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Le dernier visage de « Rosie the riveter »

par La rédaction

Naomi Parker Fraley s’est éteinte à l’âge de 96 ans. Elle était le dernier modèle revendiqué d’une image devenue icône du féminisme…. qui n’était d’ailleurs pas, à l’origine, associée à « Rosie the riveter ».

La dernière « Rosie the riveter » n’est plus. Naomi Parker Fraley est décédée samedi 19 janvier, à l’âge de 96 ans. En 2015, encore, son nom était inconnu dans l’Histoire. C’est pourquoi il n’apparaissait pas dans l’article consacré alors par Les Nouvelles NEWS aux multiples visages réels de cette icône féministe, après le décès d’une autre de ses incarnations, Mary Doyle Keefe.

Cette image d’une ouvrière volontaire, devenue un symbole de l’émancipation des femmes, avec son slogan « We can do it ! » (« On peut le faire ! ») est elle-même sortie de l’ombre dans les années 1980. Elle n’avait, à l’origine, pas le sens féministe qu’on lui prête aujourd’hui : dans les quelques usines américaines où elle a été utilisée, en 1942, il s’agissait d’inciter les ouvrières à travailler dur pour l’effort de guerre.

C’est donc une photo de Naomi Parker Fraley, prise dans l’usine de la Navy en Californie où elle travaillait, en mars 1942, qui aurait inspiré cette fameuse affiche réalisée par Howard Miller (qui aurait, car aucune preuve tangible ne vient l’attester, comme vous le verrez plus loin). Une photo sur laquelle elle porte combinaison et foulard à pois, qui a d’abord servi à illustrer des articles de presse sur les tenues de sécurité des ouvrières. Avec, d’ailleurs, une légende pas franchement féministe : elle y est présentée comme « aussi agréable à regarder qu’un bonus sur une feuille de paie ».

C’est seulement en juillet 2016 que Naomi Parker Fraley est sortie de l’ombre, après la publication du travail d’un universitaire, James J. Kimble, sur « l’identité secrète de Rosie ». Elle-même ne s’était rendu compte qu’un an plus tôt de l’importance de cette photo.

Jusque là, il était convenu que l’ouvrière sur la photo s’appelait Geraldine Hoff Doyle, qui avait déclaré dans les années 1980, vraisemblablement de bonne foi, s’y être reconnue. Ce sont aussi uniquement les déclarations de cette dernière – elle disait aussi se reconnaître sur l’affiche « We can do it ! » – qui poussent depuis lors les médias à affirmer que Howard Miller s’est inspiré de cette photo pour son affiche.

Naomi Parker Fraley n’est donc pas à coup sûr « Rosie the riveter », comme le soulignait d’ailleurs aussi James J. Kimble dans son essai que Les Nouvelles NEWS ont parcouru. La seule certitude, c’est qu’elle est la femme de la photo qui a peut-être, seulement peut-être, inspiré l’affiche aujourd’hui associée à ce personnage.

Il est aussi à noter que ni Naomi Parker Fraley, ni Geraldine Hoff Doyle, ne travaillaient comme riveteuses. D’ailleurs, quand la photo a été prise, et quand l’affiche « We can do it ! » a été éditée, en 1942, le personnage de « Rosie the riveter » n’existait pas encore.

C’est d’abord une chanson – inspirée par une autre ouvrière, Rosalind P. Walter – puis une autre image, du célèbre illustrateur Norman Rockwell, inspirée par Mary Doyle Keefe et publiée en couverture du Saturday Evening Post le 29 mai 1943, qui ont lancé l’icône. Et ce n’est donc qu’en réapparaissant dans les années 1980, quarante ans après, que la femme de « We can do it » a été associée à « Rosie ».

 

 

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