Accueil Politique & SociétéÉducation Discrimination aux portes des internats de classes préparatoires

Discrimination aux portes des internats de classes préparatoires

par Arnaud Bihel
Dans les classes préparatoires aux grandes écoles, les filles disposent de deux fois moins de places d’internat que les garçons. Une jeune fille a déposé un recours auprès de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) au printemps dernier. Et le collectif « Ouvrons les portes » vient de déposer une nouvelle saisine pour mettre fin à ce qu’il considère comme une discrimination. Objectif : ouvrir les internats à la mixité pour mettre un terme à une situation « rétrograde ».

 

« Ouvrons les portes » a recensé 15 lycées dans lesquels aucune place d’internat n’est accessible aux filles qui y sont inscrites en classe préparatoire aux grandes écoles – plus familièrement, les prépa. Parmi ceux-ci, 6 grands lycées parisiens, comme Henri IV ou Janson de Sailly. En France, au total, près des deux tiers de ces places d’internat pour prépa sont réservées aux garçons (1).

 

Le problème n’est pas nouveau et revient régulièrement sur la table. Mais il est temps d’en finir, estime le collectif, qui regroupe quatre associations. L’une d’elles, Paris-Montagne, oeuvre auprès des jeunes de milieux défavorisés, pour les faire réfléchir sur les sciences et les sensibiliser aux études scientifiques. Elle a constaté auprès de certaines jeunes filles les effets de ces portes fermées.

Devoir se loger en dehors de l’internat complique les conditions de travail, et peut même inciter à choisir d’abandonner la prépa. Car cela induit un logement plus cher. Et aussi plus éloigné ; donc un temps de transport qui empiète sur celui des études.

 

C’est sur ce constat qu’un recours à été déposé auprès de la HALDE, pour dénoncer une discrimination à l’accès au logement public sur la base du sexe, qui induit une discrimination sur l’accès à l’éducation, et peut en outre accentuer les inégalités sociales existantes.

 

Pour l’heure, la HALDE ne s’est pas penchée sur le dossier. Mais un cas individuel, soumis au printemps, a été suivi d’une recommandation transmise par courrier le mois dernier au ministère de l’Education nationale. Quelle attention y sera accordée ? Difficile à dire, puisqu’on n’en a pour l’instant nulle trace. Contacté par Les Nouvelles NEWS, le ministère ne peut répondre à nos questions sur ce courrier.

 

« Impératif de mixité »

Régulièrement alertés, les chefs d’établissement préfèrent botter en touche. Ainsi Patrick Corre, le proviseur du lycée Henri IV se justifiait le 6 octobre dans Le Monde « J’ai hérité en arrivant ici de 130 places pour garçons et d’aucune pour les filles (…) Je ne peux réduire la place réservée aux garçons, qui ne disposent que d’un seul foyer pouvant les accueillir à Paris, et qui est très onéreux. Pour les filles, j’ai mis en place des partenariats avec des foyers du quartier et avec la Cité universitaire internationale. »

 

Ces considérations logistiques sont de fausses excuses, répond Livio Riboli-Sasco, le président de Paris-Montagne. Pourquoi ne pas faire en sorte que ces partenariats concernent aussi les garçons, pour libérer des places en internat pour les filles ? Il dénonce une façon de penser « d’un autre temps » :

 

Bien sûr, reconnaît Livio Riboli-Sasco, la question est symbolique, au vu des quelques centaines de cas qu’elle concerne. Mais justement, « pour un si petit nombre, pourquoi attendre ? ». Et puis, ajoute le président de Paris-Montagne, « c’est par les classes prépa que débute souvent le chemin de l’accès aux hautes responsabilités. L’impératif de mixité, c’est donc par là qu’il doit commencer ».

 

Et si finalement le sujet recelait encore des tabous liés à la sexualité ?  Livio Riboli-Sasco pense qu’en effet, « il y a une peur de mettre ensemble des garçons et des filles », et « que derrière, il y a une peur de la sexualité » :

 

  

(1) Précisément 6087 pour les garçon, 3412 pour les filles.

A noter que si 15 lycées proposant des CPGE n’ont pas d’internat pour filles, 6 autres laissent les garçons à la porte.

 

 

A VOUS DE JOUER

o Vous appréciez nos articles ?
o Vous voulez partager l’information pour que tout le monde ouvre les yeux sur l’inégalité des sexes ?
o Vous considérez que l’égalité dans les médias est la mère de toutes les batailles pour l’égalité ?
o Vous savez qu’un journal indépendant et de qualité doit employer des journalistes professionnels ?
Si vous avez répondu oui à une de ces quatre questions, faites un don pour financer l’information. Ce don est défiscalisé à 66 %. (Un don de 50 € vous coûte en réalité 17 €)

JE FAIS UN DON

3 commentaires

Montetino 9 octobre 2009 - 21:55

Filles dans le foot pour des équipes mixtes au-delà de 13 ans, filles dans les métiers « masculins » : les arguments sont les mêmes : il y a un problème de vestiaires et de douches. Alors que par exemple une région a prévu un budget spécial pour aider les entreprises à installer des vestiaires supplémentaires. Alors que tous les stades ont au moins deux vestiaires. Comme s’il était plus important de séparer les équipes qui vont se rencontrer (craintes de bagarres ?) que de faire jouer les filles.

Répondre
Gabrielle.etb 11 octobre 2009 - 00:19

dans mon lycée, qui accueillait aussi des prépas, il y avait quelques places en internat pour les filles mais seulement les filles majeures « pour éviter les problèmes ». les mineures (beaucoup d’élèves ont une année scolaire d’avance) devaient donc trouver un logement en ville ou un foyer…tellement plus sécurisant.

d’autant plus discriminant qu’en internat, on bosse en groupe le soir, on peut partager ses angoisses, on vit au même rythme, pas forcément comme en famille ou pire, seul dans un studio.

Répondre
amelie1 13 octobre 2009 - 12:09

et pourtant les filles sont plus intelligentes , c’est bien connu ! Ouf, nous avions avait des « relations » pour trouver un appart. a Nantes… car a Livet, pour ma prépa, il n’y avait PAS de place non plus pour les filles. 2 filles sur 2 promos !

Répondre

Laisser un commentaire