Accueil International En Ouganda, chasse aux homosexuels… et aux mini-jupes

En Ouganda, chasse aux homosexuels… et aux mini-jupes

par Arnaud Bihel

OugandaUne loi « anti-pornographie » a provoqué une vague d’agressions de femmes court-vêtues, au point que le gouvernement ougandais promet de revoir ce texte. Mais ne recule pas sur sa loi anti-homosexuels.


Le gouvernement ougandais n’encourage pas seulement l’homophobie. Sa politique mène aussi à des violences contre les femmes. En cause, une loi « anti-pornographie », adoptée le 18 février, quelques jours avant la loi « anti-homosexualité » condamnée dans le monde entier.

Le projet de loi, porté par le ministre de l’éthique et de l’intégrité Simon Lokodo, devait comporter l’interdiction du port de mini-jupes et autres vêtements s’arrêtant « au dessus du genou ». Cette mesure était à l’étude depuis plusieurs mois (nous l’évoquions en avril dernier). Elle ne figure pas explicitement dans le texte de loi, mais celui-ci interdit entre autre « les comportements érotiques visant à provoquer une excitation sexuelle ou tout acte ou comportement indécent visant à corrompre la morale ».

Cette formulation très floue, assortie de la rumeur que la mini-jupe était de fait interdite, a conduit à de nombreuses agressions de jeunes femmes court-vêtues dans le pays. En Ouganda, « l’espace public et privé devient de moins en moins sûr pour les femmes et les filles », s’alarme le CEDOVIP, centre de prévention des violences domestiques ougandais, qui constate « de plus en plus de cas d’agressions et de torture dans les rues » depuis la publication de la loi. Mercredi 26 février, une coalition « STOP au harcèlement » s’est rassemblée dans la capitale Kampala pour dénoncer ces atteintes à l’intégrité des femmes. Un des slogans s’adressait directement au ministre : « Lokodo, retiens ta libido ».

Le Premier ministre a réagi, ce même 26 février, en annonçant que la loi serait revue et en rappelant « qu’il n’est pas du devoir des citoyens, mais de la police, de faire respecter la loi ».

Une annonce plus encourageante que les réactions des dirigeants ougandais face aux condamnations internationales de sa loi anti-homosexuels, qui fait craindre le pire. Malgré les pressions de toutes parts – la dernière en date venant de la Banque mondiale qui a suspendu un prêt de plusieurs millions d’euros – il n’entend pas reculer sur ce point. Autant impliqué dans la répression des tenues légères que de l’homosexualité, le ministre Simon Lokodo avait déclaré la semaine dernière : « Cela ne nous importe pas de perdre le soutien financier de nos partenaires », affirmant que les Ougandais préfèreraient « mourir pauvres que de vivre dans une nation immorale ».

 

Image : « Le problème est là-haut [dans la tête], pas en bas ». Visuel pour la coalition « End mini-skirt harassment »

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3 commentaires

taranis 3 mars 2014 - 10:25

Des hommes auto proclamés justiciers qui arrêtaient des femmes et les déshabillaient pour faire appliquer la loi antipornographie, ont été stoppés par les autorités En effet est interdit tout ce qui montre les organes sexuels d’une personne tels que les seins, les cuisses, les fesses ou tout comportement sensuel destiné à provoquer l’excitation sexuelle ou tout acte indécent ou comportement tendant à corrompre les mœurs Les initiateurs de cette loi expliquent qu’elle va permettre de réglementer l’effet de mode dans le pays. La loi interdit aussi de nombreux films et téléfilms et des artistes comme Beyonce et Madonna qui ne passent plus sur leurs chaînes de télévision. L’Ouganda où l’écrasante majorité des habitants sont des chrétiens, est dirigé très souvent à partir des doctrines chrétiennes intégristes. Ce qui laisse entrevoir parfois la sévérité dans les lois votées par les députés. L’épanouissement des femmes n’est pas du gout des prédicateurs …Attention ils sont jamais à bout d’argument Rassurez vous messieurs même eux restent des hommes et celles qui arpentent le pavé ne sont pas concernées…

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09 Aziza 4 mars 2014 - 10:13

Ce qui est terrible, c’est de voir des populations noires qui ont elles même souffert de l’exploitation, voire de l’esclavage, et certainement de discrimination en dehors de leur pays, pratiquer d’autres discriminations de façon active,le tout promu par un blanc….

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