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Enfants de parents séparés : liens distendus avec le père

par Arnaud Bihel

Près d’un enfant de parents séparés sur cinq ne voit plus jamais son père à sa majorité. Une nouvelle étude de l’Ined dresse ce constat… qui n’a rien de monolithique.


 

La rupture du lien entre un père séparé et son enfant reste fréquente, observe l’Institut national des études démographiques. L’Ined s’appuie sur des chiffres de 2005 pour cette étude publiée jeudi 23 mai. Avant la majorité, tout dépend de la répartition de la garde entre père et mère. A quelques rares exceptions près, les enfants voient régulièrement leur mère. Près d’un sur 10, en revanche, ne rencontre pas son père. Et cette proportion atteint 19% pour les 18-21 ans.

Ce « net décrochage » tient principalement au fait qu’à la majorité de l’enfant « il n’existe plus de moyens juridiques de contraindre l’enfant à voir son père, pas plus que de contraindre ce dernier à voir son enfant » note l’Ined. Soulignant que les pères eux-mêmes peuvent être responsables de cette situation : « il se pourrait que certains enfants ne souhaitent plus voir leur père mais aussi, dans certains cas, que le père estime que son rôle de parent s’arrête à la majorité de l’enfant et ne fasse plus d’effort pour maintenir les liens ». (On notera aussi que selon une récente étude de l’Unicef, seuls la moitié des enfants français estiment « facile de parler avec leur père ».)

Rupture temporelle

L’étude met par ailleurs en avant une distension des liens avec le temps : plus l’enfant était jeune au moment de la séparation des parents, moins il voit son père ensuite : « plus d’un enfant sur quatre parmi ceux qui avaient moins de 3 ans au moment de la séparation ne rencontre pas son père, contre un sur sept parmi ceux qui avaient au moins 8 ans. »

La distension du lien est aussi nettement plus forte si le père s’est remis en couple et a un nouvel enfant. Là encore, chacun peut en être tenu responsable : « la remise en couple du père peut conduire l’enfant à ne plus désirer voir son père, le père à souhaiter se détacher de l’enfant, ou encore la mère à faire obstacle aux rencontres entre l’enfant et son père ».

Un maintien des relations plus important que par le passé

L’Ined conclut sur une note positive : il est possible que les comportements évoluent. D’après les pères, selon les données utilisées pour cette étude, 13% d’entre eux n’ont aucun lien avec leurs enfants mineurs quand ils ne vivent pas avec eux. Selon une précédente étude datant de 1994, 24 % des enfants mineurs vivant avec leur mère ne voyaient jamais leur père.

Ces deux chiffres ne sont pas directement comparables, les méthodes qui y ont conduit n’étant pas les mêmes. Mais « cela suggère un maintien des relations avec le père dans l’après séparation un peu plus important que par le passé », note l’Ined. « Le contexte a en effet changé et l’idée selon laquelle le couple parental doit survivre au couple conjugal s’impose aujourd’hui ».

Le Centre d’analyse stratégique notait récemment, de son côté, que la résidence alternée ou la garde des enfants par le même, même si elle est encore largement minoritaire, est en progression depuis 10 ans (Voir : Garde des enfants : les pères gagnent du terrain).

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