Dépenses d’enseignement supérieur : 18% de moins pour les étudiantes que pour les étudiants

par La rédaction

Sous-représentées dans les filières prestigieuses, les étudiantes pèsent peu dans les dépenses de l’enseignement supérieur. En cause : des normes sociales assure une étude qui indique aussi que les chiffres seraient pires avec les écoles privées.

« Les hommes qui poursuivent des études supérieures bénéficient en moyenne d’un montant cumulé de 25 000 euros jusqu’à 21-24 ans contre 20 500 euros pour les femmes, soit un écart de 18 % en défaveur de ces dernières. » Dans une note publiée fin octobre l’Institut des politiques publiques (IPP) Cécile Bonneau, doctorante à l’ENS-PSL et à l’École d’économie de Paris, étudie les disparités de dépenses d’enseignement supérieur entre étudiantes et étudiants.

Parfaite illustration de la « valence différentielle des sexes » pensée par l’anthropologue Françoise Héritier, les écarts de dépenses constatés s’expliquent par des conditionnements, un ensemble de stéréotypes et de normes sociales poussant les filles vers les filières les moins coûteuses.

Et pourtant, les filles font davantage d’études supérieures que les hommes. Elles représentent 53 % de l’échantillon représentatif de la population de jeunes adultes âgés de 18 à 24 ans étudié.

Mais elles comptent pour 89 % des effectifs des formations paramédicales (infirmière, kinésithérapeute, orthophoniste, éducateur spécialisé, etc.) et 57 % des inscrit.e.s à l’université. En revanche dans les grandes écoles, elles ne sont que 34 %. Et 38 % dans les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) et instituts universitaires de technologie (IUT).

Elles représentent plus des deux tiers des effectifs (entre 67 % et 72 %) en littérature, arts et langues, en sciences sociales et en droit, 56 % des effectifs en médecine. Mais en mathématiques, ingénierie et informatique, elles sont sous-représentées : 17 % des effectifs. Sous-représentées aussi en sciences de la matière, de la terre et de l’univers : 35 % des effectifs.

Les filières dans lesquelles s’orientent les garçons ont des coûts plus élevés que celles attirant les filles. L’étude compte les dépenses publiques et les dépenses privées (prises en charge par la famille comme les frais d’inscription). « La médiane pour les hommes s’élève à 24 700 euros contre 19 900 euros pour les femmes » indique l’enquête qui précise : « L’écart est particulièrement marqué dans le haut de la distribution : 10 % des étudiants se voient consacrer des dépenses supérieures à 52 500 euros, contre moins de 5 % des étudiantes. Symétriquement, seules 10 % des étudiantes bénéficient de dépenses au moins égales à 35 700 euros, alors que 17 % des étudiants sont dans ce cas. »

Des inégalités sous-évaluées

Ces écarts déjà énormes pourraient être aggravés si l’étude ne prenait pas seulement en compte « les écoles sous tutelle du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche » Il manque en effet les comptes « des écoles privées ou des écoles sous la tutelle d’autres ministères. Disposer de données plus précises sur ces coûts, en particulier ceux des écoles d’ingénieurs les plus prestigieuses, conduirait vraisemblablement à réévaluer à la hausse les inégalités de genre en matière de dépenses d’enseignement supérieur » précise la note.

La conclusion est sans appel  « les inégalités de genre en matière de dépenses d’enseignement supérieur sont avant tout la conséquence de choix d’orientation qui conduisent à une forte sous-représentation des femmes dans les filières sélectives et les disciplines scientifiques. Les travaux de recherche consacrés à cette question tendent à invalider l’hypothèse selon laquelle la sous-représentation des femmes dans ces filières s’expliquerait par des différences d’aptitude (Hyde et al., 2008; Spelke, 2005) ou par une discrimination exercée à l’encontre des femmes dans le processus de sélection (Ceci et Williams, 2011), et mettent davantage en avant l’influence exercée par les normes sociales et les stéréotypes de genre véhiculés par les parents, l’entourage proche et l’environnement scolaire »

Partager cet article

1 commenter

Mme Theryca 3 novembre 2022 - 19:14

Il y a selon moi un refus de la part de certaines femmes de se lancer dans la bataille du marché du travail. Ce refus est librement choisi. Ce que nous renvoient les médias ne donnent pas envie. Les femmes rêvent davantage d’une vie paisible. Devenir cheffe en bataillant n’est pas un sort enviable. Pourquoi travailler, d’ailleurs ? La plupart d’entre nous travaillent parce qu’il le faut. Si nous allons au travail, nous sommes la plupart du temps condamnées à obéir à des chefs que nous ne respectons pas. En fait, nous décidons de travailler pour maintenir une certaine indépendance vis à vis des hommes, mais juste dans cette mesure.

Répondre

Laisser un commentaire