En présentant une étude de l’Ined, les médias ne sont pas loin de dire que les séparations sont imputables aux femmes. Et que la réussite financière des femmes n’est pas bonne pour la paix des ménages.
« ‘Un risque de séparation supérieur aux autres couples’ : voici ce qu’il se passe quand les femmes gagnent davantage que leur conjoint » prévient un gros titre du magazine féminin Femme Actuelle. « Quand la femme gagne plus que l’homme, le couple a plus de risque de se séparer » renchérit de son côté La Croix. « Plus les femmes gagnent d’argent, plus leur couple est fragile » s’alarment 20minutes ou Sud Radio...
Les titres que les grands médias consacrent à une étude de l’Ined publiée le 30 septembre, suggèrent la culpabilité des femmes dans les séparations des couples. Avec, en toile de fond, un soupçon de « cupidité » histoire de convoquer un imaginaire à l’ancienne : Monsieur gagne-pain, madame à la maison. Quand le mari gagne plus d’argent, la paix des ménages est assurée par la soumission de sa femme.
Pourtant, l’étude de l’Institut national d’études démographiques (Ined) qui a donné lieu à ces titres est intitulée : « Les différences de revenus au sein du couple augmentent-elles le risque de séparation ? »
En voie de banalisation ?
Trois chercheuses de l’Ined ont étudié l’Echantillon démographique permanent (EDP) qui fait le lien entre les recensements, les actes d’état civil, les déclarations de logement et d’impôt sur le revenu et d’autres données. Soit 4% de la population résidente française : un échantillon représentatif dans lequel 95000 séparations conjugales ont été observées entre 2011 et 2017.
Et les couples dans lesquels les femmes gagnent plus d’argent que leur conjoint sont en hausse. « Avec l’essor des couples bi-actifs et la progression du niveau d’éducation des femmes, les situations où celles-ci gagnent plus que leur partenaire sont de plus en plus fréquentes. En 2017, un quart des couples en âge de travailler se trouvait dans cette configuration, contre un sur cinq en 2002 » ont-elles compté.
« Risque » de séparation ou « nombre » de séparation ?
Ensuite, le résumé de l’étude adopte le vocable « risque » pour parler de femmes gagnant plus que leur conjoint. « Lorsque la part des revenus de la femme dépasse 55 % du revenu total du couple, le risque de séparation augmente significativement. Ces couples présentent un risque de rupture supérieur de 11 à 40 % (selon l’ampleur de la contribution de la femme) par rapport aux couples dont les revenus sont équitablement répartis. Le risque de séparation croît à mesure que la part des revenus de la femme augmente. »
Mais il est question de « stabilité » et non de « risque » quand l’homme a le privilège de gagner plus que sa compagne : « En revanche, dans les couples mariés, la stabilité est plus grande lorsque l’homme est le principal soutien financier du ménage » indique l’étude.
L’argent des femmes : un risque ou une liberté ?
Deux explications sont données par les chercheuses : « davantage des difficultés conjugales pour ces couples hors-norme, qui ne suivent pas le modèle dominant de l’homme ’gagne-pain’ ». Et : « Une autre possible interprétation viendrait des femmes financièrement plus dotées que leur conjoint pour qui la séparation pourrait être plus envisageable en cas d’insatisfaction conjugale, car elles ont les capacités financières de vivre sans conjoint. »
Mine de rien, en parlant de « risque » de séparation et en faisant plus que suggérer que ces risques sont imputables aux femmes, les journaux ne sont pas loin de présenter l’autonomie financière des femmes comme un horizon indésirable…
Au lieu de parler de « risque », il aurait pu être question de « liberté » ou d’ « autonomie ». Dans un couple hétérosexuel, quand la femme gagne plus que l’homme, la liberté de divorcer paraît plus grande.
Ce n’est pas la première fois que les médias intimident les femmes en quête de réussite économique. En 2023, un article du Parisien était titré : « Une promotion, un salaire plus élevé que lui : mesdames, attention au divorce ! » Lire Pourquoi les maris de « femmes qui réussissent » s’exposent-ils au divorce ?
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