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Deux premiers pas

par Isabelle Germain

En salles en ce moment, deux premiers films français sont en tous points opposés : Mouton et Tristesse Club ont pourtant pour point commun leur tendresse mélancolique pour le genre humain.
La critique ciné de Valérie Ganne


 Affiche mouton Il faut souvent se dépêcher d’aller voir un premier film en salles : il est rare qu’il tienne longtemps dans les cinémas, malgré sa qualité. Cette semaine, voici deux exemples à ne pas rater.

Leurs deux histoires évoquent la famille : au sens large pour Mouton, qui fait le tour du groupe d’amis d’un apprenti d’un restaurant de bord de mer qui disparaît soudain de leurs vies. Au sens propre pour Tristesse Club où deux frères se découvrent une sœur à l’enterrement de leur père qui les a abandonnés.

Les deux récits se déroulent dans des lieux calmes, un peu vides, voire abandonnés : affiche-tristesse-clubMouton – personne ne sait pourquoi sa mère l’a surnommé ainsi – travaille dans une station balnéaire normande hors saison, Courseulles-sur-mer près de Caen. Le trio de Tristesse Club se retrouve dans un ancien hôtel au bord d’un magnifique lac savoyard. Et les rares lieux qu’ils traversent sont souvent bien déserts.

Réalisme abrupt et fantaisie mélancolique

Les personnages sont monsieur et madame tout le monde. La bande d’amis qui gravite autour de Mouton pratique des métiers ordinaires, comme bouchère, gardien de chenil, pêcheur, et ils sont tous joués par des non professionnels auxquels on s’attache bien vite. Au centre, le jeune David Merabet, dont c’est le premier rôle, a une présence simple et puissante. Le trio phare de Tristesse Club est composé d’un ex champion de tennis sur la touche et d’une infirmière blonde menteuse encadrant un jeune homme à la calvitie précoce, plus à l’aise avec internet qu’avec les femmes. Ce Bruno, la perle du film, est interprété par Vincent Macaigne, acteur hyperactif, également metteur en scène de théâtre, que l’on croise de plus en plus depuis trois ans.

Il y a là deux styles et deux univers bien différents, mais chacun cohérent. D’un côté le réalisme abrupt de Mouton, un film un peu long mais qui sait capter la lumière dans la grisaille. De l’autre les couleurs acidulées et l’humour souvent second degré de Tristesse Club, quant à lui presque trop court. Les réalisateurs de Mouton, Marianne Pistone et Gilles Deroo, pourraient être les enfants de Maurice Pialat et Bruno Dumont : cette première œuvre étonnante nous apprivoise peu à peu, montrant quel vide peut creuser l’absence d’une personne que l’on croyait anodine. Quand à Vincent Mariette, réalisateur de Tristesse Club, son univers fait plutôt penser à Wes Anderson dont il partage la fantaisie mélancolique. Mais le vrai point commun de ces cinéastes, avec ces premiers pas remarqués, est leur tendresse partagée pour leurs personnages et le genre humain.

 

Mouton, de Marianne Pistone et Gilles Deroo, avec David Merabet, Michael Mormentyn, Cindy Dumont, Benjamin Cordier, Emmanuel et Sébastien Legrand, produit par Boule de suif, distribué par Shellac, sortie le 11 juin 2014. Prix spécial du jury et prix du meilleur premier film au festival de Locarno 2014.

Voir la bande annonce


Tristesse Club de Vincent Mariette, avec Ludivine Sagnier, Laurent Lafitte, Vincent Macaigne, produit par Kazak, distrobué par Haut et Court, en salles depuis le 4 juin 2014.

https://www.youtube.com/watch?v=YTgh3o8U_rM

 

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