« Les hommes continuent à diriger le monde, et ça ne se passe pas si bien », lance Sheryl Sandberg au Forum de Davos où, comme tous les ans, sur les 2500 « leaders » invités, moins de 20% sont des femmes.
2016 et toujours la même rengaine ? Presque. La ville suisse de Davos accueille le 46ème Forum économique mondial (WEF) du 20 au 23 janvier. Plus de 2500 personnalités de tous horizons sont attendues : 1500 leaders de la société civile, 40 chefs d’Etat, 300 ministres… Des personnalités influentes parmi lesquelles ne se trouvent que 18% de femmes. C’est seulement un point de plus que l’année dernière et accessoirement la meilleure proportion jamais atteinte au Forum économique mondial… Depuis 4 ans, presque aucune progression, malgré de timides incitations.
Seulement 450 femmes donc, essentiellement américaines. Les Etats-Unis ont en effet envoyé une délégation de 179 femmes (25% de leur représentant.e.s). Le Royaume-Uni 53 (22%), la France seulement 13, soit 19%.
« Ces taux sont encore trop faibles, reflétant toute une série de facteurs qui maintiennent les femmes en arrière plan dans le monde entier et que nous voulons démonter, à travers des initiatives comme notre rapport Gender Gap et le Gender Task Forces », a souligné le WEF.
Pour Sheryl Sandberg, directrice générale et numéro 2 de Facebook, qui a pris la parole mercredi 20 janvier à Davos, il est temps que les choses changent : « Les hommes continuent à diriger le monde, et ça ne se passe pas si bien (…) Cela signifie que nous n’utilisons pas tous les talents de la population ». En novembre dernier, cette figure du monde numérique pointait du doigt une culture masculine de l’entreprise qui bloque l’avancement de carrière des femmes mais également le poids persistant de la vie familiale. Elle n’avait pourtant pas hésité à responsabiliser les femmes dans son livre Lean In, ce qui lui avait valu quelques critiques.
« Comment pouvez-vous attendre de trouver des talents ici alors que l’industrie du capital-investissement exclut 50% de la population »
Mais cette sous-représentation des femmes à Davos est-elle si étonnante ? Les hommes dirigent le monde – l’ONU comptabilise en effet seulement 11 femmes cheffes d’Etat – et fonctionnent souvent par réseau. Davos est en cela, une plateforme majeure : banquiers, financiers, investisseurs milliardaires, hommes politiques, économistes… les dirigeants du monde se retrouvent au WEF. « Comment pouvez-vous attendre de trouver des talents ici alors que l’industrie du capital-investissement exclut 50% de la population ? », a demandé Teresa Whitmarsh, directrice exécutive de l’Office d’investissement de l’Etat de Washington, à la salle pleine d’hommes, comme le raconte The New York Times.
Mais comment concevoir « la quatrième révolution industrielle », le thème de cette année à Davos, sans les femmes ? D’autant plus qu’elles seront, selon un tout récent rapport du WEF, les premières victimes de la robotisation, détruisant des emplois dans les secteurs traditionnels dans lesquels elles sont bien représentées. Et en créant dans ceux où elles le sont moins.

