Accueil Politique & Société De ‘droits de l’Homme’ à ‘droits humains’? « Qu’une institution change son intitulé, tout le reste suivra »

De ‘droits de l’Homme’ à ‘droits humains’? « Qu’une institution change son intitulé, tout le reste suivra »

par Arnaud Bihel
Roosevelt Human-Rights

Eleanor Roosevelt et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (Human Rights), FDR Library (domaine public), via Wikimedia Commons.

Un collectif entend faire enfin bouger les institutions de la République pour qu’elles remplacent ‘droits de l’Homme’ par ‘droits humains’, une terminologie plus « juste et universelle ».

Et si la France, se targuait d’être le pays des droits humains, plutôt que celui des droits de l’Homme ? Depuis le début de l’année, un collectif a lancé la campagne « Droits humains pour tou-te-s ». Son objectif est simple : que l’expression « droits de l’Homme » soit supprimée de la terminologie officielle des instances et des institutions de la République Française pour être dorénavant remplacée par l’expression « droits humains ». Cela ne concernerait évidemment pas les documents historiques.

Dans son appel, son argumentaire ou encore via une pétition en ligne, le collectif explique toutes les bonnes raisons de modifier la langue pour qu’elle accompagne l’évolution vers l’égalité entre les femmes et les hommes. « L’heure est venue car ‘droits humains’ est la terminologie juste et universelle », souligne l’un de ses membres, Louis Guinamard.

« Au ministère des Affaires étrangères, on emploie déjà au quotidien l’expression ‘droits humains’ »

Jeudi 21 mai, le collectif a relancé son appel, en adressant officiellement sa demande par courrier au chef de l’Etat. Cette interpellation de François Hollande s’ajoute à un travail de fond mené auprès d’autres institutions de la République. En premier lieu celles les plus concernées par la terminologie, et qui travaillent sur le sujet.

Ainsi, le collectif est en contact avec la présidente de la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), Christine Lazerge. Laquelle a promis de soumettre la question en réunion plénière à l’automne. La CNCDH s’était déjà opposée à tout changement de nom en 1998. Car les appels à abandonner le terme « droits de l’Homme » n’ont rien de nouveau.

Voir : « Histoire d’une résistance française »

Le collectif a également rencontré Patrizianna Sparacino-Thiellay, ambassadrice pour les droits de l’Homme au ministère des Affaires étrangères. « Elle a déjà fait la moitié du chemin », note Louis Guinamard, l’une des voix du collectif, puisque, première femme nommée à ce poste, en 2013, elle a féminisé son titre.

A ce jour, l’ambassadrice n’a pas encore donné de réponse officielle aux sollicitations. Mais « au ministère des Affaires étrangères, on emploie déjà au quotidien l’expression ‘droits humains’. En toute logique puisque les autres pays francophones l’utilisent déjà officiellement », souligne Louis Guinamard. Le collectif est également « évidemment » en contact avec la secrétaire d’Etat aux Droits des femmes, Pascale Boistard, « et souhaiterait qu’elle prenne position rapidement ».

Et la presse ?

Des journalistes figurent parmi les signataires de l’appel. Eloïse Bouton, Renée Greusard, Jean-Manach, Sylvia Zappi, le collectif Prenons la Une…

Les Nouvelles NEWS s’associent également à cet appel. Nous nous engageons à employer l’expression ‘Droits humains’ à chaque fois que cela est possible, comme nous nous employons à le faire depuis longtemps déjà. Et appelons nos confrères et consoeurs à faire de même.

 

« On est en train de renverser la charge de la preuve »

« Aujourd’hui, certains et certaines nous disent en off qu’ils sont favorables, mais tout le monde se défausse en disant que ce n’est pas de son ressort ». Mais le tout est d’enclencher la mécanique, assure le collectif. « L’important, c’est qu’une institution change son intitulé et à partir de là, tout le reste suivra. »

En attendant les institutions,plusieurs personnalités soutiennent déjà l’appel du collectif. Comme la présidente du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCEfh) Danielle Bousquet.

Un mois plus tôt le HCEfh saluait d’ailleurs cette revendication « au nom de l’égalité des sexes ». Ou encore Catherine Coutelle, présidente de la délégation aux Droits des femmes de l’Assemblée nationale ; elle avait tenté, sans succès, le 30 mars, de faire entrer l’expression « droits humains » à la place de « droits de l’Homme » dans un texte de loi (Voir : Sous-traitance : vers des entreprises plus responsables).

Même si cela peut encore prendre des années, l’évolution est inéluctable, juge Louis Guinamard. « On est en train de renverser la charge de la preuve. Depuis des années, on doit justifier le fait qu’on veuille passer de ‘droits de l’Homme’ à ‘droits humains’. Je crois qu’aujourd’hui, ce sont ceux qui ne veulent pas de changement qui doivent se justifier ».

 

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