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Des bulles et des barbes

par La rédaction

A Angoulême, le collectif d’action féministe ‘La Barbe’ a souligné l’extrême virilité du monde de la bande dessinée.


« La BD avantage assez les femmes en augmentant leur tour de poitrine, nul besoin de leur donner des prix de création ! » Six activistes de ‘La Barbe’ se sont invitées à la cérémonie d’ouverture du 40ème festival international de la Bande-dessinée, jeudi 31 janvier à Angoulême.

Arborant comme à leur habitude des barbes postiches, elles tenaient à « féliciter les organisateurs du festival pour leur virile régularité. » Et asséner ces chiffres : depuis la création du festival, le Grand Prix a couronné 43 hommes sur 45 auteurs, le jury a été présidé 39 fois sur 40 par un homme (seule exception : Florence Cestac en 2001) et le Fauve d’or a été attribué à des hommes dans 88% des cas.
Cette année encore, les candidats au Grand Prix sont 14 hommes sur 16. Et au total la Sélection officielle compte 46 hommes sur 50 auteurs.

Nouvelle génération

Il est vrai qu’en amont du festival, le monde de la bande dessinée reste très masculin. Selon le bilan 2012 de l’ACBD (Association des Critiques et journalistes de Bande Dessinée, elle-même très masculine) , sur les 1510 auteurs de BD francophones publiés en 2012, 188 étaient des femmes – soit 12,45%. Une féminisation en hausse régulière mais très lente : elles étaient 10% cinq ans plus tôt.

A noter tout de même qu’une auteure de BD a été mise à l’honneur ce même jour à Angoulême. Mais pas par le festival. La jeune trentenaire Pénélope Bagieu a reçu des mains de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti l’insigne de chevalier des Arts et des Lettres. Une autre jeune auteure et et blogueuse, Marion Montaigne, est en lice pour le Grand Prix.

 

Le communiqué de La Barbe :

Hommes en stock à Angoul’men

En 2013 après Jésus-Christ, une ville peuplée d’irréductibles mâles résiste encore et toujours aux envahisseuses : Angoulême.

En juin dernier, La Barbe avait salué avec émotion un autre camp retranché : Cannes. Aujourd’hui ce n’est pas le ciné mais la BD et son festival que nous venons féliciter. Pellicule ou bulle, au ciné comme en BD, les hommes créent et les femmes agrémentent de leur plastique les bandes masculines.

Depuis sa création, le Grand Prix du festival a couronné 45 auteurs. Parmi eux, 43 hommes. Formidable ! Qui a gagné préside l’année suivante : grâce à ce règlement la perpétuation de l’élite mâle est garantie : chaque année le président du Grand Jury est un homme. Une fois, pourtant, en la terrible année 2001, une femme – Florence Cestac, lauréate du Grand Prix 2000 – fut amenée à présider le jury. Douze ans que vous n’avez plus commis cette faute, bien vu. Quant au Fauve d’Or du Meilleur Album, il est allé dans 88 % des cas à un homme ! Épatant !

Dans une profession où – talent oblige – , les hommes sont sur-représentés, où les femmes scénaristes ou dessinatrices se font discrètes, vous allez plus loin. Quelques centaines d’entre elles sont accréditées au festival, mais, fort heureusement, elles ont disparu de la sélection officielle. 46 hommes pour 50 auteurs en sélection officielle, c’est honorable. Citons aussi les brillantes performances des sélections patrimoine (11 auteurs, 11 hommes) ou polar (9 auteurs, 9 hommes). En sélection jeunesse, on trouve quand même 5 femmes sur 17 auteurs, il suffit !

Vos délégué général et directeur artistique, Benoît et Franck, affirment dans leur éditorial : il faut « que tout change pour que rien ne change ». C’est sans doute pour maintenir une mâle suprématie que le comité de sélection (7 membres, 6 hommes) a retenu 14 hommes sur les 16 candidats au Grand Prix de cette année. La BD avantage assez les femmes en augmentant leur tour de poitrine, nul besoin de leur donner des prix de création !

Bravo à Gérard, Patrick, Ludovic, Franck, Benoît, Jean-Luc et Jean-Claude, Stéphane, Bertrand, Olivier, Jean-Pierre et Frédéric. Messieurs, merci de faire en sorte qu’à la place du calife il y ait toujours un homme.

La Barbe !

 

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las vegas 2 février 2013 - 11:18

Dans le domaine artistique :cinéma ,bande dessinée ,la mode etc….les « qualités  » de l’homme : force physique notamment ne jouent pas un rôle prépondérant.
Les choix d’hommes allant vers d’autres hommes : »qui a gagné préside l’année suivante » me laissent perplexe….
S’agirait-il d’hommes qui n’aiment pas les femmes?????
Aprés les guerres de religion aurons nous des guerres entre « hommes qui n’aiment pas les femmes » et « femmes qui n’aiment pas les hommes »?

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