Accueil Eco & SocialBien-être et richesses La croissance sans réchauffement est-elle possible ?

La croissance sans réchauffement est-elle possible ?

par Arnaud Bihel
Warming

Photo par Mikael Miettinen via Flickr

Une commission d’experts va étudier la façon de limiter le réchauffement climatique tout en assurant la croissance économique mondiale. Sacré défi.


 

Peut-on combiner croissance économique et réduction des gaz à effet de serre ? C’est la question sur laquelle un nouveau groupe d’experts va plancher durant un an.

Voilà 7 ans, en marge du dernier rapport du Groupe international d’experts sur le climat (GIEC), l’économiste britannique Nicholas Stern avait publié une analyse très commentée mettant en avant le coût économique astronomique du réchauffement climatique.

Aujourd’hui, l’économiste choisit une autre approche : montrer que la croissance économique est compatible avec une réduction des gaz à effet de serre. Il dirigera, conjointement avec l’ancien président mexicain Felipe Calderon, une « Commission mondiale sur l’économie et le climat ».

Cette initiative a été annoncée lundi 23 septembre, cinq jours avant la remise du nouveau rapport du GIEC sur le réchauffement climatique, dont on sait déjà qu’il présentera de sombres perspectives. La Commission doit rendre les conclusions de ses travaux en septembre 2014, un an avant la conférence de Paris de 2015, censée déboucher sur un accord juridiquement contraignant sur le réchauffement climatique.

SIX FEMMES,
NEUF HOMMES

C’est à signaler : la composition de cette ‘Commission mondiale sur l’économie et le climat’ laisse une place significative aux femmes.
Elles sont six, responsables économiques ou anciennes dirigeantes politiques, à y être représentées, aux côtés de neuf hommes.
Atteindre un meilleur équilibre des sexes dans les négociations internationales sur le climat, c’était l’un de des rares points acquis lors de la dernière conférence climatique, à Doha en décembre 2012.

Son rôle, expliquent Nicholas Stern et Felipe Calderon, sera « de fournir de nouvelles preuves irréfutables sur la façon dont les gouvernements et les industriels peuvent assurer une croissance économique plus forte tout en prenant en compte les risques climatiques. »

Pas le choix ?

Voilà qui ressemble à la quadrature du cercle. Pour contenir le réchauffement global sous les 2°C avant la fin du siècle, les prévisions les plus optimistes estiment que les rejets globaux de CO2 doivent être stabilisés sous les 32 gigatonnes (Gt) par an en 2020 – soit à peine au dessus du niveau de 2012 : 31,6 Gt. Mais la croissance économique, en particulier dans les grands pays émergents – Chine et Inde – rend improbable ce scénario, estime l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Pourtant Nicholas Stern et Felipe Calderon insistent : « Il ne peut s’agir de choisir entre assurer la croissance ou contrer le réchauffement climatique. Il s’agit des deux à la fois ».

Cette approche part aussi d’un aveu d’échec. Malgré les signaux d’alarme, depuis des années, les négociations internationales sur le climat sont dans l’impasse. Le sentiment d’urgence s’est mué en politique de l’autruche après l’échec de la Conférence de Copenhague en 2009. Calderon et Stern font donc avec cette situation : « Peu de gouvernements ou d’investisseurs partent de l’optique du réchauffement climatique. Ils veulent promouvoir l’investissement et la croissance économique, créer des emplois (…) et construire des villes. Donc la question primordiale que nous devons nous poser n’est pas si nous pouvons réduire les émissions, mais comment les politiques publiques peuvent permettre d’atteindre ces objectifs fondamentaux tout en réduisant les émissions ».

Autrement dit, la Commission évacue ici un autre débat : celui sur la façon de définir la croissance (voir notre dossier). Il est vrai que, composé de représentants des grandes institutions internationales (Banque mondiale, FMI) et de grandes sociétés (la multinationale Unilever, la Bank of America ou la compagnie énergétique Vattenfall) elle penche sérieusement du côté de l’orthodoxie économique.

Pourtant, des tentatives existent pour remettre en cause le produit intérieur brut (PIB), dont on sait qu’il ne prend en compte aucune dimension environnementale. Des tentatives encore timides : l’an dernier, le Programme des Nations Unies pour l’Environnement dévoilait l’IWI, un nouvel indicateur de mesure de la croissance « durable »… mais qui ne prend pas en compte les émissions de gaz à effet de serre.

 

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JM:o 29 septembre 2013 - 13:10 Répondre

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