Accueil Economie Un an après le drame du Rana Plaza, « rien n’a changé »

Un an après le drame du Rana Plaza, « rien n’a changé »

par Arnaud Bihel

RanaPlazaLe 24 avril 2013, plus de 1 000 ouvrières et ouvriers du textile périssaient dans l’effondrement de l’usine du Rana Plaza à Dacca, au Bangladesh. Un an après, les victimes attendent toujours d’être indemnisées et la majorité des marques occidentales impliquées se voilent la face.


 

Depuis le 4 avril elle est à Paris pour sensibiliser les consommateurs occidentaux aux conditions de production des vêtements au Bangladesh. Au micro de Pascale Clark sur France Inter, Shila Begum, ouvrière rescapée du drame, témoigne : « Rien n’a changé dans les usines. Les blessés n’ont pas eu de suivi médical et les victimes n’ont reçu aucune indemnisation. »

Pour quelques jours, Shila Begum se fait la porte-parole de ces oubliées de la mondialisation, ces « damnées du low-cost »1. Mères célibataires, veuves ou femmes répudiées, bien souvent les petites mains du Bangladesh sont des femmes, vient souligner Alternatives économiques. Elles étaient près de 4000 ouvrières à travailler dans des conditions dantesques au Rana Plaza, quand l’usine s’est effondrée le 24 avril 2013, faisant des centaines de victimes (Voir : Plus de 1000 morts au Bangladesh et… business as usual ?).

Et depuis ? Rien, ou presque. Le fond créé en décembre 2013 sous l’égide de l’Organisation internationale du travail (OIT) n’a pas encore débloqué l’argent destiné aux familles sinistrées. «Il faudrait aussi un hôpital pour les blessés qui ont besoin de soins réguliers et une école pour les enfants qui ont perdu leurs parents dans le drame», estime Shila Begum.

« C’est pour les générations futures que nous nous battons »

En France, le collectif ‘Éthique sur l’étiquette’ et l’ONG Peuples solidaires se battent depuis un an pour mettre les grandes multinationales de l’habillement face à leurs responsabilités. Alors que certaines d’entre elles avaient rejeté la responsabilité du drame sur les sous-traitants locaux, les étiquettes retrouvées dans les décombres les accusent sans l’ombre d’un doute. Camaïeu (sous la pression), Mango, Gap ou C&A se sont engagées à alimenter le fond d’indemnisation à hauteur de 7 millions de dollars… sur les 40 millions jugés nécessaires.

Pointés du doigt

Le drame du Rana Plaza a inspiré aux députés EELV une proposition de loi pour obliger une entreprise, « dans le cadre de ses activités, de celles de ses filiales ou de celles de ses sous-traitants », à « prévenir les dommages ou les risques avérés de dommages sanitaires ou environnementaux » et pour la rendre « responsable » en cas de tels dommages.

Le groupe Auchan a reçu en novembre dernier le Prix Pinocchio « Mains sales, poches pleines », pour son refus de participer au fonds d’indemnisation.

Peuples Solidaires continue d’appeler les citoyens à faire pression sur les marques réticentes en signant cet appel : « Bangladesh : Rana Plaza – Auchan, Benetton, Carrefour : il est irresponsable d’attendre davantage ».

Seules 10 des 28 marques identifiées dans les décombres du Rana Plaza ont confirmé publiquement leur participation au fonds d’indemnisation Les autres, comme Auchan, Carrefour, H&M, Benetton ou Adidas, se sont contentées de signer « l’accord sur la sécurité des bâtiments et la sécurité incendie au Bangladesh », qui a prévu d’inspecter 1 500 usines afin de les mettre aux normes.

En attendant Shila Begum n’a toujours pas retrouvé l’usage de son bras, et ne peut plus travailler. Elle doit pourtant subvenir aux besoins de sa fille, qu’elle élève seule. « C’est pour les générations futures que nous nous battons », assure-t-elle.

Après le Bangladesh, l’Éthiopie ?

Le drame du Rana Plaza a permis à quelques 150 syndicats de se constituer dans le pays – même s’ils sont encore vus d’un très mauvais œil par les patrons. Des syndicats qui se battent aujourd’hui pour que les « damnés du low-cost » touchent une centaine d’euros par mois. Avec un salaire moyen compris aujourd’hui entre 28 et 50 euros, ils sont encore loin du compte. « L’impact sur le produit final serait minime », affirme pourtant Vanessa Gautier, chargée de mission chez Peuples Solidaires. « Un tee-shirt coûterait au consommateur occidental 8,5 euros au lieu de 8 euros. » Un effort dérisoire, donc.

Quant à ceux qui nourrissaient l’espoir que le drame du Rana Plaza soit le « der des ders », Nayla Ajaltouni, la coordinatrice du collectif ‘Éthique sur l’étiquette’, met en garde : « Après le Bangladesh, c’est l’Éthiopie qui est en train de devenir le nouvel eldorado de la fabrication textile à bas prix ». Il est grand temps que consommateurs et multinationales se posent les bonnes questions.

 


1 « Les damnées du low cost », c’est le titre d’un documentaire diffusé ce mardi 8 avril à 21h30 sur France 5.

Voir aussi ce reportage photo de Taslima Akhter : « La vie et la lutte des ouvrières du textile ».

 

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