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Des appels et des sous pour sortir de la crise par l’égalité

par La rédaction

Un appel à « l’éga-conditionnalité », un budget allongé pour lutter contre les violences conjugales, des préconisations pour l’égalité professionnelle… une sortie de crise par le haut est-elle possible ?

Depuis le début de la crise sanitaire, le Haut conseil à l’égalité (HCE) avance des propositions pour « le monde demain ». La septième voit « l’éga-conditionnalité comme moteur de la sortie de crise ». Quésaco ? « Il s’agit de conditionner l’attribution des fonds publics ou des autorisations administratives au respect de règles paritaires ou d’actions pour l’égalité entre les femmes et les hommes ». Ainsi, dans le monde d’avant covid les pouvoirs publics traitaient, tant bien que mal, les conséquences des inégalités installées. Avec l’éga-conditionnalité, ils créeraient les conditions de l’égalité en posant des conditions à l’obtention de fonds public. (Lire :PAS DE PARITÉ, PAS D’ARGENT PUBLIC : UN RAPPORT OSE L’IDÉE)

Ne pas le faire « serait une erreur historique » affirme l’organisme consultatif. Développement durable et égalité des sexes sont d’ailleurs intimement liés. L’ONU le rappelle régulièrement par exemple et a fixé des objectifs en ce sens.

Les secteurs les plus impactés par la crise sont notamment le tourisme et le commerce et les femmes «représentent 84 % des employés.es de l’hôtellerie, 64 % des vendeurs et vendeuses en magasin ou encore, 57 % des serveurs et serveuses (Institut européen pour l’égalité de genres (EIGE).» Mais « les grands plans de sauvetage nationaux, très importants au plan financier, concernent avant tout les secteurs plus masculins de l’aéronautique et de l’automobile (15 milliards d’euros pour l’aéronautique et 8 milliards d’euros pour l’automobile). »

Le HCE interpelle les pouvoirs publics et bancaires qui octroient les Prêts Garantis par l’Etat (PGE) et les alerte sur le fait que, « en temps « normal », les femmes créatrices d’entreprises ont un accès plus difficile aux ressources financières» Le collectif Sista le rappelait il y a peu (voir :PAS D’ARGENT POUR LES ENTREPRISES DES FEMMES). En outre avec la crise, beaucoup de cheffes d’entreprises rapportent que « des reports d’échéances ne sont pas acceptés et les octrois de prêt sont peu nombreux pour les femmes cheffes d’entreprises unipersonnelles ou micro-entrepreneuses, forme juridique auxquelles elles ont très souvent recours. »

Le HCE appelle donc les pouvoirs publics à revoir les conditions d’attribution des financements, faire pression sur  les grands réseaux bancaires qui bénéficient des garanties de l’Etat ou encore soumettre le Crédit d’impôt recherche à une  exigence paritaire. Sans oublier la parité dans la constitution des comités qui président aux changements et à la sortie de crise. (lire :POUR ÉVALUER LES MESURES ÉCONOMIQUES D’URGENCES : 12 HOMMES, 2 FEMMES D’ABORD) Pas sûr que le HCE sera entendu cette fois-ci mais il faut répéter…

Plus 5 millions contre les violences

Une nouvelle de sortie de crise par le haut a été annoncée par Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes : l’augmentation du budget de son secrétariat d’Etat. Parce que « La période de confinement a vu une augmentation des violences sexistes et sexuelles, particulièrement des violences conjugales.» De nouveaux dispositifs ont été mis en place, il s’agit  de les pérenniser et d’amplifier certaines de ces mesures. « 4 millions d’euros seront affectés au Programme 137 – Égalité entre les femmes et les hommes- dont 3 millions viendront abonder les subventions aux associations locales et 1 million pour la pérennisation en 2020 des places d’hébergement des auteurs de violences. En outre, « la réserve dite « de précaution » de 1,2 million sera également levée, pour financer la pérennisation en 2020 des dispositifs d’accompagnement des auteurs de violences. » Soit cinq millions de plus.

Bien sûr, on est loin du milliard estimé par les associations pour éradiquer les violences sexistes mais pour les Droits des femmes qui ont toujours eu tant de mal à obtenir des fonds publics et bénéficiaient d’un budget de l’ordre de 27 millions d’euros -soit 0,0066 % du budget de l’État- c’est énorme.

Egalité professionnelle et entrepreneuriale

Autre initiative de la secrétaire d’Etat, en direction des entreprises cette fois-ci, Elle a adressé aux entreprises, aux organisations patronales et aux réseaux consulaires un guide pratique «Pour une reprise de l’activité avec les femmes et les hommes» répertoriant 15 bonnes pratiques à mettre en œuvre. Certaines s’appuient sur le télétravail mais d’autres rompent avec le discours ambiant qui enjoint les Français.e.s à se focaliser sur le travail. Elle appelle les entreprises à respecter l’équilibre des temps de vie et l’égalité femmes-hommes… Sans oublier de respecter l’égalité salariale.

Pour les cheffes d’entreprises, le secrétariat d’Etat annonce le lancement, par et avec France Active, d’une campagne médias valorisant les femmes chefs d’entreprise qui ont bénéficié des plans de soutien à l’économie mis en place par l’État. Ceci afin de mieux faire connaître ces dispositifs aux femmes pour qu’elles s’en saisissent et de valoriser ces rôles modèles. Et il y a urgence. Les entrepreneures ont été traumatisées par la crise. Selon Bouge ta Boite, en un mois seulement, 40 % d’entre elles avaient perdu plus de 70 % de leur chiffre d’affaires et 54 % considéraient que leur société était menacée de dépôt de bilan. Si Marlène Schiappa affirme dans le communiqué du ministère que «L’égalité entre les femmes et les hommes doit être la grande cause de la relance», elle ajoute, dans le Figaro, un argument en faveur de la croissance : «Si autant de femmes que d’hommes entreprenaient, cela augmenterait le PIB et générerait de la croissance. » 

Resterait à opérer une conversion vers une économie féministe (voir : PLAIDOYER POUR UNE ÉCONOMIE FÉMINISTE). Mais c’est un énorme sujet.

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