xénophobie, ce qui est souvent le cas. »

L’élue en charge de la violence domestique et du mariage forcé au département de la famille, dans la ville de Watson Ramsbottom (Angleterre), avance les mêmes idées sur son site : « Le football et l’alcool ne causent certainement pas la violence domestique. La violence domestique, c’est avoir le pouvoir et le contrôle sur quelqu’un. L’alcool donne juste une excuse pour le faire. La plupart d’entre nous sommes capables de regarder du football, boire un verre, sans abuser de nos partenaires. »

Le lien entre football et alcool est d’ailleurs particulièrement fort au Royaume-Uni où « sur les 20 clubs de la premier League, seulement deux – Hull et Cardiff – ne sont pas sponsorisés par une marque de boisson », remarque le journaliste Jonathan Gornall dans le British Medical Journal. Tandis qu’une marque de bière, Budweiser, est l’un des grands sponsors de la FIFA.

Représentations de la virilité

Pour l’universitaire anglaise Suzanne Martin, le problème ne vient pas des tournois sportifs en eux-mêmes, mais plutôt de la représentation des hommes et des femmes véhiculée par un sport comme le football : « Que pouvons-nous apprendre sur la violence domestique et son rapport avec le football, et l’augmentation de plaintes pendant des tournois comme la Coupe du monde ? Wimbledon n’a pas le même impact sur la compétitivité ou la testostérone parmi les spectateurs. Le tennis n’a pas non plus les mêmes liens avec l’alcool et l’affichage des agressions masculines. Le football favorise un contexte dans lequel la culture du gang domine et les femmes sont vues comme des trophées et des commodités. La consommation d’alcool et la violence fusionnent avec la représentation de la communauté masculine. »

Si le football est pointé du doigt, il n’est pas le seul sport en cause. Une étude menée en 2009 par David Card et Gordon Dahl lie les violences domestiques et le football américain.

Il y a trois ans, lors de la Coupe du monde de rugby qui avait lieu en Nouvelle-Zélande Debbie Hager et Diane Woolson Neville, deux membres de l’association néozélandaise Homeworks alertaient dans un communiqué sur les risques de violences liées à l’événement, pour deux raisons : la culture de « l’hyper virilité » associée à des sports d’équipe comme le rugby. Et « la consommation excessive d’alcool ». En relevant aussi que « la Coupe du monde de rugby est largement sponsorisée par des marques de boisson alcoolisées. »

 

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2 commentaires

09 Aziza 3 juillet 2014 - 10:00

C’est pourquoi il est hors de propos de vouloir absolument que les femmes « aussi » aiment le football, comme marqueur d’égalité. Non, demandez autour de vous, peu de femmes aiment le foot parce qu’elles ne s’y retrouvent pas, elles n’aiment ni la beaufitude, ni le chauvinisme, ni la violence.
Désolée, mais être égales, ce n’est pas aimer les mêmes c…ries, et rentrer dans le cadre de référence masculin…

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flo 3 juillet 2014 - 15:08

@09aziza : aimer le football, c’est aussi aimer jouer au football non ? j’estime pour ma part qu’une fillette qui a ENVIE de jouer au football ne doit pas en être empêchée sous le prétexte fallacieux de la préserver de la c… rie d’une (grosse) poignée de beaufs !!! ou alors, n’incitons plus nos filles à faire de la maçonnerie sous prétexte que c’est une profession réservée aux types qui les sifflent dans la rue !

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