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Les discriminations, ça coûte énormément

par Marina Fabre

reunionDes dizaines de milliards d’euros par an, c’est ce que rapporterait une réduction des discriminations dans l’emploi, dont les femmes sont les premières victimes. Mais faut-il être rentable pour obtenir l’égalité ? 

 

L’égalité en entreprise serait synonyme de rentabilité. Réduire les discriminations permettrait en effet d’augmenter la richesse nationale de 150 milliards d’euros par an. Ce sont les conclusions que plusieurs chercheur.e.s de l’organisme France Stratégie ont remis au gouvernement mardi 20 septembre.

« Il n’est pas nécessaire de montrer que les hommes blancs sont rentables pour justifier leur présence »

L’égalité en entreprise, c’est tout bénéfice, nous dit en substance ce nouveau rapport inédit sur « le coût économique des discriminations » sur le marché du travail. Faut-il donc que les femmes soient rentables pour leur accorder une place ? « Il n’est pas nécessaire de montrer que les hommes blancs sont rentables pour justifier leur présence », avançait Réjane Sénac, chercheure CNRS à Sciences Po dans une interview aux Nouvelles NEWS en juin 2015. « Justifier les politiques d’égalité par la plus-value de la mixité et/ou de la différence, c’est prendre le risque de marchandiser l’égalité et donc de la tuer comme principe ».

La rentabilité, l’avantage économique, prendrait donc le pas sur le ‘principe d’égalité’. Jean Pisani-Ferry, commissaire général de France Stratégie, prend en compte cette critique dès les premières lignes du rapport : « Ce n’est pas parce que les discriminations sur le marché du travail sont économiquement coûteuses qu’il faut les combattre. C’est parce qu’elles contreviennent au principe d’égalité et causent de la souffrance », écrit-il.

Pas question pour autant, à ses yeux, de rejeter l’argument des gros sous : « Il se trouve cependant que les discriminations sont économiquement pénalisantes et donc que leur élimination induirait, à terme, un gain substantiel en croissance et en revenu ».

« Nous n’aurons aucun état d’âme à désigner les mauvais élèves »

De fait, selon les calculs savants de France Stratégie, « une entreprise qui ne recruterait aujourd’hui que des hommes parmi le vivier des 10% de salariés les mieux rémunérés aurait une productivité inférieure à 7% par rapport à une entreprise qui embaucherait à parité femmes et hommes ».

Et à l’échelle de l’économie nationale, un scénario médian, avec la suppression des inégalités dans les taux d’emploi et d’accès aux postes élevés, apporterait une hausse du PIB de 6,9%. Soit des gains économiques d’environ 150 milliards d’euros par an… auxquels les femmes contribueraient à hauteur de 97 %.

Lire aussi : L’emploi féminin, Graal de la croissance ?

Bien sûr, il n’existe aucune « baguette magique » pour ouvrir le marché du travail aux populations discriminées. Même si les écarts de salaires entre femmes et hommes se sont amenuisés, même si le « sur-chômage féminin a quasiment disparu », restent toujours des « écarts inexpliqués » liés surtout au sexisme ambiant et au racisme. « Quelle que soit leur origine, les femmes sont les plus pénalisées », résument les auteur.e.s. Les femmes originaires du continent africains sont les premières victimes de discrimination.

Myriam El Khomri, ministre du Travail, a promis d’être à l’avenir ‘intraitable’ sur les discriminations à l’embauche. « Nous n’aurons aucun état d’âme à désigner les mauvais élèves » a t-elle ajouté, concernant le nom des entreprises pratiquant des « mesures cosmétiques ». Paroles en l’air ou changement de braquet au gouvernement ? Le ministère des Droits des femmes, rappelons le, a jusque là refusé de divulguer les noms des entreprises sanctionnées en matière d’égalité professionnelle.

 

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