Elections au Canada : parité, niqab et avortement en débat

par Marina Fabre
Copie d'écran, Face à Face 2015, TVA Nouvelles

Copie d’écran, Face à Face 2015, TVA Nouvelles

En pleine campagne pour les élections fédérales, le débat sur le port du niqab au Canada a provoqué un débat sur… l’avortement. Tandis qu’avec un tiers de candidates, la parité pose également question.


La question du niqab est devenue un des principaux enjeux des élections fédérales au Canada, qui se dérouleront le 19 octobre. Un chapitre entier lui était consacré lors du traditionnel Face à Face opposant les chefs de file – tous masculins – de ces législatives.

Stephen Harper, Premier ministre sortant et candidat du Parti Conservateur, a fait de l’interdiction du voile intégral son cheval de bataille, réussissant ainsi à se démarquer de ses adversaires. Le niqab est devenu un réel enjeu électoral depuis qu’une femme a refusé de prêter son serment de citoyenneté parce qu’elle devait le retirer. La Cour fédérale d’appel a donné raison à cette dernière, lundi 5 octobre.

L’opposition accuse les conservateurs de monopoliser le débat public sur ce thème afin de cacher leur bilan. Stephen Harper argue que « les valeurs nationales doivent être respectées » et prétend défendre la liberté des femmes : « il n’est pas question de laisser la femme s’effacer de l’espace public » a t-il déclaré.

La parité dans… 45 ans ?

Des propos vite remis dans leur contexte par le candidat du Nouveau parti démocratique, Thomas Mulcair : « Mr Harper tente de se cacher derrière ce sujet pour masquer son bilan, il a le culot de faire semblant de considérer que c’est une question, pour lui, de droits des femmes, mais si on regarde son bilan, ses députés ont ouvert à plusieurs reprises le débat sur l’avortement, il a fermé le programme pour le refuge pour les femmes (…). Votre bilan sur le droit des femmes va jusqu’au nombre de femmes candidates dans cette élection, vous avez exactement 20% de femmes, nous en avons 43% ».

Des chiffres que mettait en effet en avant l’association À Voix Egales le 30 septembre. Au sein des 5 principaux partis, les femmes ne représentent que 33% des candidates. A peine mieux (deux points de plus) que lors du précédent scrutin en 2011. A ce rythme, il faudrait encore 11 élections fédérales, 45 ans, pour atteindre l’égalité sur les bulletins de vote, constate À Voix Egales.

Lire aussi : Reculs pour les femmes politiques au Canada

Le 4 otobre, le Conseil du statut de la femme du Québec déplorait également  la faible représentation des femmes en politique,et préconisait d’imposer aux partis un minimum de 40% de candidates.

« Je suis pro-vie »

Les droits des femmes prennent actuellement une part importante des débats entre les différents partis. La question du niqab en a ouvert une autre, celle de l’avortement. Le sujet est revenu sur le tapis après la déclaration de la ministre conservatrice de la Condition féminine, Kellie Leitch, qui s’est déclarée contre l’avortement. « Je suis pro-vie » a t-elle répondu à la question : « Que comptez vous faire pour protéger la vie des jeunes et des moins jeunes ? ». Et d’expliquer : « J’ai passé une partie significative de ma carrière professionnelle à m’occuper d’enfants handicapés – des enfants qui ont un incroyable potentiel, parce qu’ils sont nés ».

Les propos de la ministre de la Condition féminine peuvent surprendre, mais pour Léa Clermont-Dion, militante féministe interviewée par le Huffington Post Québec « ce n’est pas particulièrement étonnant. Elle s’enligne parfaitement avec l’idéologie de ce parti aux mesures rétrogrades ».

25% des candidats du Parti Conservateur contre l’avortement

Selon le Campaign Life Coalition (CLC), une organisation pro-vie, au moins un quart des candidats du Parti Conservateur sont anti-avortement. L’organisation, qui envoie des questionnaires aux candidats afin de les recommander, ou non, auprès de leurs électeurs, compte 83 candidats pro-vie issus du Parti Conservateur.

Un taux important qui a fait réagir Justin Trudeau, chef du Parti libéral lors du Face à Face des candidats aux élections fédérales : « La réalité, M. Harper, c’est que les Québécois, comme moi, sont majoritairement en faveur du droit à l’avortement des femmes, est-ce que vous allez nous dire ici pour la première fois : êtes-vous pro-choix ou anti-choix ? ». Stephen Harper a préféré éluder la question « Ma position depuis 10 ans est que je n’ai pas l’intention d’ouvrir ce débat ».

Stephen Harper doit faire face à des offensives de son propre camp concernant la légalisation de l’avortement. En septembre 2012, Rona Ambrose (Parti conservateur) alors ministre de la Condition féminine, avait voté en faveur d’une motion revalorisant les droits du fœtus. Une motion justement impulsée par un membre du Parti Conservateur. Le Premier ministre Stephen Harper s’était alors positionné contre cette motion.

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09 Aziza 6 octobre 2015 - 14:38

Je suis actuellement au Québec, et effectivement, la question du niqab a surgi comme « cache-misère » pour détourner le débat sur un bilan désastreux du gouvernement sortant.
Ceci dit, le gros progrès par rapport à la France est que cette stratégie est reconnue comme telle par les opposants aux conservateurs. Ceux ci ont rappelé à juste titre qu’il s’agissait de 2 femmes sur 680 000 qui avaient refusé de se découvrir le visage, et qu’une loi sur ce simple constat était ridicule et malhonnête. En France, lorsque j’ai fait observer que les femmes portant un tchador ou un niqab représentaient statistiquement 0, 03% des femmes sur le territoire français, et que tout cela n’était que manipulation qui allait tourner rapidement à la xénophobie, c’est à peine si on ne m’a pas huée; en tout cas , je me suis fait pourfendre….

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