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En Allemagne, des femmes comptent le travail gratuit

par Isabelle Germain

Elles ont assumé l’école ou la cantine à la place de l’Etat et des collectivités locales et présentent la facture.

22.296 euros : c’est le coût du travail produit entre le 17 mars et le 15 mai par une mère de famille allemande, la bloggueuse  Patricia Cammarata, pendant le confinement. Elle a fait ses calculs suite à l’appel sur Twitter d’autres mères . Karin Hartmann, Rona Duwe et Sonja Lehnert ont lancé le mouvement avec le hashtag #CoronaElternRechnenAb qui peut se traduire par «Corona, les parents calculent» ou «Corona, les parents règlent leurs comptes».  

Et elles comptent tout : coût horaire passé à s’occuper de leurs enfants et à leur faire l’école à la maison -en plus de leur propre travail- en raison de la fermeture des crèches et des écoles, travail domestique encore plus lourd que d’habitude, charges (matériel investi, électricité, eau et chauffage), TVA… Et au final, la note est très salée. Ces mères de famille ont décidé de présenter la facture au gouvernement de leur région. Normal estiment-elles, la région a déplacé vers elles l’obligation d’éducation et de garde d’enfants qui revient habituellement aux écoles et aux crèches.

Mais surtout, explique le magazine en ligne Edition F, leur campagne a pour but de rendre visible et faire reconnaître le travail domestique. Si la TVA est comptée c’est bien pour dire que ce travail ignoré de nos politiques économiques, a de la valeur. «Le travail de soin crée une valeur ajoutée selon la définition de l’économie – à savoir la vie», explique Karin Hartmann, à Edition F. Pour cette dirigeante d’entreprise, la visibilité du travail de soins est le principal objectif des calculs et des factures présentés par les femmes. Elle voudrait que le travail de soin, de prévention des maladies, d’hygiène appelé « travail domestique » soit pris en compte dans le Produit intérieur brut (PIB) car il est essentiel au fonctionnement de la société. (Les Nouvelles News évoquent régulièrement ce changement d’indicateurs de richesses indispensable pour l’égalité des sexes).

Sur les réseaux sociaux, ces femmes s’expriment « en tant que contribuables » qui ont eu à prendre en charge un travail qui aurait dû en partie être pris en charge par l’Etat ou les collectivités locales…. Elles voudraient que la politique cesse de considérer que le travail familial et domestique doit être assuré gratuitement par les femmes. (lire aussi : Travail domestique : le tiers fantôme du PIB). Dans la crise sanitaire, certains services publics, comme l’école, ont été transférés en grande partie au privé. Mais il semble bien que ce travail devenu gratuit ait été assumé majoritairement par des femmes. (Lire aussi : Elles cousent, ils causent).

Les initiatrices du mouvement ont été à la fois incendiées et félicitées sur twitter. Comme si l’opinion n’était pas encore encore prête à prendre en considération le travail des femmes.  Pourtant, si la crise sanitaire permettait d’intégrer le travail invisible des femmes dans le Produit intérieur brut, il s’en trouverait tout requinqué.  

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