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Encore un G7 qui fait mâle

par Isabelle Germain

Hommes au travail / femmes en balade, concours de virilité puéril, ambition féministe hypocrite : les grands dirigeants ont livré un spectacle de stéréotypes consternants.

Alors qu’un sommet du G7 se tenait en début de semaine dans les Alpes bavaroises, les « grands de ce monde » ont été épinglés à plusieurs reprises. Les chefs d’Etat des sept pays les plus industrialisés du monde (Allemagne, Canada, France, Italie, Japon, Royaume-Uni et États-Unis) s’étaient réunis dans ce cadre bucolique pour aborder des sujets comme la guerre en Ukraine et les sanctions à prévoir contre la Russie, la sécurité alimentaire, ou l’urgence climatique.

Premier sujet de consternation : deux photos saisissantes. Sur l’une, ces dirigeants, bien alignés, en costume prennent la pose avant d’entamer les discussions. Sur l’autre, leurs épouses, en tenue de randonnée sont accompagnées par un champion de ski pour découvrir les paysages enchanteurs de la région.

Le journaliste Thomas Wieder a résumé la situation ainsi : #G7 2022 : les hommes travaillent ; les femmes se divertissent.

Rappelons qu’en 2019, sous la présidence française, le G7 se tenait à Biarritz et les épouses des dirigeants avaient visité le village d’Espelette et été surnommées avec beaucoup d’humour, les « Espelettes housewifes ».

Lire : UN G7 FÉMINISTE, VRAIMENT ?

Autre motif de consternation : cette scène faite d’allusions amusées à l’ultra-virilité affichée par le président Russe Vladimir Poutine. Alors que les dirigeants prennent place autour de la table, le Premier ministre britannique, Boris Johnson, interroge : « On garde les vestes ? On les enlève ? Pouvons-nous nous déshabiller ? »

Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, préconise d’attendre la photo officielle mais Boris Johnson se lance : « nous devons montrer que nous sommes plus forts que Poutine ». Surenchère : «  Faisons un spectacle d’équitation torse nu. » rebondit Justin Trudeau, faisant allusion à une photo de 2009 sur laquelle Vladimir Poutine se met en scène à cheval torse nu dans les montagnes sibériennes pendant ses vacances. Ursula Von der Leyen, présidente de la Commission européenne, seule femme autour de la table, lance « Oh oui ! L’équitation est ce qu’il y a de mieux. » Johnson revient à la charge : « Nous devons leur montrer nos pectoraux. » Emmanuel Macron esquisse un sourire, Joe Biden reste de marbre.

En réaction, Vladimir Poutine, qui a voulu rester au niveau a affirmé sur une chaîne de télévision russe que les voir torses nus serait un « spectacle dégoûtant ».

Et comme il n’y avait pas encore assez de clichés, dans une interview accordée à la chaîne de télévision allemande ZDF au terme de ce G7, Boris Johnson est allé affirmer que « si Poutine était une femme, ce qu’il n’est évidemment pas, mais s’il l’était, je ne pense vraiment pas qu’il se serait lancé dans une guerre folle et machiste d’invasion et de violence comme il l’a fait. […] Si vous voulez un exemple parfait de masculinité toxique, c’est ce qu’il fait en Ukraine ».

La fameuse injonction à la douceur féminine qui auréole les femmes d’un défaut d’autorité indispensable à l’exercice du pouvoir… La ficelle est énorme mais très efficace pour maintenir un entre-soi masculin dans les sphères du pouvoir.

Après de tels propos, le Premier ministre britannique a aussi osé affirmer qu’il voudrait voir davantage « de femmes dans des positions de pouvoir »… et, après la douceur féminine, la sexualisation : le Kremlin a vu dans les propos de Boris Johnson des intentions « coquines »…

Il ne faudra pas compter sur les dirigeants du monde pour faire évoluer la place des femmes dans la société. Le Haut Conseil à l’égalité a tout de même tenté : « Vigilance égalité – Sommet de l’OTAN : le HCE appelle les dirigeants mondiaux à se saisir du sort des femmes dans les conflits » : « Qualifier de crime contre l’humanité la négation massive des droits des femmes, intégrer systématiquement les violences sexuelles dans les actes d’accusation des enquêtes internationales, ne pas reconnaître le régime taliban tant que les libertés des femmes ne sont pas rétablies … » cite en exemple le communiqué.

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