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Égalité femmes/hommes : une loi pas si consensuelle

par Arnaud Bihel

AN256Un Hémicycle clairsemé, un texte adopté à une large majorité, des réactions épidermiques, une fronde d’écoles de journalisme. « Fourre-tout » pour les uns, la loi égalité est, vue des Etats-Unis, la  « loi la plus complète à l’égard des droits des femmes ».


 

Nul n’est prophète en son pays. Dans sa version internationale, le New York Times considère dans un éditorial, que le projet de loi pour l’égalité femmes/hommes adopté à une large majorité à l’Assemblée nationale (*) mardi 28 janvier est « la loi la plus complète à l’égard des droits des femmes dans toute l’histoire de France », et place le pays « à l’avant-garde des efforts déployés contre les discriminations contre les femmes ».

La presse française et les députés n’ont pas donné la même portée historique à cette loi qui doit encore passer par une deuxième lecture au Sénat et à l’Assemblée.

Le réveil des écoles de journalisme

Mépris ou illusion du consensus, peu de députés ont pris part aux débats et la presse a surtout couvert les questions tournant autour de l’IVG puis a découvert, une fois le texte voté, qu’elle était elle aussi concernée par cette loi.

L’article 16 bis prévoit en effet un enseignement sur l’égalité entre les sexes dans les écoles de journalisme. Un sujet (que nous évoquions ici) abondamment traité dans la presse ce mercredi, corporatisme oblige. Et c’est sans doute le seul qui risque d’être taillé en pièces lors du passage du texte en deuxième lecture, prévu au printemps. Au nom de la liberté d’enseigner, les membres de la conférence des écoles de journalisme sont vent debout, prêts à en découdre. (Sur les inégalités de traitement H/F dans les médias voir notre dossier Cherche femmes à l’antenne.)

Polémique pour les uns, consensus pour les autres

Hormis ce point, l’adoption du projet de loi ne fait pas les gros titres de la presse ce mercredi. Il est vrai que depuis 24 heures c’est un autre sujet lié à l’égalité, la nouvelle lubie scolaire des dérangés du genre, qui fait sensation. Seul Le Figaro consacre sa une au texte pour évoquer une « polémique autour d’une loi » et traiter des « excès d’une loi fourre-tout ». Des titres légèrement racoleurs. Le journal revient sur les quelques points déjà largement couverts lors du débat parlementaire : la suppression symbolique de la notion de ‘détresse’ ‘ celle qui a provoqué le plus de frictions dans l’hémicycle, la réforme du congé parental – que FranceTVInfo considère au contraire comme une mesure « consensuelle – ou encore les symboles que sont la disparition de l’expression ‘bon père de famille’ et la primauté du nom de naissance dans les courriers administratifs.

(Voir ci-dessous nos articles sur ces sujets)

Le Parisien évoque la polémique autour de l’article 16 bis, mais son article met surtout en avant le fait que la loi « conforte le droit à l’IVG ». En relevant également les « mesures pour inciter au partage du congé parental et accroître la parité ainsi que l’interdiction des concours de ‘mini-miss’ aux fillettes de moins de 13 ans. »

Fourre-tout ou approche globale

Une loi « fourre-tout », comme le dit Le Figaro ? Pas faux, mais ce n’est pas forcément une mauvaise chose. C’est l’avis que donnait dans Le Monde, au début de l’examen du texte, la professeure émérite d’histoire des femmes et du genre Michelle Zancarini-Fournel : « Cette loi est en fait une sorte de pack réunissant toutes celles qui la précèdent, et visant à les renforcer, grâce à une stratégie d’information et de communication ambitieuse. »

Tous nos articles sur la loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes :

Femmes mariées : le nom de naissance doit primer

Sexisme sur internet : hébergeurs et FAI au rapport

IVG, loi égalité : ne pas se tromper d’histoire

100 000 pères en congé parental ? C’est peu probable

La femme, cet être faible

La fin annoncée du « bon père de famille »

Ces députés qui s’attaquent à l’IVG

 


(*) L’ensemble de la gauche a voté pour le texte ; les centristes se sont partagés entre vote pour et abstention ; si la majorité du groupe UMP s’est abstenue, 21 député.e.s UMP ont voté contre le texte et 11 pour (Voir le détail des votes).

 

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1 commenter

Patrick Altman 30 janvier 2014 - 10:00

Il est faux de dire que l’hémicycle était clairsemé au moment du vote de la loi mardi 28 janvier 2014.
Quand Axelle Lemaire (pour le groupe SRC) a commencé son intervention, il n’y avait que 6 députés présent sur les bancs de la droite. Un véritable brouhaha s’est développé au fur et à mesure que les députés arrivaient à leur place et qui finiront par remplir totalement l’hémicycle. Quand Véronique Massonneau (EELV) est montée à la tribune sa voix était quasiment couverte par le bruit ambiant – Claude Bartolone a demandé bien timidement de faire moins de bruit. Ce bourdonnement ne cessera qu’au moment du vote. On peut parler d’une vraie indifférence aux interventions, essentiellement sur la partie droite de l’hémicycle, mais pas seulement à droite. – Yves Jego pour l’UDI et Françoise Guégot pour l’UMP n’ont même pas pris la peine de monter à la tribune. On rendra grâce à Marie-Georges Buffet (GRD) pour avoir donné un peu de souffle et de vie à ses propos en comparaison à l’atonie générale de ces prédécesseurs.

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