Accueil Eco & Social De la primaire au bac, les inégalités sociales se creusent

De la primaire au bac, les inégalités sociales se creusent

par Arnaud Bihel

L’école républicaine ne remplit pas son rôle fantasmé d’ascenseur social. Ce constat n’est pas nouveau, mais une note du ministère de l’Éducation nationale vient le reconnaître clairement : à l’école, « les disparités sociales de réussite ont plutôt tendance à s’aggraver ». Un enfant d’ouvrier a deux fois moins de chances de devenir bachelier qu’un enfant de cadre ou d’enseignant.


Ce constat repose sur la comparaison des parcours scolaires de deux panels d’environ 20 000 élèves. Les premiers entrés en sixième en 1989, les seconds en 1995. Entre ces deux classes d’âge, « les écarts de réussite entre élèves originaires de milieux sociaux différents ont plutôt tendance à s’aggraver », s’inquiète le document du ministère de l’Éducation nationale.

Dans l’ensemble, entre les sixièmes de 1989 et ceux de 1995, le taux d’obtention du bac a augmenté : de 61 à 63 %. Mais « les élèves originaires des milieux sociaux les plus défavorisés (employés de service, ouvriers non qualifiés, inactifs) voient leurs chances de devenir bacheliers se contracter, voire baisser sensiblement dans le cas des enfants d’employés de service ».

Au final, un enfant d’ouvrier non qualifié a deux fois moins de chances de devenir bachelier qu’un enfant de cadre ou d’enseignant. Plus de 9 enfants d’enseignants sur 10 obtiennent le baccalauréat, contre moins des deux tiers des enfants des employés de bureau et de commerce, la moitié des enfants d’ouvriers qualifiés, et un peu plus de un enfant d’inactifs sur quatre.

Déjà, en mai 2010, la Cour des comptes s’inquiétait que la France soit le pays de l’OCDE « où l’impact de l’origine sociale sur les résultats des élèves est le plus élevé. »


L’influence du redoublement


L’étude insiste sur un autre point : le retard accumulé dès l’école primaire détermine fortement la possibilité de décrocher le bac. « Les chances de devenir bachelier sont très liées aux acquis et au retard scolaires à l’entrée en sixième », note l’étude. Un constat à rapprocher également de celui fait récemment par la Cour des comptes. Dans son rapport de mai, elle jugeait « inexplicable que la France soit un des pays de l’OCDE où l’école primaire reçoit le moins de financements publics par rapport au lycée, alors que c’est précisément à ce niveau qu’il convient de commencer à lutter contre les carences scolaires les plus graves. »

Seul un quart des élèves ayant redoublé une fois en primaire obtiennent le bac. Le constat est encore plus marquant pour les élèves ayant redoublé plus d’un fois avant la sixième : seulement 13 % d’entre eux deviennent bacheliers. Des chiffres qui vont, là encore, dans le sens d’expertises récentes. De la Cour des comptes à l’OCDE, plusieurs organismes mettent en cause le taux de redoublement en France, l’un des plus élevés au monde, et l’inefficacité de cette méthode.

Pas de différence public/privé


A noter que l’étude tord le cou à quelques idées reçues :

Il n’y pas plus de chances d’obtenir le bac en passant par l’enseignement privé. La note du ministère ne constate, « à caractéristiques scolaires et familiales à l’entrée en sixième comparables, aucune différence significative ».

De même, à caractéristiques semblables, les enfants d’immigrés ont « des chances de devenir bacheliers égales ou supérieures à celles des autres jeunes ». Reste que les caractéristiques sont loin d’être semblables, puisque ces enfants « appartiennent aussi pour les trois quarts à une famille dont la personne responsable est ouvrière, employée de service ou inactive ». Et ont donc, par conséquent, les chances les plus faibles d’obtenir le bac.


7 commentaires

jeanne38 14 septembre 2010 - 12:10

Cet article part du principe que la réussite professionnelle dépend largement de l’obtention du bac. C’est oublier que beaucoup de filières professionnèles sont bien plus efficaces pour trouver un travail, que le bac. Avoir le bac (général) tout seul ne sert à rien si on ne fait pas d’études ensuite, et souvent des études professionnalisantes.
Combien de Bac+4,5, 8 dans des filières non professionnalisantes, dans des secteurs bouchés, se retrouvent sur le careaux ! Parfois il vaut mieux avoir un bon diplome dans un métier manuel reconnu (en plomberie par exemple) pour avoir du travail , plutot que faire des études longues, difficiles et coûteuses.
Et il veut mieux qu’un gamin s’éclate dans une filière technique, même si il ne passe pas le bac, plutot que de se trainer au Lycée jusqu’au bac.
La France a beaucoup progressé sur ce domaine-là puisqu’il y a de plus en plus de filière professionnelles, et qu’elles sont de mieux en mieux reconnues par les entreprises, et mieux perçues par les élèves et les parents.

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agnes.maillard 14 septembre 2010 - 13:50

Est-ce que la seule vocation de l’école est de fabriquer des travailleurs?

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arnaudbihel 14 septembre 2010 - 14:26

Vous avez raison, jeanne38.
Je me permets tout de même de nuancer votre critique initiale : l’article ne part d’aucun principe, et le sujet n’est pas la réussite professionnelle. La note du ministère évoque les inégalités face à l’obtention du bac, et l’article tente d’analyser ce constat

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Allegro 14 septembre 2010 - 16:33

Et pour compléter, en réponse à Jeanne, l’étude porte sur la question de « l’ascenseur social ». Or pour un fils/fille de titulaire de bac pro ou de diplome inférieur au bac, l’ascension sociale est considérée comme réussie (ou en cours) dès lors que le bac général est obtenu.

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Allegro 14 septembre 2010 - 16:37

… et je complète en soulignant que l’étude porte a priori sur tous les bacs (enfin, ça n’est pas précisé…)donc y compris bac pro et techno.
Ce qui doit beaucoup améliorer d’ailleurs certains résultats, notamment le soi-disant non-écart entre enfants d’immigrés (je me demande bien comment ils ont mesuré çà..) et les « autres ». Dans les séries générales ça m’étonnerait que ce soit aussi égalitaire…

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agnes.maillard 17 septembre 2010 - 07:08

Il y a bac et bac et il y a aussi des carrières étudiantes très différentes après, entre ceux qui vont en IUT et ceux qui intègrent les classes prépa. Là, les parcours sont très bien balisés, socialement.

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crotte 28 septembre 2010 - 07:51

😡

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